BULLE CONTRE LUTHER
Après de longues et mûres délibérations ', le Pape avait lancé une bulle contre Luther (15 juin 1520); elle condamnait quarante et une propositions extraites de ses écrits, ordonnait de détruire les livres qui les renfermaient, et menaçait Luther de la pleine rigueur des châtiments ecclésiastiques, si, après un délai de soixante jours qui lui était accordé pour se rétracter, il n'abjurait point ses doctrines. « Imitant la divine miséricorde, qui ne veut pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive », disait la bulle, « nous avons résolu, sans nous souvenir de toutes les injures proférées contre nous et ce Siège apostolique, d'user de la plus grande indulgence, et de faire tout ce qui dépendrait de nous pour obliger le Frère Martin, par la voie de la mansuétude, à rentrer en lui-même,
Mais bien de notre salut à tous.
Si Luther n'était pas si effronté, si brutal,
S'il ne honnissait les évêques.
S'il ne méprisait les sacrements,
L'enseignement de l'Eglise et des saints Pères,
Comme s'il n'y avait au monde que lui seul,
Nous serions bien vite bons amis,
Car l'idée de le combattre
Ne m'est jamais venue.
Quand il tonne contre les moeurs du clergé,
Qu'il tombe sur les pr*tres, les moines, les nonnes,
Je ne puis lui donier complètement tort!
Il aurait pu, malheureusement, en dire davantage,
Car il y aurait bien des réformes à faire !
Mais ce n'est pas seulement le clergé qui a besoin de réforme; toutes les classes de la société sont entachées de vices honteux. Il est donc injuste Je n'accuser que les prêtres. Luther entasse mensonge sur mensonge, et sème U discorde en tous lieux.
Et, remarque-le bien, lorsqu'il excite ta convoitise
Pour les biens et les richesse du clergé,
C'est de son sang qu'il a soif!
Songe donc a la manière dont les Boh'mes,
Tes voisins, ont été pour la plupart abusés!
Et maintenant ils sont si embirrassés dans leurs erreurs,
Qu'ils ne savent plus eux-m?mes ce qu'ils croient !
Beaucoup volent, pillent, frappent, égorgent, assassinent.
Ne craignant ni les hummes ni Dieu!
C'est à cela que Luther voudrait nous entraîner!
Depuis que j'ai bien compris son dessein,
J'écris dans tous les territoires allemands,
J'invite tous les chrétiens à la paix, à l'union fraternelle
Et aussi a la protection, à l'affermissement
De notre sainte foi, que ruinent ces luthériens!
1 Voy. Laemmer, Melet. Rom. Mantissa, 197-198. Sur la date de la bulle Exurgc, Domine, voy. V. Dl\UFFEL, Sitzungsberichte der bayer. Académie der Wissenschaft".» , listor. Klasse, 1880, p. 572, note.