L'ARCHIDUC FERDINAND SUR L'ÉTAT RELIGIEUX DE L'ALLEMAGNE
comprendre. » Luther conseille au peuple de refuser tout secours pour la guerre contre les Turcs : « Je prie tous les chers chrétiens qui pourraient s'imaginer être agréables à Dieu en servant des princes si méprisables et si aveuglés (que Dieu, sans aucun doute, nous a envoyés pour nous châtier) de ne pas se laisser entrainer à donner quoi que ce soit pour la campagne turque, car les Turcs sont dix fois plus intelligents, plus sages et plus religieux que nos princes, n 11 prétend voir un blasphème, un outrage à la divine majesté dans la coutume qu'avait l'Empereur, en sa qualité de tuteur temporel de l'Église, et selon un usage séculaire, de s'intituler le « suprême défenseur de la foi chrétienne » . Il était « honteux, inconvenant » à Charles-Quint de se parer d'un pareil titre, lui qui n'était « qu'un sac à vers, qu'un misérable mortel, incertain d'avoir encore quelques instants â vivre ». •< Que Dieu nous vienne en aide, le monde est réellement insensé! Le roi d'Angleterre, lui aussi, se donne pour le protecteur de la foi et de l'Église du Christ; les Hongrois se vantent d'être les soutiens de Dieu et chantent dans leur litanie : " Daigne nous exaucer, nous, tes défenseurs! » Je me plains de ces choses du fond de mon âme à tous les pieux chrétiens, afin qu'avec moi ils prennent en pitié de tels fous, de tels insensés, de tels imbéciles, qui délirent et extravaguent à plaisir. On aimerait mieux mourir dix fois que d'écouter leurs blasphèmes! Mais ceci n'arrive que pour les punir; ils ont persécuté la parole de Dieu (c'est-à-dire le nouvel Évangile de Luther), et Dieu les livre à un aveuglement manifeste. Que Dieu nous en débarrasse et nous donne, par sa grâce, de meilleurs gouvernants! Amen '. »
« Celui qui use d'un pareil langage et représente l'Empereur et les princes comme des aveugles, des entêtés, des fous qui délirent et extravaguent », disait un contemporain fermement attaché à l'antique foi, peut-il nier qu'il n'excite le peuple à la rébellion, et ne le soulève contre toute autorité laïque ou ecclésiastique3?
Comme il fallait s'y attendre, le Pape et le légat s'empressèrent d'interdire l'assemblée de Spire, où les laïques prétendaient décider en dernier ressort sur les questions de foi dans une com-
1 Zwei kaiserliche uneinige und wieder wâr lige Gebote, Lulhern betreffend, mit Luther' i Vor-und Vachiede, nebst Randbemerkungen, Sämmtl. Werke, t. WIV, p. 211-213, 23G-2IJ7. s Glos und Comment , [il- M1.