‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 531 sur 630 · LUTHER CONTRE LE LIBRE ARBITRE · texte numérisé non relu

LUTHER CONTRE LE LIBRE ARBITRE

Carlstadt se posait en docteur sans avoir reçu aucune mission divine; s'il en était autrement, que ne prouvait-il par des « signes divins •> l'appel inférieur qu'il disait avoir reçu de Dieu? « Dieu ne détruit pas un ordre ancien pour en établir un nouveau sans opérer auparavant de fort grands miracles. C'est pourquoi, avant d'ajouter foi au témoignage de celui qui se dit appelé à prêcher par son sentiment intérieur, et tonne en public contre l'ordre établi, il faut examiner par quels signes ce nouvel apôtre prouve sa mission. » Luther n'appliquait point ce raisonnement à lui-même, ni à la guerre qu'il avait déclarée à l'antique organisation de l'Église.

Carlstadt se plaignait bien à tort d'avoir été banni de la Saxe. « S'il est une chose à regretter, c'est qu'il ait eu affaire à des princes trop faibles. En d'autres pays, s'il fût venu troubler les gens avec de pareilles impertinences, on aurait très-bien pu faire danser sa tète et celle de ses confrères sur une fraîche lame d'acier, et le châtiment eût encore été doux! Les princes de Saxe n'ont-ils pas été patients avec cette cervelle à l'envers? En vérité, ils ne l'ont été que trop; s'ils avaient été plus prompts à se servir du glaive, le peuple des rives de la Saale serait aujourd'hui plus calme, plus retenu, et l'Esprit de Dieu n'eut pas été emprisonné. »

Quanl aux images, Luther avait toujours reconnu à l'autorité temporelle le droit de les détruire; mais Carlstadt, avec une fureur sans pareille, les avait abattues, sans même demander l'assentiment du pouvoir. Le peuple, excité par lui, était devenu mutin, orgueilleux, rebelle. Cette rage contre les images n'était, examinée à la lumière de Dieu, qu'une œuvre mosaïste, accomplie sans loi ni amour; et pourtant, les briseurs d'images avaient depuis cette belle équipée un orgueil insupportable. Ils se croyaient très-avant dans les bonnes grâces de Dieu pour avoir mis bas quelques lableaux. i\'otaif-ce pas là revenir au mérite des bonnes œuvres et au libre arbitre?

Luther, à ce momenl même, venait de se laisser emporter à de tels excès de langage à propos de la duclriue de la non-liberté de l'homme que, dans son traité sur le Serf arbitre, adressé à Erasme, il n'avait pas reculé devant des propositions absolument fatalistes : • Dieu est nécessairement un Dieu d'après la volonté duquel tout doit s'accomplir. Aussi les païens attribuaient-ils à leurs divinités, à leur Jupiter, une volonté qu'ils appelaient Fatum, disant qu'aucune prudence humaine ne pouvait soustraire l'homme aux décisions, à la volonté éternelle de cette puissance mystérieuse. Or ces deux choses, la toute-puissance de Dieu et sa prescience éternelle, suppriment radicalement et nécessairement le libre arbitre, et la raison elle-même se voit forcée de reconnaître qu'il n'y a de libre

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