‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 464 sur 630 · S DERNIERS ECRITS DE IIUTTEN. SA MORT · texte numérisé non relu

S DERNIERS ECRITS DE IIUTTEN. SA MORT

voir les choses changer promptement de face par l'heureuse expulsion des tyrans. » Il adresse à Éoban un nouveau libelle contre ces mêmes a tyrans », c'est-à-dire contre les princes vainqueurs de Sickingen qui « se sont injustement emparés de ses biens », et il presse Eoban de le faire imprimer le plus tôt possible à Erfurt. « La chose », lui écrit-il, « peut être faite en silence et en secret, et cela dans votre ville plus aisément que partout ailleurs; là, personne ne s'attend à rien de semblable, d'autant plus qu'on me sait très-loin. Je t'en prie, je t'en supplie encore une fois, ne diffère pas, ne néglige rien dans une question qui est pour nous de la dernière importance! Qu'une protestation énergique contre un attentat inouï se fasse entendre et paraisse au grand jour1! » Mais Éoban, l'ancien frère d'armes de Hütten, n'était plus d'humeur à surveiller la publication d'un pareil écrit. A la vérité, il tonnait comme autrefois contre le Pape, « cet imposteur universel, ce perturbateur de la paix européenne, ce loup sous le masque de l'innocence »; comme jadis il s'élevait contre les partisans du Pape, « ces ouvriers d'iniquité* » ; mais il n'était nullement disposé à jouer vis-à-vis des princes le rôle d'apôtre de la liberté. Les efforts des prédicants et de leurs adeptes avaient réussi à ruiner à Erfurt les études universitaires, et Hessus, talonné par la faim3, s'était vu contraint de recourir au landgrave Philippe de Hesse, qui lui avait accordé un poste scientifique à Marbourg. Aussi n'appelaitil plus Sickingen et ses alliés que « les brigands », et rémoignait-il souvent au chancelier du landgrave toute sa joie de les voir enfin châtiés *. Hütten ne pouvait donc compter sur lui pour publier son pamphlet « contre les tyrans » : le manuscrit fut perdu.

Hütten, accusé de travailler au renversement de la constitution ecclésiastique, fut obligé de quitter Bàle. Pour le même motif, il lui fallut bientôt fuir de Mulhouse, où il s'était réfugié. Enfin il trouva un asile à Zurich, près d'Ulrich Zwingle. 11 mourut dans l'ile d'Ufnau, sur le lac de Zurich, dans sa trente-sixième année, vers la fin d'août 1523, de la maladie dont il souffrait depuis seize ans. « Hütten », rapporte Zwingle, « ne laissa après lui aucun objet de valeur. Il n'avait point de livres; de meubles, pas davantage; sa plume seule lui appartenait5. »

1 Strauss, t. Il, p. 311-312. — Kampschulte, t. II, p. 191.

' Voy. Schwertzell, p. 41-42. Il ne dissimulait pas qu'il cherchait de temps en temps â faire plaisir aux gens avec lesquels il vivait, « par de semblables attaques ..

1 Eoban élait parfois si à court d'argent, qu'il était contraint d'emprunter souvent à ses amis; ordinairement deux ilorins. Voy. Schwertzell, p. 44-45.

* Stbaoss, l, II, p. 312. — Plus tard, Eoban rangeait la défaite de Sickingen parmi les hauls faits de Philippe.

.Nihil reliquii, quod ullius sit pretii. Libros nullos habuit, supellectilem nullam, praeter calamum. . Op. Vil, p. 313. Ilutten mourant « semble n'avoir

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