‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 567 sur 630 · RÉVOLTE EN FRANCONIE · texte numérisé non relu

RÉVOLTE EN FRANCONIE

C'est à une conclusion semblable, c'est au massacre général de tous les tyrans que visaient les insurgés, surtout ceux de Franconie, qui déclaraient hautement vouloir « anéantir et broyer » le clergé, la noblesse, en un mot toute autorité « arrogante et fastueuse ».

L'émeute éclata en premier lieu à Rothenbourg, ville libre de Franconie. Le 24 mars, raconte Laurent Fries, « les paysans se rassemblèrent dans la landwehr; ils allèrent camper à Bretheim, et invitèrent tous les colons des domaines environnants à venir les joindre. Ils déclaraient ne plus vouloir de maitre, et se disaient affranchis des charges toujours plus nombreuses dont leurs seigneurs les accablaient : dîmes, impôts, douanes, corvées, impôts d'héritage, redevances, censives, tailles, servitudes, etc., et annonçaient leur résolution bien arrêtée de marcher avant peu sur Wurzbourg , d'en chasser les prêlres, les moines et les religieuses, et de s'emparer de leurs biens. » « La nouvelle de leur soulèvement se répandit rapidement dans les bourgades et villages environnants, et les pauvres gens en éprouvèrent beaucoup de joie. Plusieurs se hâtèrent de courir aux informations, demandant aux

sauvage fureur, même en Thuringe, avant la publication du premier écrit. Le 16 avril Mélanchthon écrivait à Camerarius : < Lutherus articulos rusticorum scripto publice- improbabit et tamen principes ad aequitatem horiabitur. ■ Corp. Reform., t. I, p. 739. Du côté catholique, on a avancé que Luther, après la défaite des paysans, s'était détourné d eux, et n'avait publié son second écrit que parce qu'il sentait bien que leur cause était perdue. Cette supposition n'est pas plus exacte que la première. Dès le 4 mai, au fort de la révolte, Luther ordonnait à Jean Rubel, conseiller de Mansfeld, de ne pas chercher à attendrir le comte Albert, qui s'apprêtait à châtier énergiquement les révoltés. Le comte devait se servir du glaive, et les traiter comme des meurtriers et des parjures, « tant qu'une veine palpiterait dans son corps ». De Wette, t. II, p. 653. Dès son premier manifeste, Luther juge sévèrement l'insurrection. Bien que cet écrit semble peu propre a pacifier les esprits, on ne peut nier qu'en présence des effroyables ravages de la révolution, il n'ait sincèrement désiré amener entre les partis un accommodement pacifique. La preuve en est qu'il prit soin de répandre une seconde édition des articles du traité de Weingarten (voy. plus haut, p. 506), dans l'espérance « que Dieu donnerait peut-être sa grâce ù l'Allemagne, et que les paysans, renonçant à leurs sanglantes et damnables entreprises, se laisseraient persuader de conclure la paix ». « C'était avec joie, disait-il dans la préface, qu'il avait lu le traité de Weingarten; il le regardait comme une preuve de la grande miséricorde de Dieu, dans les temps sauvages et barbares où l'on vivait. » Sûmmil. Werke, i. |,\V, p. 2. L'attitude de Luther, pendant la guerre des paysans, ne saurait donc être smipç innée de duplicité; mais en ses deux manifestes, comme à son ordinaire, il se laisse guider par la passion. Dans le premier, il dépasse la mesure en s'emportant contre les princes et surtout contre le clergé; dans le second, il accable injustement les paysans.

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