RÉPRESSION DE LA RÉVOLUTION
de moins de mal que le prédicateur papiste. » « Si le clergé ue suit pas la voie que je lui trace, je souhaite », avait encore dit Luther, c non-seulement que ma doctrine amène l'entière destruction des couvents et des abbayes, mais que de mes propres yeux je puisse un jour les voir réduits en un monceau de cendres1. »
« La population des villes et des villages, affolée, exaspérée, furieuse », écrit du Bheingau un écrivain contemporain, « était fort à son aise pour se livrer au pillage, à l'incendie; elle pouvait à son gré détruire, profaner, outrager tout ce qu'il y a de plus sacré au monde et commettre les actes les plus atroces, car, depuis longtemps déjà, il n'y avait plus aucune espèce d'autorité en Allemagne. Et voilà le principal motif des troubles religieux : tous étaient découragés, divisés, nul ne se fiait à son voisin. Les uns voyaient avec plaisir la ruine du clergé et ne regardaient les prêtres que comme les serviteurs de Baal; les autres convoitaient en secret les biens ecclésiastiques, et se disaient que, si le jeu réussissait, ils en retireraient sans doute un bon profit; beaucoup étaient si épouvantés qu'ils ne savaient que résoudre; beaucoup sentaient leur cœur défaillir, ne sachant que trop qu'ils avaient poussé à bout la patience du pauvre homme, et que le châtiment de Dieu allait les atteindre2. •> « Les seigneurs, même les jeunes », dit Anshelm dans sa Chronique, « étaient devenus de vrais lièvres. » « Lorsque les paysans, ayant formé leurs bandes, s'aperçurent que ces nobles vantards, qui dans leurs discours semblaient toujours prêts à les dévorer, avaient d'eux une si épouvantable peur qu'ils ne songeaient qu'à prendre la fuite et à demander grâce et merci, lorsqu'ils virent que les jeunes gens eux-mêmes, ces avaleurs de sabres qui, à les entendre, n'eussent fait qu'une bouchée de dix paysans, n'osaient pas seulement les regarder en face, ils s'enhardirent, l'orgueil leur monta à la tète, la joie les rendit fous; ils commencèrent à ravager les campagnes, à saccager villages, châteaux, villes, couvents, abbayes, à
1 Sämmtl. Werke, t. Vil, p. 121, 131,222-223, 330.— • Les prêtres et les moines sont certainement, a moins d'un miracle spécial de Dieu et par le seul fait de leur état, des chrétiens déchus, des apostats; il n'est pire engeance sur terre. Les Turcs, eux aussi, sont les ennemis du Christ, mais sous deux rapports ils sont meilleurs que ceux-ci... » Sermon pour le jour de l'an de 1524, t. XVI, p. 33.
■ Voy. plus haut, p. 564, note 1.