‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 501 sur 630 · NOUVEAU CONSEIL DE RÉGENCE · texte numérisé non relu

NOUVEAU CONSEIL DE RÉGENCE

l'époque de la Pentecôte, et l'on s'occuperait alors de le constituer sur des bases meilleures. « Parmi les améliorations proposées par la commission nommée à cet effet par les Ordres, se trouvait en premier lieu stipulée la clause que le nouveau pouvoir laisserait aux Ordres, grands et petits, la plénitude de leurs droits régaliens, privilèges, usages, traditions et juridictions, et que nulle équivoque ni confusion ne serait tolérée sous ce rapport '. »

« A ce sujet les querelles recommencent de plus belle », écrit un témoin oculaire3, « et il ne faudrait pas beaucoup s'étonner s'il était vrai, comme on en fait courir le bruit, que le lieutenant impérial et le chargé de pouvoirs de l'Empereur ne fussent en fort mauvaise intelligence. L'archiduc parle d'Hannart en termes amers et violents. »

Il en était effectivement ainsi.

« Tous les membres de la Diète -, mandait Ferdinand à l'Empereur, « ne souhaitent que l'abolition du Conseil de régence, et ce but, ils le poursuivent par des ruses, des artifices inimaginables. Or, s'ils parvenaient à leurs fins, l'autorité et la considération de Votre Majesté seraient ruinées, une rébellion ouverte éclaterait infailliblement dans l'Empire, et un grand nombre de vos sujets se tourneraient vers la France. » Hannart, ajoutait Ferdinand, n'avait pas été adroit dans ses négociations. Il avait donné de grandes espérances aux électeurs de Trêves et du Palatinat, ainsi qu'au landgrave de Hesse, leur assurant que le Conseil de régence allait être supprimé. De plus, il avait révélé à l'électeur de Trêves les instructions secrètes qu'il tenait de l'Empereur. « Tout ce que j'avais tenté, tout ce que je m'étais efforcé de, faire réussir, tant pour le maintien du respect du à Votre Majesté que pour le salut et la paix de cette nation, a été (bien que je n'en eusse conféré qu'avec quelques-uns de mes plus intimes conseillers) commuuiquéà diverses reprises à nos adversaires. Ce fait m'a extrêmement troublé; cependant j'ai dissimulé mon déplaisir; mais une telle découverte m'a mis dans une perplexité plus grande encore que la conduite déraisonnable d'Hannart. C'est à peine si Hannart souffre qu'on ait pour moi les égards dus à mon rang; son attitude est plutôt celle d'un soldat vantard que celle d'un grave ambassadeur. Je supporterais facilemeut ce manque de tact s'il pouvait en résulter quelque profit pour les intérêts de Votre Majesté, mais il s'en faut de beaucoup que nous puissions l'espérer, et je ne veux pas entrer à ce propos dans de trop longs détails, de peur de peiner Votre Majesté. .le ne citerai qu'un seul fait: Hannart s'est laissé si inconsi-

1 Reichstag sacten, t. XXXIX. p. 280.

* ' Charles de Bodmann, 19 mars 1524. Voy. plus haut, P. 162, note 5.

dérément entraîner au parti des villes, qu'il a fait espérer et peut-être promis plusieurs choses qui jamais ne pourront être accordées, du moins lant que les affaires de Votre Majesté seront en bon point \ » Les Etats avaient consenti au maintien du Conseil de régence pour deux ans encore; restait maintenant à trouver les sommes nécessaires à son entretien. L'impôt de douane, dont il avait été question, fut « lamentablement rejeté, surtout par la faute des villes, mais aussi par suite de l'opposition de quelques princes et conseillers de princes, et cela, à dire le vrai, au détriment des vrais intérêts de l'Empire ». Ferdinand proposa alors que les Ordres, taxés d'après les anciens registres de la matricule, fussent obligés à fournir la somme voulue; mais ce plan fut repoussé, ainsi que la proposition, apportée également par Ferdinand, de faire supportera l'Empereur la moitié des frais à condition que l'autre moitié serait couverte par les États. Ceux-ci déclarèrent le 18 mars que « pour des motifs trèsplausibles et à cause de leurs très-lourdes charges, il leur était impossible de rien faire pour le Conseil de régence ». Puisqu'il dépendait de l'Empereur, il était juste que l'Empereur fit à lui seul tous les frais de son entretien6. Ce ne fut qu'à la condition que le nouveau Conseil serait réformé comme on le souhaitait, et qu'aucun membre du Conseil actuel ne serait réélu, qu'à la fin les électeurs et les princes consentirent à payer la moitié de la somme requise.

Mais à ce moment « les délégués des villes recommencèrent leurs récriminations ». Au début de la Diète, ils avaient présenté une adresse portant « qu'ils avaient reçu de ceux qui les avaient envoyés Tordre exprès de ne prendre part à aucune délibération avant qu'on eût fait droit à leurs griefs touchant le siège et la voix ». En conséquence ils ne s'étaient décidés à assister aux séances des États que sous la réserve qu'ils ne signeraient rien tant que « leurs maîtres et amis ne seraient point traités comme les autres corps de l'État et n'auraient pas obtenu les prérogatives auxquelles ils avaient droit3 ». Le 2 avril, il leur fut répondu que jusqu'à ce que l'Empereur vint en personne en Allemagne et put conférer sur ce sujet avec les Ordres, deux délégués seraient admis au Conseil de la

1 Buchholtz, t. If, p. 45-46, 52. L'archiduc, au rapport d'IIamann de Ilolzhausen (5 mars 1524), avait secrètement sollicité l'appui des villes, afin que, dans le cas où les membres du Conseil de régence seraient révoqués, le conseil lui-même, en tant qu'institution, fût maintenu; l'Empire, selon lui, serait exposé par sa perte à de grandes calamités, et la paix et la justice seraient en grand péril. Frankfurter Reiehglagsaclen, t. LX, fol. 16.

* ' Vendredi avant les Rameaux (18 mars 1524), Frankfurter Reichstagsacten, t. XXXIX, p. 289.

* * • Der Stell Handlung gegen Kurfürsten und Fürsten und anderen, Reichstend belangend Stimm, Session und Iteichsslandt derselbigen. » lieichstagsacten. t. XXXIX, p. 239-259.

Page 1