UNION DES VILLES AVEC LES PAYSANS
De Memmingen, de Kepten, de Kaufbeuern, d'Isny, de Leutkirch. de Biberach, d'Ulm, la populace des villes, qui avait arraché le pouvoir des maius des « honorables », envoyait journellement aux paysans des munitions et des vivres. Knopf de Luibas déclara dans son interrogatoire « que les communes de Memmingen et de Kempten avaient encouragé les révoltés dans leurs mauvais desseins, et leur avaient, pour ainsi dire, conseillé 1 insurrection ». Kempten avait autorisé le pillage de l'abbaye. Tout le butin avait été dirigé sur la ville; tout avait été mis à prix, puis acheté par les bourgeois et toutes sortes de personnes '. A Memmingen, la population insurgée criait : « Détruisons les maisons des riches et des prêtres*! »
Des lansquenets débandés venaient en masse rejoindre les rebelles3. D'autres, entrés au service de la ligue souabe, refusaient nettement de marcher contre les paysans. « Nous avons ici environ quarante mille hommes », écrivait Léonard d'Eck le 12 mars aux ducs de Bavière, « mais ils ne veulent pas bouger. » Un jour, ainsi qu'un témoin oculaire en fait foi, près de quinze cents hommes de l'armée alliée désertèrent pour n'avoir pas à combattre leurs frères *.
Les pourparlers engagés pendant un certain temps entre les révoltés et la ligue souabe ne furent sincères ni d'un côté ni de l'autre. La ligue, en les prolongeant, n'avait d'autre but que d'arrêter les progrès des paysans jusqu'au moment où son général en chef, le sénéchal Georges de Walbourg, aurait rassemblé et organisé une armée c.ipable de les mettre en déroute5; les paysans, de leur côté, prenaient secrètement, à Memmingen, l'engagement de ne point faire de quartier aux chefs de la ligue, de détruire les couvents, les abbayes, de chasser la petite noblesse, et de vivre ensuite
tation du monastère d'Anbausen •, raconte Knebel, - ces coquins passaient une aube sur leurs babils, puis un ornement de prêtre, et commençaient ù se moquer de la sainte messe et de la dignité sacerdotale; mais un reitre qui était au margrave Casimir ;iyant mis, lui aussi, par raillerie sacrilège, des habits de prêtre, une pique le transperça tout à coup, et la pique et lui sont restés l'un dans l'autre jusqu'au troisième jour, de sorte que le châtiment de Dieu a été visible. »
1 Dans Jörg. p. 137. Sur la complicité de* populations des villes, voy. aussi les passages cités p.ir BaüMANN, Quellen, p. 64, 305, 308, 362, 379-380.
* Rohling, p. 150.
3 Voy. .loue, p. 241. — ■ Parmi eux, il y avait des capitaines et de bons soldats; beaucoup venaient d'Italie et y avaient longtemps fait la guerre. » — Bvimann, Qwllen, p. 456, 565, 671. Les paysans d'Alsace « avaient près de 1,500 lansquenets et Suisses bannis dans leur armée ». — Baumann, Acten, p. 300.
4Iöi\g, p. 241. — Badmann, Quellen, p. 727-728, 618. — Voy. aussi la lettre citée plus haut de l'archiduc Ferdinand, p. 48î, note 2.
s Voy. la lettre d'Eck, chancelier de Bavière, dans JÖRG, p. D)7, et la lettre de l'abbé Gerwick de Weingarten, dans Stalin, t. IV, p. 270.