REPRESSION DE LA REVOLUTION. 4M
attaquer, dérober, bouleverser, piller, brûler: à vider les caves et à commettre toutes les dévastations imaginables. On tremblait que rien n'échappât à leur rage1. » « Les princes et seigneurs », lisonsnous dans la Chronique de Hall, ont eu au début un grand effroi; ils ne savaient que faire, ni quel était le dessein de Dieu sur eux. Ce fut en vérité une guerre étrange, effroyable2! » « Les féroces insurgés avaient partout la haute main sur les princes et les seigneurs. » « Hélas! où en sommes-nous réduits? » écrivait le duc Georges de Saxe au landgrave Philippe de Hesse; « beaucoup d'entre nous ont trouvé intolérable d'obéir au Pape et à l'Empereur; nous avons secoué le joug de l'autorité temporelle ou ecclésiastique, tant nous nous trouvions habiles el nous sentions capables de tout gouverner nous-mêmes; et voilà que Dieu a permis qu'à présent nous soyons régis par des moines défroqués et des paysans en délire3! » « Le châtiment de Dieu s'est abattu sur nous », dit le duc à un autre endroit; « nous avons méprisé le Pape et l'Empereur, et maintenant des rustres nous fout la loi. Si Dieu n'avait suscité parmi nous quelques cœurs intrépides et loyaux, mettant leur confiance en Dieu bien plus qu'en leur propre industrie, les hordes populaires n'auraient pu être mises à la raison par le petit nombre de nos soldats4. »
On n'avait en effet à opposer aux insurgés qu'une très-petite armée.
Les pouvoirs dirigeants étaient désunis et en « plein désarroi ». Les lois de l'Empire étaient tombées en désuétude; les classes riches, lâches et insouciantes, pactisaient avec la révolution.
Le Conseil de régence était resté longtemps le spectateur inactif des agissements révolutionnaires, et avait cru ensuite pouvoir tout apaiser en offrant son intervention et sa médiation; mais, à la première approche des paysans, les membres du Conseil s'étaient enfuis d'Esslingen à Geislingen.
La ligue souabe fut dans l'Empire menacé la seule force vivante, énergique. C'est elle, presque exclusivement, qui fit échouer les plans du parti de la destruction et de l'anarchie5. L'Empereur en était lui-même membre, mais seulement pour les pays de l'Autriche supé-
1 ANSHELM, t. VI, p. 269, 283-285.
2 IIeholt, p. 106.
3 Lettre du jeudi après Quasi modo geniti 27 avril) 1525, dans Rommel, t. II, p. 84.
*■ Instruction de Georges, novembre 1525, dans Höfler, Denkicürdigkciten der
Charitas Pirkeimrr, LXX-LXXH,
5 Ce que devint avec le temps la ligue formée en 1522 pour les onze années qui allaient suivre, suffit pour prouver le relâchement de tous les ressorts sociaux comme de tout ordre légal a celte époque. — Voy. Jonc, p. 39-iO.