NOUVEL EVANGILE DE CARLSTADT
les rois, les princes, les prêtres! Ils lutteront, mais la victoire du Seigneur sur les tyrans et sur les impies sera admirable. Münzer traçait aux paysans la voie à suivre : •■ Les saints travailleurs qui se nourrissent d'aliments amers doivent emplir la gorge des tyrans maudits '. »
A Mulhausen, il trouvait < un champ richement préparé ». Là, dès les premiers mois de 1523, le « mouvement évangélique avait « touché les âmes »par l'entremise d'un ancien moine cistercien, Henri Pfeiffer. Dans les rues, puis en chaire, Pfeiffer s'était élevé contre les évéques, les prêtres et les moines. Au pied de sa chaire, les auditeurs cultivés se mêlaient à une nombreuse populace accourue de la ville et du dehors. Le peuple aimait sa parole, riche en invectives, et si quelques membres du conseil y trouvaient quelquefois à reprendre, d'autres assuraient que ces questions n'étaient point du ressort de l'autorité civile. Au bout de quelques jours, une émeute éclata; les couvents, les presbytères furent pillés. On comprit alors que les prédications de Pfeiffer pourraient bien intéresser le conseil, car les bourgeois et beaucoup de gens du dehors appartenant à son parti coururent avec leurs meilleures armes sur la place de l'hôtel de ville, parlant d'égorger les magistrats. Le « mouvement évangélique » se termina en 1523 par la complète victoire du peuple sur le conseil. Les vainqueurs présentèrent aux conseillers leurs conditions de paix, et ceux-ci furent contraints de promettre « de ne plus s'opposer à l'avenir à la libre diffusion de l'Évangile 2 ».
Pfeiffer, « cet homme consumé du zèle de la liberté », ne tarda pas à devenir célèbre. Langensalza lui envoya une délégation d'ouvriers le priant de venir annoncer la parole de Dieu dans la ville. Là, des ouvriers, des femmes d'ouvriers disaient ouvertement qu'il fallait partager avec les riches. Douze exaltés y avaient formé une secte particulière; bientôt trois cent cinquante hommes, et au delà, se constituèrent en « association fraternelle ». La cheville ouvrière de cette association était un savetier nommé .Melchior Wigand, qui autrefois avait fait la guerre, et depuis avait été le héros de plus d'une équipée 3.
Une « vie évangélique entièrement nouvelle et libre » fut aussi inaugurée à Orlamunde. Carlstadf, à qui la prédication et renseignement avaient été interdits à VVittemberg, s'était rendu dans cette ville pour s'y créer un centre d'activité. « Vous me liez les pieds et les mains », avait-il écrit à la communauté de VVittemberg en se
1 Ausgedrûkte Euiblö$*ung des falschen Glaubens. Frontispice, et Bl. Cs. « Mûklauser Chronik, p. :j,f>5-373.
* Sf.idemans, Beitrüge, 14, p. 513.