‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 562 sur 630 · UNION DES VILLES AVEC LES PAYSANS · texte numérisé non relu

UNION DES VILLES AVEC LES PAYSANS

A Saint-Biaise, où les insurgés de la forêt Noire commirent des actes analogues, et plus abominables encore, le Saint Sacrement fut également l'objet d'odieuses profanations. « L'autel du Saint Sacrement », rapporte la chronique de l'abbaye, « contenait beaucoup de reliques renfermées dans des châsses richement ciselées, ornées de sculptures, d'ivoire et de pierres précieuses. Tout fut brisé : ils arrachèrent les pierres précieuses et foulèrent les reliques aux pieds; ils allèrent jusqu'à fouiller dans les fondements de l'église et à profaner les tombes pour y trouver quelque chose à voler. L'autel du Saint Sacrement, richement sculpté, orné de nobles et précieux ouvrages d'art, fut mis en pièces; le tabernacle fut forcé et brisé. L'un de ces misérables saisit les saintes espèces en disant « qu'il voulait une fois dans sa vie manger Dieu de tout son appétit ». Tous étaient ivres à ne pas se tenir debout, et d'une façon si ignoble, qu'ils finissaient par s'étendre çà et là dans des coins, comme des brutes1. »

« Les paysans du Ries », écrit un témoin oculaire, « ont pillé les cellules du couvent d'Anhausen. Ils ont indignement torturé le bétail, pour ne rien dire de plus fort : un porc a été coupé en deux; une vache a eu le dos charcuté. Ils ont répandu sur le sol les saintes espèces, emporté les ostensoirs, arraché de l'autel la statue de Notre-Dame, dont ils avaient brisé les bras, les pieds, tous les membres; ils ont aussi jeté bas les têtes des statues des saints. Ils disaient : « Nous n'avons plus besoin d'église ! » Près de deux cents fourgons ont emporté tout le butin hors du couvent5. »

« Les paysans », dit un autre récit, « étaient en pleine liesse, heureux de faire les maitres, et se complaisant dans leurs excès. Ils se croyaient devenus nobles, et ne voulaient plus porter de blouse ni de culotte de coutil. Ils s'habillaient de blanc, se faisaient tailler des culottes, des habits à la mode, garnis de bleu, et portaient de grands chapeaux ornés de plumes. Ils pensaient ainsi s'anoblir et se rendre plus imposants. » Ils étaient fort consolés par l'attitude des bourgeois de Nördlingen qui promettaient de leur prêter assistance; car beaucoup d'ouvriers de Nördlingen étaient de leur parti, et leur avaient fait dire qu'ils laisseraient pour eux la porte ouverte et leur fourniraient des armes3. »

1 Mone, Quellensammlung, t. II, p. 62 et 48.

* Voy. ce récit dans .Jörg, p. 254. Sur les atrocités commises dans l'évéché d'Augsbourg, voy. Steichele, dans les Beiträgen zur Geschichte des Bislhums Augsburg, t. I, p. 57-6:*. — ' Nunc vero monachi sumus » , écrivait l'abbé Jérôme d Elchingen à l'évêque Christophe d'Augsbourg le 22 avril (samedi de Pâques) 1525, dans la relation qu'il lui adresse du pillage de l'abbaye, « quiaiu paupertale vivimus. Dormito ego et aliqui alii in straminibus et merito, quia paupertale oppressi. » I*. 60-61.

3 Donauworther Chronik, dans Baumann, Quellen, p. 255-257 « Pendant la dé vas-

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