HO COURONNEMENT DE CHARLES-QUINT
admira beaucoup, dans la suite de l'Empereur, « quatre cents cuirassiers parés d'armures d'argent et d'or, si belles, que je n'aurais jamais imaginé », écrit un témoin oculaire, « que des hommes pussent en posséder de plus riches et de plus magnifiques; et cependant, celle du Roi les surpassait encore1 ». Charles montait un cheval caparaçonné d'argent; un béret d'argent était posé sur ses boucles blondes; sa taille peu élevée était mince et souple. Le visage, encore imberbe, était pâle, sérieux et calme, « si bien qu'on n'eût jamais pu croire qu'il ne fût âgé que de vingt ans à peine ». « Il paraissait compter pour peu de chose le plus ambitionné des bonheurs terrestres, et faisait paraître une telle dignité et grandeur d'âme, qu'il semblait avoir le globe terrestre sous ses pieds3. »
Le 23 octobre eut lieu le couronnement solennel3. Charles, ce jour-là, prêta ce serment célèbre qui formait la base de la constitution du « Saint-Empire romain de nation germanique* > et en constituait pour ainsi dire l'essence. L'article principal de ce serment a trait à la protection de l'Église et du Saint-Siège, et l'archevêque de Cologne, selon l'antique usage, demanda au nouveau souverain : « Promets-tu de maintenir et de protéger la sainte foi catholique telle qu'elle nous a été transmise par les Apôtres? Promets-tu de témoigner fidèlement au Pape et à la sainte Église romaine la soumission que tu leur dois? T'engages-tu à la soutenir par tes actes? » « Oui, je le promets », répondit l'Empereur; alors, appuyant sur l'autel les deux doigts de sa main droite comme pour donner à son serment une expression plus solennelle encore, il ajouta : « Me confiant dans le secours divin, m'appuyant sur les prières de tous les chrétiens, je m'engage à remplir loyalement mes engagements, aussi vrai que Dieu m'aide et son saint Évangile. »
Charles se faisait de la dignité impériale la même idée qu'en avaient conçue ses aïeux; il voyait en elle la pierre angulaire de fout droit sur la terre, et considérait comme sa plus haute mission la tutelle de l'Église chrétienne et de son chef.
Son dessein bien arrêté, avait- il déclaré dans une instruction rédigée pour son ambassadeur près le roi Henri VIII (17 août 1519), était de mettre toute sa puissance au service de Dieu et du Siège
1 Voy. C. Will, Beitrage zur Geschichte des Einzugs und der Krönung Kaiser Carls V zu Aachen, dans le Chilianeum de Wiirzbourg, t. IV, p. 331-341, 369-375. * Écrivait en 1519 Pierre Martyr, ep. 648. ' Voy. Raumgauten, t. I, p. 315-319.
4 Voy. notre premier vol., p. 407-409.