‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 423 sur 630 · EMEUTE POPULAIRE · texte numérisé non relu

EMEUTE POPULAIRE

âmes », dit-il, « c'est le diable qui nous donne une fausse alerte, tranquillisez-vous, il n'y a aucun danp,er! » Ensuite il menaça le démou, dit un chroniqueur, « et le silence se rétablit aussitôt ». « Ceci est le premier miracle que fit Luther », dit une autre narration, « et ses disciples s'approchèrent de lui, et ils le servaient ' ! »

Ce qui ne fut pas un miracle, c'est l'incendie qu'allumèrent les prédications ardentes de Luther dans une population où couvait depuis longtemps la haine la plus passionnée pour le clergé. Luther, il est vrai, n'avait pas souhaité un semblable incendie, mais il sortit malgré lui et tout naturellement du germe qu'il avait semé ».

Dès le jour qui suivit son départ d'Erfurt, une « tempête de prêtres » {Pfaffensturm) éclata dans la ville. La populace, pactisant avec une bande d'étudiants débraillés, pénétra dans les maisons des chanoines, et satisfit sa rage longtemps contenue, en pillant le bien des prêtres, « acquis par la sueur et le sang des pauvres ». « Les émeutiers », rapporte un témoin oculaire, « brisèrent toutes les fenêtres, démolirent les poêles dans les chambres, arrachèrent les boiseries, fendirent les précieuses tables de mosaïque, et jetèrent des monceaux de débris dans les rues, ainsi que toutes sortes de provisions alimentaires. » Les chanoines ne purent échapper aux mauvais traitements qu'en se hâtant de prendre la fuite. Le conseil de la ville regarda tranquillement ces premiers fruits du nouvel Evangile. Crotus Rubianus, trouvant que la mutinerie des étudiants devenait trop difficile à contenir, mais n'osant toutefois infliger aucun châtiment aux coupables, se démit de sa charge de recteur, et quitta la ville. Quant à l'ami de Luther, l'Augustin Jean Lange, il soutenait qu'il était légitime « de défendre l'Évangile par le glaive3 ».

Le 16 avril, Luther et ses amis, parmi lesquels se trouvait l'humaniste Juste Jonas, arrivèrent à Worms, fermement résolus à braver « toutes les portes de l'enfer et tous les princes de l'air ». « Récitez un Pater pour Notre-Seigneur Jésus-Christ », disait Luther pendant le voyage au supérieur des religieux de Uheinhartsbrunn (Thuringe).

Priez pour que son Père lui soit favorable, car, s'il fait triompher sa cause, la mienne est gagnée /i ! » Il écrivait à Spalatin : « Nous

1 Voy. sur ce « miracle » et sur un autre tout semblable qui se produisit plus tard à Gotha pendant un sermon, les détails fournis par Kampschulte, t. H, p. 98, note 5.

* • Nam eisi bonum est », érrivait-il à ce propos à Mélanchthon en mai 152!, « incessaljilcs illos impios coerceri, modus tarnen isle Evuni;elio nostro paril et infamiain etjustam repulsam. » De Wette, t. Il, p. 7-8.

* Pour plus de détails sur l'émeute et ses causes, voy. Kampschulte, t. II, p. 106-123. Voy. le petit poème intitulé : Vom Pfaffentlûrmen zu Erfurt, dans Lilunhron, t. III, p. 366-368. — Voy. Krause, t. I, p. 329.

* Dans IUtzebekger, p. 50.

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