‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 455 sur 630 · LES PRINCES JUGES PAR LUTHER · texte numérisé non relu

LES PRINCES JUGES PAR LUTHER

prouverai à tous que je crains encore moins ces atomes, ces bulles d'eau qui menacent de m'ôter la terre et la vie! » « Dieu veuille qu'ils aient sujet de se courroucer, et que les frocs gris disparaissent entièrement de ce monde! » « En .Misnie, en Bavière, dans la Marche et autres territoires, les tyrans ont donné l'ordre de remettre aux juridictions tous les exemplaires de ma traduction du Nouveau Testament1. Or, dans ces circonstances, voici quel est le devoir des sujets : Pas la plus petite feuille, pas la moindre syllabe des évangiles ne doit être livrée, il y va du salut. Celui qui obéirait aux tyrans livrerait le Christ entre les mains d'Hérode, et serait aussi coupable que les bourreaux du Seigneur et qu'Hérode lui-même. « Dieu », ajoutait-il, « avait permis la perfidie des princes, il avait prévu de foute éternité qu'ils auraient la perversité de s'opposer à l'évangile. » « Dieu a donné aux princes un sens perverti, parce qu'il veut en finir avec eux, aussi bien qu'avec les nobles d'Église. » « Les seigneurs temporels sont obligés de s'occuper du gouvernement de leurs terres et de leurs gens, mais ce devoir, ils le négligent. Ils ne savent que tondre, pressurer, inventer de nouvelles taxes, accumuler les impôts. Ils ne s'entendent qu'à courir tantôt un ours, tantôt un loup, et tout cela sans que le droit, la loyauté, la vérité aient auprès d'eux le moindre accès. Ils laissent croître le nombre des scélérats et des brigands, de sorte que leur manière de gouverner est tout aussi funeste que le gouvernement des tyrans spirituels. Aussi Dieu leur ôte-t-il le bon sens, et les voyons-nous agir contrairement à la raison. Tandis qu'ils prétendent gouverner les âmes, le clergé, de son côté, veut gouverner temporellement. Pleins d'une confiance présomptueuse en euxmêmes, les uns et les autres accumulent ainsi sur eux les péchés de leurs frères, la haine de Dieu et de tous les hommes; ils sombreront dans la même nef que les évêques, les clercs et les moines, un coquin ira avec l'autre. Voyant que les choses prennent une mauvaise tournure, ils rcjetlent tout le mal sur l'évangile; au lieu de s'accuser, ils blasphèment, et répètent que notre prédication est cause de tout, tandis que c'est leur malice perverse qui a provoqué la colère de Dieu, et l'attire encore tous les jours sur nous. Le peuple romain s'est comporté de la même façon, et Dieu l'a retranché. » « Vois », dit Luther à son lecteur, « tu as sous les yeux le jugement de Dieu sur les gros bonnets. Pour eux, ils ne s'aperçoivent de rien, Dieu permettant leur aveuglement pour que sa justice sévère ne puisse être entravée par leur pénitence. » « Depuis le commencement du monde », dit-il plus loin, u un prince sage a toujours été un oiseau rare; un prince pieux est chose plus introuvable

1 Sur les motifs de cetle défense, voy. plus haut, p. 210-212.

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