‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 458 sur 630 · MOUVEMENTS POPULAIRES · texte numérisé non relu

MOUVEMENTS POPULAIRES

On se demandait avec une « singulière angoisse » si Franz de Sickiogen n'avait pas conclu un traité secret avec le duc Ulrich de Wurtemberg, prince jadis proscrit de ses propres États par la ligue souabe, et qui, depuis ce temps, s'était associé à la plus vile populace. On craignait que Franz ne l'eût attaché à son parti en lui promettant de l'aider à reconquérir son duché. Ulrich, de son château de Hohentwiel, dans le Hegau, ne cessait d'ourdir « de vastes complots ». Pendant l'automne de 1522, on avait vu flotter sur les tours de son château une bannière blanche où était peint un Bundschuh d'or entouré de rayons lumineux, avec cette devise : « Que celui qui veut être libre, marche vers ce soleil ! » Voici comment le Conseil de régence autrichien, sous la tutelle duquel était placé le Wurtemberg, mettait en garde les habitants de la forêt Noire contre les agissements du duc : « Invoquant un prétexte menteur de liberté, Ulrich ne songe qu'à ramener les simples et les ignorants sous le joug si pesant de sa domination; il veut les remettre dans l'ancienne servitude. Tout homme de bon sens pourra facilement se rendre compte que son intention et celle de ses compagnons ne sont pas et ne sauraient être de donner la liberté ; il ne veut qu'enlever tous leurs avantages à ceux qui avec beaucoup de peine ont amassé un peu de bien, car c'est toujours ainsi que se terminent ces Bundschuh maudits. Ulrich et les siens se proposent de détruire la liberté partout où elle a pu s'établir, de sorte que s'il venait à réussir, les petits feraient l'amère expérience d'un esclavage beaucoup plus rude que celui du passé. » « Le pauvre peuple se soulève de tous côtés », mandait le Conseil à l'archiduc Ferdinand; « il est altéré de liberté, refuse de payer les taxes, et réclame sa part des biens de ceux qui possèdent. » Le Conseil pressait l'archiduc, pendant qu'il en était temps encore, et avant que le mouvement populaire ne prit le dessus, d'envoyer promptement des secours, afin que la révolte ne trouvât pas le pays sans défense1.

Les princes alliés de Trêves, de la Hesse et du Palatinat se plaignaient de leur côté au Conseil de régence de ce que Sickingen et ses partisans excitaient le peuple à la révolte, le détournant du respect qu'il devait à ses princes et ne négligeant rien pour le gagner4.

1 Voy. Zimmermann, t. II, p. 39-43. Stalin, t. IV, p. 254-255.

** Voyez le passage qui concerne la requête des trois princes au Conseil (Ulmann, p. 333, note), Archives de Francfort, Iteichstagsacten, t. XXXVII, fol. 94b. La date du jour où cette requête fut présentée ressort d'une lettre écrite au délégué de Francfort, Hamann de Holzhausen (12 janvier 1J23), où il annonce que l'évêque de Würzbourg a demandé la permission de quitter Nuremberg, parce que la plupart de ses gens de service menaçaient de se réunir à Sickingen. L'évêque craignait d'être assailli par Franz. « Dans toutes les directions de son

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