‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 498 sur 630 · II · texte numérisé non relu

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spirant ici des théories du droit romain sur le pouvoir, « que l'Empereur est le droit vivant, qu'il est élevé au-dessus des lois, que Sa Majesté n'est autre chose qu'un dieu terrestre, et que tout lui est possible, comme l'enseignent les docteurs? Mes très- gracieux et très-hauts seigneurs n'ignorent point ces choses '. »

« Le discours de Venninger », rapporte le délégué de Francfort (1er février 1524), « a porté un rude coup au Conseil; Venninger a su lui dire nettement ses vérités2; aussi les Ordres sont-ils décidés à ne plus souffrir que des conseillers du genre de ceux qui siègent actuellement soient élus à l'avenir. » Seul, l'électeur Frédéric de Saxe prit le parti du Conseil, et comme ses avis n'étaient pas écoutés, il quitta brusquement Nuremberg (26 février). Les électeurs, princes et autres Ordres », mandait le jour même de ce départ le délégué de Francfort, « brûlent d'abolir le Conseil de régence. » Toutes les villes libres partageaient cette opinion et s'étaient affirmées dans ce sens à la Diète de Spire; mais tout à coup Nuremberg déclara n'être point de cet avis, « car chacun cherche son propre intérêt ». Ulm, à son tour, « se montra récalcitrante ». Ces deux villes étaient cause du reproche si souvent fait aux cités libres d' avoir deux poids et deux mesures », de « ne rendre pas un son bien net », et de « manger à deux râteliers ». « Cependant ce reproche était à cette époque sans fondement3. »

Les villes, à leur tour, dressèrent un cahier de doléances contre le Conseil; « elles s'exprimaient en termes aigres et durs ». Elles affirmaient que, par rapport à leurs libertés civiles, statuts et privilèges, le Conseil s'était livré à des actes arbitraires qui ne pouvaient avoir d'autre résultat que le mépris de l'autorité, l'émeute, l'abaissement de la nation et la ruine générale4. Le duc Georges de Saxe déclara à son tour que le Conseil n'avait eu aucun souci de la dignité de l'Empereur, ni de celle des princes; qu'il avait laissé Luther traiter impunément les princes de coquins et de scélérats, excitant ainsi le peuple à la révolte contre l'Empereur5. L'évêque de Wi'irzbourg accusa également le Conseil d'avoir ouvertement favorisé les nouvelles doctrines. Deux capitulaires cités par lui devant

■ * Reichstagtacten, t. XXXIX, p. 57-75, 97-100, 136.

2 • Lettre d'Ilamann de Ilolzhausen du 1er février 1524, Reichstagsacten, t. XL, fol. 7.

3 Lettres du 21 et du 2G février (vendredi d'après Reminiscere); autre lettre du 5 mars 1524, dans les Reichstagsaclen, t. XL, fol. 12, 14, 16. Voy. t, XXXIX, p. 156.

** Délibérations du 20 février (samedi après Invocavit), Reichstagsaclen, t. XXXIX, p. 262-269. Fuihaltcn des Regimentes gegen die Städte, fol. 269-271 et 332-337. Le 26 février (vendredi d'après Reminiscere), le Conseil de régence se plaignit que, malgré le texte formel de ses constitutions, il eût été exclu des délibérations générales.

5 Curieuse Nachrichten, p. 37.

un tribunal ecclésiastique pour s'être mariés avaient été absous par le Conseil. Un chanoine convaincu d'hérésie avait reçu un saufconduit grâce auquel il avait pu se sauver1. « Il n'est que trop certain », écrivait Hannart à l'Empereur, « que la plupart des conseillers de la Régence sont fort bons luthériens, et que très-souvent, dans leurs procédés et leurs actes, ils se montrent imprudents et malavisés2. »

Aussi était-il à prévoir que les membres actuels du Conseil ne seraient pas réélus; mais comment, à l'avenir, organiser le nouveau pouvoir? Ici les opinions et les désirs différaient grandement.

