RÉVOLTE EN FRANCONIE
révoltés les motifs de leur soulèvement, leurs plans, leurs intentions. Revenus chez eux, ces gens portèrent aux nues l'entreprise des insurgés, grossirent les faits, et prêtèrent au mouvement une importance qu'il n'avait pas. Sur quoi l'humeur ardente, inquiète, turbulente de la population s'enflamma de telle sorte qu'en beaucoup de localités des soulèvements eureut lieu. Le dimanche de Lœlare (26 mars), les paysans d'Oberschipf, dans l'Odemvald, se rassemblèrent, attachèrent un soulier sur une perche, et marchèrent au son du tambour sur Unterschipf. Les villageois du territoire de la ville vinrent au-devant d'eux, portant un crucifix, et tous ensemble allèrent à l'auberge prendre le vin sacré de l'alliance. Là, les nouveaux amis firent bombauce et se soûlèrent à cœur joie. »
Comme l'émeute menaçait de gagner l'évéché de Wurzbourg, l'évéque Conrad de Thiingen assembla « ses nobles conseillers », pour conférer avec eux sur les mesures à prendre. Quelques-uns furent d'avis de ne pas perdre de temps, d'agir avec une grande vigueur, et de profiter du moment où il était encore possible de se rendre maitre de l'insurrection; il fallait, disaient-ils, confisquer les biens des rebelles, proscrire leurs femmes et leurs enfants, et brûler quelques villages, afin qu'ils comprissent tout de suite qu'on était bien décidé ù leur résister. Sans nul doute, avertis de cette manière, beaucoup, au lieu de courir à l'émeute, resteraient à la maison, et ceux qui étaient partis se hâteraient d'y revenir. La horde diminuerait journellement, et malgré bien des ressentiments secrets, on pourrait espérer venir à bout des rebelles. Mais d'autres membres du conseil épiscopal rejetèrent ce plan, disant que la révolte n'éclatait pas seulement dans l'évéché de Wurzbourg, mais dans ceux de Mayence, de Bamberg, dans le Palatinat, dans le margraviat de Bade; personne, parmi les princes et électeurs de ces pays, ne prenait le parti d'une répression énergique; si donc leur seigneur l'évéque prétendait résister de front à l'émeute et donnait le premier le signal de la répression, il s'attirerait les reproches motivés non-seulement des paysans, mais des princes. Puis, L'évoque avait bien peu de monde à sa disposition; si la fortune le trahissait, si les paysans étaient vainqueurs, quelle force n'acquerraieut-ils pas! quelle arrogance serait la leur! Et d'autre part, à quelles pertes, à quelle ruine l'évéché et la chevalerie ne se verraient-ils pas exposés! Pour tous ces motifs, il semblait préférable de patienter encore, jusqu'à ce qu'on sût le parti que prendraient les princes voisins, aux portes desquels le feu était également. Eu attendant, il fallait réunir les états du pays, et délibérer sur ce qu'il convenait de faire. L'évéque se rangea à ce dernier avis. »
Voyant donc », continue Fries, « que l'autorité se bornait à