MOUVEMENTS POPULAIRES
Le duc Georges, indigné du libelle injurieux et révolutionnaire de Luther, se tourna vers Frédéric de Saxe, le pressant de sévir contre le coupable. Mais l'Électeur lui répondit « qu'ainsi que tous le savaient, il ne l'avait jamais protégé, et ne se mêlerait pas davantage de sa querelle à cause de ce petit livre; le duc, eu bonne conscience, ne pouvait l'exiger de lui ». Le Conseil de régence, qui siégeait alors à Nuremberg et auquel Georges eut également recours, répondu à son tour « qu'il ne savait en cette circonstance quel avis donner, mais que cependant il engageait fortement le duc à ne pas prolonger plus longtemps ses différends avec Luther*. » (21 mars 1523).
« Cette attitude des autorités explique amplement », écrivait Charles de Bodmann, « qu'en Allemagne toutes les calomnies contre l'autorité temporelle et spirituelle paraissent légitimes. Un tient pour certain que les princes ne sont plus assez forts pour résister à la fureur populaire qui les menace2.
Léonard d'Eck, chancelier de Bavière, écrivait à son maître le duc Guillaume, en lui rendant compte de la manière dont Luther instruisait le peuple touchant ses devoirs envers l'autorité : « Le docteur Luther a composé et fait imprimer en allemand un livre où il expose la conduite que les sujets doivent tenir envers leurs souverains. 11 y appelle les princes temporels des niais, des fous, des scélérats, des païens; il les traite, en un mot, d'une fa<;on sanglante. Il les nomme ouvertement des tyrans, particulièrement ceux de Misnie, de Bavière et de la Marche; il les attaque en particulier sur les impôts et les taxes, dont, selon lui, ils accablent leurs subordonnés. Luther a résolu de soulever les sujets contre leurs gouvernants, de sorte que si jamais les princes ont eu de bous motifs pour faire bonne garde, c'est à présent. 11 ne s'agit plus de rire et de se contenter d'un peu de vent dans ses voiles. » Que Vos Grâces réfléchissent à ce qui se trame en ce moment sur beaucoup de points de l'Empire. On a imprimé un petit livre adressé à l'homme du peuple, où, à ce que l'ou m'affirme, on lui conseille de rejeter loin de lui le joug qui lui pèse et que lui ont imposé jusqu'à ce jour rois, princes et seigneurs. Un lui démontre qu'en se révoltant il fera une œuvre pie, et tout cela vient de ce misérable Luther et du parti de Franz de Sickingen. » « .le le répète, si jamais un effroyable Bundschuh a été à redouter, c'est maintenant :i. »
maître : - Votre Grâce voit assez que le moine diabolique et Franciscus de Sickingen ne sont qu'une même chose. ■ Ulmann, p. 344, noie 1.
1 Skidkmann, Eiläuterunrjen zur Hi'formalionsgtschichte, p. 67-70.
1 Voy. plus haut, p. 162, note 5.
* Dans Jörg, p. 61.