LES PRINCES CONTRE SICKINGEN
Vers la fin de septembre 1522, les trois princes s'unirent dans le dessein de s'opposer énergiquement à Sickingen. Ils se proposaient d'arracher du sol allemand -■■ la mauvaise semence », de rendre à l'Empire la paix, l'union, et d'assurer la sécurité de ceux qui possèdent1. Le duc Georges insistait depuis bien longtemps pour qu'avant tout « on détruisit les nids8 ». « Quand bien même », disaitil, « l'Empire, durant toute une année, et même pendant deux ans, devrait laisser une armée eu permanence devant l'un des châteaux torts des brigands chevaliers, un tel sacrifice serait encore préférable à l'angoisse où nous vivons perpétuellement, tremblant à chaque instant de voir éclater l'insurrection. On éviterait ainsi beaucoup de dépenses, les intérêts de la paix seraient mieux servis, et cette campagne serait tout aussi nécessaire et méritoire que l'expulsion des Turcs de Jérusalem3. » Le margrave Joachim de Brandebourg réclamait aussi avec instance la répression de Sickingen, qu'il appelait « le Turc de l'intérieur, toujours sur le point d'attaquer, aujourd'hui tel prince, demain tel autre1«. Enfin les trois princes alliés, voyant qu'ils n'obtenaient aucun secours de l'impuissant Conseil, dont quelques membres allaient même jusqu'à favoriser en secret les plans de Sickingen, se joignirent à la ligue souabe qui se préparait de sou côté à marcher contre les chevaliers brigands de Franconie. Le lieuteuant impérial, l'archiduc Ferdinand, et les Ordres réunis à la diète de Nuremberg, s'efforcèrent en vain de ramener Sickingen à la raison, de l'incliner vers la paix : il ne voulut entendre parler d'aucune concession, et déclara aux parlementaires envoyés vers lui, qu'il se regardait comme l'instrument choisi du Seigneur; qu'il avait reçu de Dieu même la mission de châtier le clergé, qu'il attendait de France et d'Allemagne de puissants renforts, résolu qu'il était d'obéir à l'ordre qu'il avait reçu du ciel5. Mais il avait des illusions profondes sur les forces dont il pou-
évichc, des soulèvements étaient à crain Ire, ainsi que les dépêches le lui marquaient. > Reichstagsactc», t XXXVII, fol. 10. « ("ne révolte de paysans faisant redouter un Bundsc/mh semblait imminente dès le mois de novembre 1522. » Voy. la lettre de llolzhausen du jeudi après Elisabeth (20 novembre 1522), dans les Heichstagsaclen, t. XXXVI, fol. 84.
1 Voy. Ilmann, p. 305, 352-353.
s Des violateurs de la paix.
3 Lettre de Georges, 8 septembre 1522, dans I'lmann, p. 275-276.
* Voy. Droysen, 2b, p. 108.
■ Réponse de Sickingen, dans Kilian Leih, t. IX, p. 1039. « Franciscus de sua fide, de Evangelii amure deque justitia sua sibi placens et gloriabundus, ut Lullierani soler.î, respondit : a saeculis semper fuisse aliquem, quo Deus quasi instrumento usus peccatis lasciviens mortalium genus altriverit : persuasum sibi esse, quo Deus veluti flagello K.cclesiasticorum petulantiam velit caedere. affuturam sibi ex Germania atque Gallia bellatorum non coritemiiendam manum, decretum sibi id exequi, ad quod se Deus elegerit. .