LUTHER QUITTE WORMS
Après que l'on eut inutilement tout tenté, l'Empereur intima à Luther l'ordre de partir sans délai. Le sauf-conduit impérial le protégeait encore pendant vingt et un jours; mais il lui était interdit de prêcher ou d'écrire en route.
Luther fît connaître à Hütten ' la décision de Charles-Quint, et quitta Worms le 26 avril. Deux jours après, de Friedberg, il adressait un message à l'Empereur et un autre aux états. Ce dernier fut tout de suite reproduit en feuilles volantes. Sur le verso du titre, il est de nouveau représenté la tête nimbée, et la divine colombe planant sur sa tête3. En même temps, une médaille commémorative était frappée à Worms, portant cette inscription : « Docteur Martin Luther, heureuses les entrailles qui t'ont porté 3! »
« Je me laisse enfermer et cacher », écrivait Luther au peintre Lucas Cranach, « je ne sais moi-même où je vais. Pour le moment, il faut se taire et souffrir. Un peu de temps encore, et vous ne me verrez plus, et un peu de temps après vous me reverrez, dit le Seigneur Jésus. J'espère que les choses iront de même pour moi *. »
Le soir qui avait précédé son départ, Frédéric de Saxe, en présence de Spalatin et d'autres amis, lui avait fait entendre qu'on s'occupait de le mettre à l'abri s. Mais le nom de cet abri ne lui fut pas révélé, et Frédéric lui-même ne voulut pas en être instruit, afin de pouvoir nier toute complicité, dans le cas où il serait interrogé °.
1 C'est à cette lettre que Hütten fait allusion dans une relation adressée à Wilibald Pirkheimer le 1er mai 1521. Voy. Bocking, t. II, p. 59-62.
s « Handlung so mil Doctor Martin Luther uff dem keyserlichen Reichstag zu Worms ergangen ist, vom anfang zum end and uff das kürzest begriffen » (Luthers Schreiben vom 28 avril 1521, dans de Wette, p. 594-600), avec les gravures ci-dessus mentionnées. — Burckhart dans ses Studien and Kritiken avait déjà émis l'opinion que la célèbre parole de Luther : ■ Je m'en tiens à ce que j'ai dit, je n'y peux rien changer • , n'avait pas été prononcée. Cette appréciation se trouve comfirmée par le rapport authentique des faits et gestes de Luther à Worms, publié par Kuczincki, Thesaurus libellorum histor. reformations, Leipzig, 1870, p. 10, n° 102. — Voy. aussi BAUER, Deutschland in den Jahren, 1517-1525, p. 67 et 295. — Sur les efforts tentés de nos jours pour défendre l'authenticité de cette parole de Luther, voy. Maurenbrecher, Katholische Reformation, t. I, p. 398. « Ce n'est que par une touchante attache à des traditions aimées », dit-il, « que peut s'expliquer tant de zèle pour soutenir des anecdotes invraisembrables. • Conrard Peutinger a rapporté qu'à la fin de la séance Luther s'écria à haute voix : « Seigneur, viens à mon secours! » Kolue, Analecta, p. 30.
3 Une autre médaille porte l'effigie de Luther avec cette inscription :
Heresibus si dignus erit Lutherus in ullis, Et Christus dignus crimine hujus erit.
Le fac-similé de ces deux médailles se trouve dans le Gulden und silbern Ehrengedächtniss, M. Luthers, Francfort, 1706, p. 58.
* Francfort, le 28 avril. — Voy. de Wette, t. I, p. 588-589.
5 Spalatin, Annalen, edid. Cyprian,p.50. — Frédéric n'était donc pas seulement compli' e, mais auteur de l'enlèvement de Luther à la Wartbourg.
8 D'après un renseignement manuscrit. Voy. Freitag, Bilder, t. I, p. 90. —