DIÈTE DE NUREMBERG
outragées, les prêtres maltraités; le pays n'est plus qu'un vaste incendie. On dit que le 15 mai les Turcs étaient encore campés près de Leybach, au nombre d'environ vingt-quatre mille. Cependant personne n'a compassion des populations en péril, elles ne trouvent nulle part aide et appui. Personne ne se présente pour les défendre et les guider; ni prince, ni chef ne vient leur rendre courage, chacun attend que sa propre muraille brûle. Oh! que nos frères chrétiens sont lâchement abandonnés! Personne ne prend à cœur la dignité, l'honneur de la foi chrétienne, mais nul n'a garde d'oublier son propre intérêt1! » Le Conseil de régence ordonna des processions et des prières publiques pour obtenir de Dieu la cessation « du fléau turc ». Tous les jours à midi, dans les villes, villages et hameaux, la cloche avertissait les fidèles de prier Dieu « pour qu'il détournât sa colère et donnât bonheur et victoire aux armes chrétiennes J ».
Le 7 avril, le comte palatin Frédéric, en sa qualité de lieutenant impérial, annonça aux états que l'Empereur renonçait aux vingt mille hommes de pied et aux quatre mille cavaliers qui lui avaient été accordés pour l'expédition romaine, ordonnant que lesdites troupes fussent affectées aux nécessités si pressantes de la défense du pays. Mais pour cette défense, aucun Ordre ne semblait porté à l'adoption de mesures énergiques. « Selon l'us et coutume », écrivait à Francfort Philippe Fürstenberg, « des querelles de préséance éclatent au sein de la diète, et pour de puériles disputes toutes les affaires restent en suspens; notre bien est inutilement dévoré3. » « L'imminence du péril avait fait espérer », dit une circulaire du Conseil publiée le 30 avril, « que les Électeurs et autres Ordres de l'Empire se trouveraient à Nuremberg au jour marqué; mais un très-petit nombre seulement s'étant rendu à notre appel, il a fallu remettre l'ouverture de la diète au 1er septembre*. » En attendant, un nouvel impôt fut prescrit, atteignant tous les Ordres et tous les sujets de l'Empire5, et le 8 mai, le procès-verbal de la séance portait que sur les secours consentis à Worms, trois huitièmes seraient affectés à la campagne turque. Les Ordres devaient fournir leur contribution
1 Dans les Fontes rer. Austr., t. I, p. 458.
2 * Circulaire du 28 mars 1522. Archives de Francfort, Heichstagsacten, t. XXXVI, fol. 6.
3 * Philippe Fürstenberg, le lundi d'après les Rameaux ( 14 avril 1522), Rekhstagiacten, t. XXX VI, fol 11. « Et il nous arrive un peu ce qui est arrivé aux Grecs devant Troie :
Postquam délirant reges, plectuntur Achivi. »
* * Circulaire du dernier jour d'avril 1522. Reichstag saclen, t. XXXVI, fol. 14.
1 Proposition du 30 avril : « que tous les Ordres et sujets de l'Empire doivent s imposer pour la campagne contre les Turcs ». Voy. Lumg, Reichsarchiv, t. II,