DÉFAITE DE SICKIN6EN
paysans, aidés des cuisiniers du landgrave, firent entrer son corps de force dans un vieux coffre qui avait jadis servi à serrer les harnais et les habits; on fut obligé de ployer la tête et les genoux pour L'y faire tenir. Le coffre fut ensuite descendu avec uue corde le long des flancs de la montagne. On l'enterra dans une petite chapelle, procbe de Landstuhl '. »
« Ainsi finit l'homme qui avait fait trembler tout l'Empire romain si peu de temps auparavant9 », dit Spalatin. « Si Dieu ne l'eût rappelé », lisons-nous dans une chronique de Bàle, « il aurait attiré de grands désastres sur les princes, et eût été en Allemagne ce que Jean Ziska3a été en Bohème. » « Dieu est un juste juge, mais un juge surprenant! » s'écria Luther avec découragement en apprenant la mort du chevalier*. Frédéric de Saxe écrivait de son côté à Spalatin : « Oue Franz de Sickingen, auquel Dieu fasse paix, ait ainsi péri de corps et de biens, c'est véritablement, et selon nos pauvres pensées humaines, une nouvelle étrange à ouïr5! »
Au dire de Spalatin, les catholiques se seraient écrié après la défaite de Sickingen : « L'Empereur postiche est mort, on sera bientôt débarrassé de l'antipape0! » Luther, en effet, tomba gravement
1 OEuvres posthumes de Spalatin, p. 180. Voy. de Weech, Berichte über Franz, von Sickingen s Ende, dans les Forschungen zur deutschen Geschichte, t. XVIII, p. 649-656. Dans une chanson de lansquenet, on lit à propos de la défaite de Sickingen :
Les princes »'(aient pleins d'entrain.
Ils tirèrent si bien sur le rhÄteau
(Qu'ils atteignirent Franz;
Son noble sang fut répandu!
Je ne l'oublierai pas. je ne l'oublierai pas !
11 a aimé tons les lansquenets,
Il les avait bien équipés.
Chantons ses louanges!
Ce qu'il a semé n'est pas perdu,
La semence ne périra pas, elle ne périra pas!
Voyez MMENCRONE, t. III, p. 418.
* Spalatin's Annalen dans Mencken, Script., t, II, p. 622.
' ■ Quem si Deus non tulisset e medio, graviora damna principibus fuerat illaturus quam olim Joannes Zisclia regno Boliemorum. Basier Chroniken, t. I, p. 385. L'ambassadeur de Venise Contarini porte sur Sickingen le jugement suivant dans sa description de 1 état de l'Allemagne : • Ultimamente poi ha rovinato Francesco de sickingen, il quale era un signorotlo capo de' lutherani, ladro di slrada, e capo de' gentiluomini poveri, inimici del viver quieto. » Dans Alrf.hi, t. II, p. 20.
* • Deus justus, sed mirabilis judex. • Lettre à Spalatin; voy. de Wette, t. II, p. 340.
5 Spalatin, Friedrich des Weisen Leben, p. 192. a Spalatin's Annalen, p. 625.