SICKINGEN ENVAHIT LE PALATINAT
la Hesse et du Palatinat vinrent au secours des assiégés, tandis que Sickingen attendait vainement du renfort. Après cinq assauts inutilement donnés à la cité, le manque de munitions se fit sentir. Le pays avoisinant Trêves était dévasté par des bandes de soldats pillards, et la colère des paysans commençait à menacer. Aussi, le 14 septembre, Sickingen leva-t-il le siège; il s'éloigna, pillant et incendiant sur son passage églises, monastères et villages. Chargé de butin, il retourna dans son château '. D'après un compte établi par l'archevêque Richard, les pertes subies par l'électoral pendant la guerre s'élevaient à 300,000 florins d'ors.
Ce fut ainsi que les paisibles habitants du pays de Trêves firent l'expérience, les premiers en Allemagne, de ce que c'était qu'une guerre de religion, et du véritable sens qu'avait cette parole : « Faire une trouée à l'évangile. »
Sickingen < avait cédé à la nécessité », mais son orgueil, sa confiance dans l'heureux succès de sa cause, sa haine contre « les loups spirituels et la tyrannie des princes restaient indomptés dans son âme ». On espérait encore parmi les siens que non-seulement la noblesse, mais les villes se joindraient à lui. Henri de Kettenbach, celui-là même qui avait rédigé les lettres de défi adressées à Trêves, appelait les villes libres à l'action en d'ardents manifestes : « Jamais », leur disait-il, « vous n'avez eu de plus pressants motifs de venir en aide à la noblesse. Si vous vous entêtez à la desservir, non-seulement vous vous ferez du tort à vous-mêmes, mais vous nuirez à la cause de l'évangile3. » Pendant que l'archevêque Georges de Spire, frère du comte palatin Louis, s'efforçait de conclure un accord entre Sickingen et les princes alliés de Trêves, de la Hesse et du Palatinat, Sickingen, vers la fin d'octobre 1522, sans même avoir fait aucune déclaration de guerre préalable, envahit avec ses bandes les posses-
1 « Obsidionem solvir, in reditu, ut ex animo totam iram effunderet, omnem regionein circa igné conciemat, iacra quaeque et prophana depopulatur, vastat, depilat atque ita spoliis onustus ad arces suas rediit. » Hub. Leodius, p. 302. - Pendant la retraite , dit Strauss (t. Il, p. 237), « pour imiter Ziska, on détruisit entièrement par l'incendie des cloîtres et des églises! Sur la haine de Sickingen pour les prêtres, on lit dans Hub. Leodius, p. 301 : « Acceplissimum Deo sacrificium sese praeslitisse credebat, qui sumino opprobrio foedaque ignominia illos adfecisset. - — Voy. Wegeler, p. 28-32.
5 I'lmann, p.*301. — Blciioltz, t. II, p. 105.
3 Ein Praciita pracliciil aus dir heiligen Bibel uffviel zukünftig Jahr. Selig sind die, die ihr wahrnehmen und darnach richten, Gott will selber regieren über sein Volk, 1523. — Hagen, t. III, p. 58.
ENROLEMENTS POUR SICKINGEN. 1522. 255
sionsducomtepalatin, dévastant et rançonnant les environsde Kaiserslautern '. Il avait cherché et trouvé des alliés dans les États mêmes de l'Électeur, en Souabe, et jusqu'en Bohême; l'illuminé Hartmuth de Cronberg, dont les princes alliés avaient aul refois capturé le château fort*, et le chevalier Jean de Fuchstein, docteur endroit, avaient activement travaillé à lui gagner des partisans dans ces contrées. Ce Fuchstein, qui chez le comte palatin Frédéric avait ;iuf refois rempli les fonctions de chancelier, était un homme habile, mais d'un esprit retors et vicieux », dit un contemporain digne de foi. * Chez lui, le droit et l'équité se vendaient à beaux deniers, et dès qu'il entrevoyait la possibilité d'un g;iin, il savait tourner les choses comme il voulait. Outre cela, il avait un méchant renom; ses mœurs étaient corrompues, et pourtant il était dans les bonnes grâces du prince, car sa langue, admirablement déliée, savait si bien colorer et dissimuler ses vices, que beaucoup se méprenaieut sur son compte, le tenant pour homme d'honneur, ce que pourtant il n'était guère! » Nommé membre du Conseil de régence par le lieutenant impérial Frédéric, Fuchstein avait adhéré à la doctrine luthérienne et soutenait avec ardeur les intérêts de Sickingen au sein du Conseil. On trouva des lettres écrites de sa main adressées à Sickingen, dans lesquelles il l'exhortait « à prendre courage, parce que la majorité du Conseil était bien disposée en sa faveur et tout inclinée vers lui, et que le Conseil verrait avec plaisir le moment où, grâce à son initiative, l'orgueil des princes serait abattu et la noblesse allemande délivrée de son intolérable servitude3 ». Contraint de prendre la fuite à la suite de ses intrigues, Fuchstein écrivait de Prague à Sickingen (1er janvier 1523), « qu'il avait reçu de Bohême des promesses de secours, et qu'il restait dévoué, à la vie et à la mort, à celui qui avait pris eu main la cause de la noblesse, jurant de la délivrer de sou humiliation et d'abattre l'insolent orgueil des princes* ».
