‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 540 sur 630 · PRINCIPES SOCIALISTES DES HUSSITES ET LEURS RÉSULTATS · texte numérisé non relu

PRINCIPES SOCIALISTES DES HUSSITES ET LEURS RÉSULTATS

ce peuple de Gomorrhe, qui s'est arrogé le droit d'en disposer. De vastes abbayes, de splendides églises ont été dévastées, et ceux qui mettaient la main sur ces trésors se disaient autorisés à les garder pour eux. Les lois de l'Église ne comptaient plus pour rien, et la terre de Bohême put, en ce temps-là, se glorifier d'un plus grand nombre de martyrs que tout autre pays, tant il y eut alors de chrétiens massacrés pour la foi. Tels furent les crimes impunément commis par ces misérables fils de Satan '. »

Les femmes surtout se montrèrent féroces et avides. Presque tous les habitants de Komotau périrent par le feu et l'épée. Partout « la propriété des infidèles retournait aux mains des croyants ». Exerçant en tous lieux leur fureur sauvage, les hussites se vantaient néanmoins de « l'extrême indulgence dont ils usaient envers les ennemis de la foi, les oppresseurs de l'innocence, les transgresseurs criminels et endurcis de la loi de Dieu* »».

Dans une adresse au conseil de Prague, une fraction du parti nussite propose l'adoption de douze articles principaux. Ces articles réclament l'abolition de tous les droits « contraires aux commandements de Dieu. L'abrogation du droit existant était le premier pas à faire vers le but qu'on voulait d'abord atteindre : le libre usage des eaux, forêts et pâturages pour tous. Dans l'administration de la justice, tout devait être basé sur le droit divin. Les corvées et les dîmes seraient supprimées, toute distinction entre les classes abolie, toute subordination détruite. Les hommes étant frères, nul d'entre eux ne devait être soumis à qui que ce fût. » D'autres voulaient la complète communauté des biens : personne ne devait plus posséder une propriété particulière. Celui qui gardait un bien pour lui tout seul était en état de péché mortel. Les fils de Dieu s'apprêtaient ■ à poser le pied sur la nuque des rois », et tous les royaumes qui sont sous le ciel allaient leur être livrés. La souveraineté appartenait au « peuple », aux « élus »; les villes, les villages, les bourgs allaient être livrés au pillage et à l'incendie3.

1 Chroniken der deutschen Städte, t. III, p. 176-177.

*Voy. Zöllner, p. 39-48.

* Voy. ces passages dans Höfler, Gcschitschreiber, t. I, p. 385, et t. II, p. 435. — Voy. Lechler, t. II, p. 471-472. — Boehm, p. 76. — Bezold, Zur Geschichte Husilenthums, p. 43-45, 50. - L'idéal social et politique de l'insurrection de Bohême •, dit Bezold (p. 54), « les efforts des meneurs pour organiser puissamment tout l'ensemble de la vie humaine d'après certaines théories, élèvent le mouvement hussite à la hauteur d'une véritable révolution, et nous autorisent à l'assimiler aux plus grands ébranlements politiques de la vie des peuples modernes. Les hussites veulent l'égalité dans les ressorts les plus divers de l'ordre social, dans les questions de propriété comme dans la répartition des biens f>lus élevés de l'humanilé. Ils réclament la suppression de toute distinction sociale, entre les prêtres et les laïques comme entre les seigneurs et le peuple;

Page 1