CHAPITRE VII
AFFAIRES EXTÉRIEURES. — GUERRES D'iTALIE.
« Les affaires d'Allemagne sont dans un piteux état », écrivait Charles de Bodmanu le 23 août 1523; « cependant nous pourrions encore espérer la concorde et la paix, si, comme le Saint-Père le désire ardemment, les puissances chrétiennes parvenaient enfin à s'entendre, et s'armaient toutes ensemble pour résister énergiquement au Turc, et détourner de la chrélienté le péril imminent qui la menace. Alors se réveillerait et se fortifierait le sentiment de solidarité chrétienne qui doit unir tous les peuples, et les mécontents, les esprits remuants et inquiets auraient devant eux un vaste champ d'activité dans les pays délivrés de la tyrannie des infidèles. Mais taudis que les puissances européennes se combattent l'une l'autre et répandent le sang chrétien, les troubles intérieurs croissent d'année en année, et nulle main n'est assez ferme pour contenir les masses, toujours prêtes à se révolter; l'angoisse et la misère du peuple vont croissant; le Turc s'avance toujours plus avant, et les
Turcs chrétiens » l'y encouragent, en particulier ceux de France, dont l'ambitieux souverain attise de tous côtés la révolte, allume L'incendie de la guerre, et réduit à néant tous les grands desseins de l'Empereur. Le roi de France est le véritable perturbateur de la paix de l'Europe, et le foyer de dissension qu'il entretient ne pourra s'éteindre que lorsque la France aura été refoulée dans les bornes de ses frontières primitives '. »
François I", en effet, n'était occupé qu'à fomenter les dissensions et les discordes. « Il u'était nullement disposé », ce sont ses propres expressions, « à céder sur un point quelconque à celui qui avait été son rival heureux lors de l'élection impériale; encore moins à se
1 ' Voy. plus haut, p. 1G2, noie 5. Le cardinal de Santa Croce, Bernardin de Carvajal, était aussi d'avis (1j22) que la paix européenne et la fjuerre générale ((mire les infidèles ne deviendraient possibles que lorsque la France aurait restitué à Charles-Quint et à Henri VIII tout ce qu'elle avait enlevé a l'un et à l'autre. Voy. HÖFLER, Carl V und Adrian VI, p. 19.
324 FRANÇOIS Ier CONTRE CHARLES-QUINT.
soumettre à lui '. » Il se refusait même à lui donner le titre d'empereur1. Profondément blessé dans son orgueil par l'échec qu'il avait subi, il brûlait de prouver au monde qu'en dépit de cet insuccès, « il était le plus puissant monarque de toute l'Europe », et que ses sujets « étaient capables et dignes des plus glorieuses conquêtes 3 ». Mais, dans un si grand dessein, il ne se souciait en aucune façon de la conscience ni du droit; au besoin, il eût voulu devenir le « marteau du monde ».
Dès 1520, François ouvre les hostilités. Il attaque Charles-Quint dans ses droits de souverain d'Espagne, et soutient par des secours de troupes et d'argent les prétendants au trône de Navarre. En mai 1521, il s'efforce de faire triompher la cause des rebelles, et favorise l'invasion de la Castille. A l'ambassadeur d'Angleterre qui lui adresse des représentations à ce sujet, il répond « qu'il n'entend pas se laisser arrêter dans son élan victorieux ». Il a continuellement la main dans les révoltes des communeros *. L'Empereur, au grand préjudice des intérêts de l'Empire, se voit forcé de quitter prématurément l'Allemagne pour accourir au secours de ses États, dont les Français menacent de s'emparer. Par les ordres du roi de France et grâce aux subsides français, Robert de la Mark, duc de Bouillon, enrôle à Paris des hommes d'armes avec lesquels il se propose d'attaquer les Pays-Bas, possessions de Charles-Quint. Dans une lettre autographe, lettre tombée plus tard entre les mains des Impériaux, François renseigne le comte de Carpi sur l'entreprise qu'il vient de confier au duc Robert, et lui fait part de son dessein d'exciter des troubles en Italie et de conquérir les royaumes de Naples et de Sicile. Tandis qu'il s'oppose à ce que l'Empereur, comme le voulaient et ses droits et le souci de son honneur, allât recevoir à Rome la couronne impériale, il se prépare à envahir l'Italie à la tête de cinquante mille hommes5.
« Les nombreux États de Charles d'Espagne semblent constituer une puissance formidable », écrivait-il en mai 1520; « mais nulle part ses droits de souverain ne sont bien affermis, et ses coffres sont vides; moi, au contraire, je règne sur un peuple soumis0; j'ai
1 * Ce sont les propres paroles du Roi. Rapport de Clément Endres, 27 juillet
1520. Voy. Trieriscke Sachen und Briefschaften, fol. G4.
s Voy. la déclaration de Charles-Quint aux électeurs, 21 mai 1521, Lanz, Actenslûclce und Briefe, t. I, p. 191.
3 Rapport de Clément Endres. Voy. la note 1.
4 • AU thèse trouhles were stirred upby the kingof Frence. » Brewer,3b, p. 560.
5 Voy. Lanz, Actenstùclcc und Briefe, introduction, p. 250.
0 « Ilanno del tutto », écrivait l'ambassadeur vénitien Marino Cavalli à propos des Français, « rimessa la liberlà è volontà loro al re ; tal che basta che lui dica, voler tanto, approbar tanto, che il tutto è eseguito e fatto prœciso, corne se essi stessi lo deliberassero... prima li suoi re si chiamavano reges Francorum, oro si possono dimandar reges servorum. » Alberi, t. I, p. 232.