‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 535 sur 630 · LES ANABAPTISTES · texte numérisé non relu

LES ANABAPTISTES

de rien en matière de foi. Les deux frères faisaient usage du petit livre de Münzer et de Carlstadt. Les « peintres impies » furent bannis de la ville « à cause de leurs opinions païennes et pour avoir parlé avec grand dédain et mépris de tous les prédicants, ainsi que de leurs supérieurs temporels >-. Comme motif principal de leur expulsion, on allégua « qu'il fallait éviter avec soin que le contact avec de telles gens n'engendrât une foule d'erreurs et d'opinions extravagantes parmi les citoyens de la cité et du dehors; si l'on n'arrêtait les progrès du mal, il faudrait bientôt prendre des mesures pour que la parole ne fût plus distribuée à toute la congrégation réunie; prendre à part, instruire en particulier chaque égaré, ce qui serait imposer un lourd fardeau non-seulement aux prédicants, mais encore à messieurs du conseil1 ».

Mais de quel droit, demandaient les chrétiens éclairés restés fidèles à l'Église, « refusait-on à Carlstadt ou à d'autres la liberté de repousser le baptême, la Cène et le culte luthérien? N'avait-on pas permis à Luther de rejeter cinq sacrements? N'avait-il pas travaillé à renverser l'édifice tant de fois séculaire de l'antique Église? Si Luther, conformément au principe reconnu de la libre interprétation de l'Écriture, tenait telle ou telle opinion pour vraiment évangélique, s'il osait représenter tout sentiment contraire au sien comme abominable, scélérat, satanique, pourquoi Carlstadt, Münzer et les autres, quels que fussent leurs noms, ne pouvaient-ils à leur tour tenir d'autres axiomes pour seuls justes, seuls révélés par l'Esprit de Dieu? pourquoi n'avaient-ils pas la même liberté que Luther et la communauté de Wittemberg? » « Une complète anarchie religieuse, ajoutaient les catholiques, sera le fruit de cette liberté chrétienne tant prônée par Luther : l'interprétation libre de la Bible « claire et intelligible à tous », comme il le prétendait, le principe que tout chrétien a le droit de juger ses pasteurs, parce qu'il est intérieurement enseigné par Dieu même, étaient deux dogmes tout aussi subversifs -. »

La sainte Écriture a élé donnée à chacun pour vérifier et affermir sa croyance. Elle est pour le chrétien l'unique source de la foi. « Ce principe, les disciples de Münzer et de Carlstadt, et toutes les

1 Protocole de l'audience, dans Jörg, p. 7:;i-733 (voy. GG8), et Baadeh, Beitrüge zur /ùinstf/eschichte Vürnbergt, 3, t. II, p. 74-77, voy. p. 53-54.

Glos und Comment. lil. B-I)2 L. F*. Contra M. Lutherum, fol. 9.

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