CHAPITRE III
MOUVEMENTS RÉVOLUTIONNAIRES A ERFURT ET A WITTEMBERG COMMENCEMENT DE LA SCISSION RELIGIEUSE
Les premiers troubles révolutionnaires qui suivirent la publication de ledit de Worms éclatèrent à Erfurt en juin 1521. L'ami de Luther, l'Augustin Jean Lange, ayant excité le peuple, par des prédications irritantes, à la haine et aux voies de fait contre les prêtres, le conseil de la ville n'eut point honte de mettre à profit la révolte populaire pour attaquer les prérogatives du clergé et mettre la main sur ses biens. Des bandes armées composées d'étudiants, d'ouvriers, de gens sans aveu, détruisirent en peu de jours plus de soixante « maisons de prêtres ». L'autorité laissa faire. Des bibliothèques furent détruites; les bâtiments où siégeaient les tribunaux ecclésiastiques de l'archevêché, abattus; tous les registres de dimes qu'on y put découvrir, brûlés ; en un mot, les révoltés se livrèrent à toutes sortes de déprédations, et allèrent même jusqu'à l'assassinat. Maternus Pistoris, dont les savants travaux avaient jadis fait tant d'honneur à l'Université, ne fut pas épargné :
Ils vinrent aussi dans la maison de Materne
Et le jetèrent par la fenêtre.
Materne gisait à terre comme un homme mort!
Dans quelle terrible angoisse ont été les prêtres!
Ils firent un feu de joie des débris entassés,
Ils brisèrent tout ce qui se trouvait là!
Fenêtre, banc, poêle, table, grille,
Tout fut détruit en un clin d'œil !
Ils travaillaient sans relâche,
Comme s'ils eussent été bien décidés
A ne rien laisser d'intact dans la maison '.
1 Das P/affautûrmen zu Erfurt. Authore Gotthardo Schmalz. Gotha. Voy. Litiencron. t. III, p. 369-370. Vers 167-171, 220-224.