« Quelques-uns voulaient, d'accord en cela avec le lieutenant impérial Ferdinand et l'organe autorisé de l'Empereur, Hannart, que le Conseil de régence, dans son essence et son principe, fût maintenu tel qu'il avait été constitué, et qu'on se bornât à élire de nouveaux membres. D'autres, se ralliant aux vues de l'Électeur palatin, étaient d'avis qu'en l'absence de Charles-Quint, ce prince exerçât dans l'Empire ses droits au vicariat; la plupart ne voulaient plus entendre parler de Conseil de régence. Beaucoup étaient pour l'élection d'un roi romain, excluant d'avance tout prétendant de la maison d'Autriche. Ainsi tous étaient désunis, tous se querellaient; il semblait que durant cette Diète aucune question intéressant l'Empire ne dut être résolue, et qu'il fallût presque désespérer de l'avenir 3. »

Les États eux-mêmes tombèrent dans une sorte de désespoir en constatant la discorde qui régnait parmi eux. « Les princes et autres Ordres », écrit Hannart, « sont persuadés que c'est par un châtiment du ciel qu'ils ne peuvent parvenir à s'entendre sur les pressantes nécessités du moment. » « .l'ai grand'peur », continue-t-il, « que s'ils ne changent d'attitude, ils ne soient, sous ce rapport, bons prophètes, et qu'en effet Dieu ne fasse peser sur eux sa colère. » Tous les jours, on voyait se produire d'épouvantables attentats sur divers points de l'Empire. Si donc la Diète se séparait sans avoir rien conclu, une complète anarchie était à prévoir; « l'abominable hérésie luthérienne irait se propageant de plus en plus », et « des secousses violentes deviendraient inévitables ». Même les princes qui jusque-là s'étaient monlrés dévoués à l'Empereur étaient maintenant récalcitrants, pleins d'aigreur; ils avaient trop longtemps, trop vainement attendu le payement des pensions qui leur avaient été allouées. Si elles

1 Voy. Il w;i klin, I. X, p. 577.

' Lt certes, connue suis pour vray averty, la plusparl desdicts du régiment sont grandz luthériens... • Rapport du 13 mars 1524, dans Lanz, Conesjondent, t. i, p. lui.

3 ' Charles de Bodmann, 19 mars 1521. Voy. plus haut, p. 152, note 5.

340 INTIUGUES FRANÇAISES. 1524.

ne leur étaient promptement remises, ils se déclaraient hors d'état de rendre à l'avenir de bons offices à l'Empire, et d'entreprendre, pour le service de l'Empereur, des voyages dispendieux, pour assister aux Diètes. L'Empereur devrait du moins, et Hannart l'en conjurait, faire parvenir à l'ancien lieutenant impérial, le comte palatin Frédéric, les sommes auxquelles il avait droit afin de le maintenir dans ses intérêts. Frédéric avait tout pouvoir sur l'esprit de son frère le comte palatin qui, en ce moment même, remuait ciel et terre pour empêcher que le Conseil de régence ne fût réélu, et pour obtenir le vicariat d'empire. Or, si le Conseil, et avec lui le pouvoir de l'archiduc Ferdinand, c'est-à-dire tout ce qui avait été organisé à Worms, étaient renversés, les partisans du vicariat auraient peu de peine à empêcher la Diète de rien conclure; ils convoqueraient une autre Diète dans les pays rhénans, et là établiraient à leur guise un nouveau gouvernement central. Dans toutes ces questions les secrètes pratiques du roi de France devaient être prises en sérieuse considération1.

En effet, bien avant l'ouverture de la Diète, François Ier s'était efforcé de persuadera plusieurs électeurs et princes que l'Empereur étant en Espagne et l'Empire laissé pour ainsi dire orphelin, il était de leur intérêt d'élire un roi romain. Il se déclarait prêt à en accepter le titre si le choix tombait sur lui, et saurait, disait-il, témoigner son extrême gratitude aux électeurs et princes par des présents et des faveurs; si pourtant ceux-ci préféraient élire un prince allemand, nul homme n'était plus digne de leurs suffrages que le margrave Joachim de Brandebourg. Le comte palatin Louis serait également un choix très-recommandable, à cause de ses rares qualités; en tout cas, « il importait au salut de l'Allemagne que l'archiduc Ferdinand, frère de l'Empereur, fût éliminé». Une fois élu, le nouveau roi des Romains, muni de forts subsides de guerre, unirait ses forces à celles du roi de France, et déclarerait la guerre à Charles d'Espagne, l'ennemi juré de la liberté de l'Allemagne, le tyran qui ne visait qu'à opprimer et mettre en servitude le monde entier2.

Des instigations de ce genre ne laissaient pas que d'avoir une très-grande influence.

« Je sais de bonne source », écrivait Hannart à l'Empereur le 13 mars, « que plusieurs princes se concertent au sujet des absences fréquentes de Votre Majesté. Ils assurent qu'un bon gouvernement

1 Rapport de Hannart à l'Empereur, 13 mars et 26 avril 1524. Lanz, Correspondent, t. I, p. 102, 104, 106, 118, 120.

ST Ckronique de Mayence, 7 janvier 1521, après les ouvertures faites par 1( chargé d'affaires français Jean Tempor. Œuvres posthumes de Budmann.

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