INTRIGUES FRANÇAISES
est impossible à établir lorsque le souverain est si souvent hors du royaume. On parle du roi de France, parce que ses richesses dépassent celles de tout autre prétendant; mais comme on s'aperçoit que son élection présenterait de grandes difficultés, le comte palatin et le margrave songent, chacun de son côté, à sonder les esprits pour voir s'il ne leur serait pas possible d'être élus; aucun d'eux n'approuverait le choix de l'archiduc Ferdinand. Il est encore trop jeune, disent-ils, et sous sa conduite les princes seraient plus mal en point que jamais, car Ferdinand se laisse complètement diriger par son conseiller Salamanque. » Hannart se plaignait amèrement du margrave, lequel semblait prendre très-peu de souci des intérêts de l'Empire. « On découvrira bientôt », disait Hannart, »que le penchant du margrave pour les Français n'a d'autre cause que son désir d'établir son fils, qu'il destine à la princesse Renée; le souci de ce mariage lui fait oublier son devoir et ses obligations1. » L'archevêque Richard de Trêves était également soupçonné « d'avoir fait amitié avec le roi de France », et de tirer de celui-ci de quoi payer le grand appareil d;ms lequel il paraissait à la Diète2. François Ier, disait-on, avait aussi réussi à fortifier chez les ducs Guillaume et Louis de Bavière l'aversion déjà si forte qu'ils nourrissaient pour les princes de la maison d'Autriche. « Les ducs n'étaient venus aux Etats », affirmaiton dans l'entourage de l'Électeur palatin, « que pour déposséder la maison impériale d'Habsbourg, et chercher à acquérir pour euxmêmes la couronne romaine et impériale3. »
Ces bruits, ces soupçons, les intrigues françaises, fout concourut à dicter aux princes la subite résolution à laquelle ils s'arrêtèrent: ils convinrent d'envoyer une ambassade, d'abord à François Ier, ensuite à l'Empereur, puis au roi d'Angleterre, et de lui confier la mission de ramener la paix et la concorde entre les princes chréfiens. L'électeur de Trêves, le comte palatin Frédéric et le duc Louis de Bavière devaient se rendre dans ce but à la cour de France, accompagnés d'une suite brillante; l'électeur de Trêves demeurerait près du Roi. L'archiduc Ferdinand et Hannart eurent foutes les peines du monde à empêcher un acte aussi inconstitutionnel, acte dont les princes assumaient toute la responsabilité sans l'assentiment de l'Em-
1 Lanz, Correspondent, t. I, p. 105, 106, 107. D'ailleurs, Hannart ne semble pas avoir redouté les intrigues en question : « ...joint que les électeurs ne sont tous d'une oppiuion, sarchant chacun son particulier interest. »
9 Voy. le rapport de Hannart, dans Lanz, I. I, p. 100-101 .
3 « ...Iam tum à la diète de Nuremberg de 1524) in animo habentes, si quo modo imperialem dignitalem ad se transferre et domui Austriaca- adimere possent. »Surtout le chancelier de Bavière, Eck. nourrissait le désir de ■ praesertim duci Wilhelmo, excelso animo principi, nunc regiam, nunc imperialem, nunc electoralem dignitatem ambienti, tandem oplatam viam inveniret et aperiret •. Hub. Leodjus, p. 89.