En Alsace, dans le Sundgau, le Brisgau, dans les comtés de Furs-
1 Ulmann, p. 317. Lettre de l'électeur Louis au conseil de Strasbourg (15 janvier 1523), dans Virck, t. I, p. G6, n° 113. - Avant d'avoir annoncé la guerre privée ou jeté un défi quelconque au comte palatin, Franz de Sickingen résolut une belle nuit de donner l'assaut au (bateau de Lfltzelstein. Mais comme la garde de la place eut vent de ce dessein et sut l'empêcher, il se porta sur Kaiserslautern, qu'il rançonna et ravagea, dévastant par le pillage et l'incendie tous les villages environnants. < Krieg und Fekdschaflcn des Edlen Franzen von Sickingen, etc. — Voy. Habeis' Nachlau, t. I, p. 3.
* ■ Les trois princts se rendirent alors avec leurs armées devant Cronberg, car llarmuth de Cronberg avait non-seulement prêté assi>tance à Sickinjven, mais avait en personne aidé le chevalier à attaquer le landgrave et à ruiner sa terre ■ Voy. notre premier volume, p. 542. — Krieg und Fthdschaßen, etc. Voy. la note précédente.
3 Voy. Jonc, p. 172-176.— Vogt, p 37.
4 Voy. I lmann, p. 322, note*, 2 et 3. — Stern. Ztcclf Artikel, p. «9. - Illustrissimi
25ü LES PRINCES JUGES PAR LUTHEI1. 1522.
temberg et de Zollern, on enrôlait pour Sickingen '; on lui recrutait des soldats jusqu'en Bavière*. 11 avait même demandé au roi de France « aide, consolation et argent3 ».
Dans tout l'Empire on entendait répéter ce refrain :
Je m'appelle Franz,
Je suis Franz,
Je reste Franz!
Comte Palatin, chasse moi !
Landgrave de Hesse, évite moi!
Évêque de Trêves, tu me le payeras!
Évêque de Mayence, tu en seras aussi ! Attention! Voyons qui sera empereur d'ici à un an4!
Tandis que tout était dans l'attente pleine d'angoisse des événements qui se préparaient, Luther, le 1er janvier 1523, publia son traité : De l'autorité temporelle et de l'obéissance qui lui est due. Cet écrit était rempli des attaques les plus passionnées contre « les princes hostiles à l'évangile » qui osaient interdire dans leurs États la vente de ses ouvrages : « Le Dieu tout-puissant a ôté la raison à nos princes, en sorte qu'ils se croient libres d'agir envers leurs sujets sel>n leur caprice, et se permettent de leur commander ce qui leur plaît. A leur tour, les sujets se trompent et s'imaginent qu'il faut obéir à la lettre. » Les princes avaient eu l'audace d'interdire aux chrétiens l'usage de certains livres, s'arrogeant un droit prétendu sur les choses de la conscience et de la foi; ils avaient été assez téméraires, obéissant à l'inspiration de leur cerveau malade, pour vouloir mener le Saint-Esprit à l'école! « Et comme la fureur de tels insensés peut amener la ruine de la foi chrétienne, conduire à la négation de la parole de Dieu et au blasphème de la divine Majesté, je ne veux et ne peux plus longtemps », ajoute-t-il, * assister tranquillement à ce que font mes seigneurs et mes nobles en colère, et j'essayerai du moins de leur résister par la parole; car si je n'ai pas redouté leur idole de pape, qui menaçait de me ravir à la fois et mon âme et le paradis, je
principes reliquique imperii ordines », rapportaient en décembre 1 522 les états rassemblés à Nuremberg au légat du Pape, « non spernendis rumoribus intellexere Bohemos exercitum parare et copias facere mili tares aniinoquc moliri excursiones et oppugnationes iu quosdain principes Germanos ipjifi finitimos. Unde iisdem principihus negotium faciunt, causamque prebent, se vicissim ad belli apparatum insliiuerc et hujusmodi incursiones expectare ».* Responsum nunlio apostolico dalum in re Ilungarica, dans les Archives de Francfort, lieichstagiacten, t. XXXVIII, Toi. 38-13.
1 I LMANN, p. 32^.
* Joug, p. 69.
3 Ulmann, p 324-325.
4 Uhla.nd, VolktUedcr, p. 955, n° 81 *.