‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 58 sur 630 · FONDATIONS DE CHAIRES · texte numérisé non relu

FONDATIONS DE CHAIRES

trente ou quarante aus en ma puissance m'échappe après l'audition d'un seul sermon '. «

De même que les prescriptions de l'Eglise et les livres spirituels, les règlements des maisons chrétiennes faisaieut tous un devoir rigoureux aux domestiques et aux servantes de l'assistance à la messe et au sermon tous les dimanches et jours de fête, et cela même sous peine de renvoi. Le comte d'Oettingen faisait à ses gens la déclaralion suivante (1497) : « Celui qui est à mon service, qu'il soit serviteur ou servante, et qui ne veut pas écouter le sermon le dimanche et autres saints jours jusqu'à la fin, tranquillement et respectueusement, sera renvoyé de chez moi 2. »

Prêtres et laïques faisaient dans les églises et chapelles de nombreuses fondations en faveur des prédicateurs, afin d'assurer à ceux-ci des loisirs illimités qui leur permissent de se livrer à l'étude et de préparer à leur aise leurs sermons. Voici le nom des plus connues de ces fondatioas : chaire de la cathédrale de Mayence, 1465; de Bâle, 1409; de Strasbourg, d'Augsbourg et de Constance 3, 1478. La chaire de Strasbourg, que Geiler von Kaisersberg illustra pendant trente ans et rendit l'une des plus célèbres de l'époque ei des plus fécondes en heureux résultats, fut fondée grâce aux subventions de l'évêquc et du chapitre, principalement par les riches donations de l'ammeister Pierre Schott. Les lettres de fondation portent que « la charge de prédicateur doit rester éternellement attachée à cette donation. Celui qui exercera cette charge doit être un homme connu, nonseulement par ses bonnes mœurs et par une sage vie, mais encore par son talent et sa scieuce; il devra prêcher à toutes les grandes fêtes et clans les occasions solennelles ; tous les dimanches après diner, et pendant le Carême, tous les jours. » — A Augsbourg, le prédicateur de la cathédrale devait, selon les lettres de sa charge érigée par l'évêque Frédéric de Zollern (1504), prêcher aussi fréquemment que celui de Strasbourg, et, outre cela, trois fois par semaine pendant l'Avent, et pendant les processions générales organisées pour obtenir la victoire sur les infidèles, ou en temps de guerre, ou pendant les épidémies, les orages et semblables calamités 4.

Un renseignement fourni par Jean Cochlœus donne une idée de la fréquence des prédications dans les principales villes allemandes. Il écrivait de Nuremberg en 1511 : « La charité est extraordinairement vive à Nuremberg, aussi bien par rapport à Dieu que par rapport au

1 Voy. Geffcken, p. 15.

2 Curieuse Nachrichten, p. 43. — Voy. Reglements pour les domestiques ron Konigsbruck, Mone, Zeitschrift, t. I, p. 183.

3 Voy. Falk, Dompredigerstellen, 6-7. — Die Mainzer berühmtesten Prediger, p. 7-11. * Voy. Kerkeh, p. 385-389. — Falk, Dompredigerstellen, p. 88-91.

prochain. Les prédications sont assidûment suivies, même lorsqu'on prêche en treize églises à la fois '. »

Mais ce n'était pas seulement dans les grandes villes, c'était aussi dans les petites, et même dans les villages, que des chaires étaient fondées. Dans le seul comté de Wurtemberg, on compte onze fondations de ce genre toutes antérieures à 1514 : à Stuttgard, Waiblingen, Schorndorf, Blaubeuren, Sulz, Dornstetten, Bottwar, Balingen, Brackenheim, Neuffen, Göppingen. L'acte de fondation de la chaire de la chapelle de Saint-Nicolas à Waiblingen, en 1462, portait : « Le prédicateur est tenu de prêcher dans la chapelle ou bien à la paroisse tous les dimanches, aux quatre grandes fêtes de l'année, aux fêtes de Notre-Dame et des saints, et les mercredis et vendredis de carême. » A Stuttgard, la fondation de la chaire était due à une coufrérie; à Schorndorf et a Göppingen, à toute la commune; à Waiblingen et Balingen, à un bourgeois; à Neuffen, à une bourgeoise; à Blaubeuren, Dornstetten, Bottwar, à un vicaire; à Brackenheim, à un prêtre de la localité; a Sulz, à un curé de village. Ce dernier, nommé Thomas Pflüger, curé de Leidringen, fonda la charge de prédicateur en 1492, « dans la conviction que la prédication assidue et un enseignement sain de la parole de Dieu apportent à l'homme un profit multiple pendant qu'il est ici-bas et encore dans le temps de la grâce, et l'aident à acquérir la félicité éternelle. Car, par la prédication, l'intelligence humaine est éclairée et conduite à la connaissance du Dieu tout-puissant, et les chrétiens sont ainsi attirés et élevés à l'amélioration de leur vie, à la pratique de la parole de Jésus-Christ et aux bonnes œuvres, de sorte qu'ils deviennent capables de plaire à Dieu. La prédication les encourage puissamment et les attire à l'observance de la loi sainte 2. »

Le nombre considérable de sermonnaires, de plans de sermons, de répertoires, de recueils d'exemples à l'usage des prédicateurs publiés dès les premiers temps de l'imprimerie, prouve combien la prédication était fréquente à cette époque. Aujourd'hui encore nous possédons les exemplaires de plus de cent éditions différentes d'ouvrages de ce genre, d'une valeur plus ou moins grande. Ce sont des

1 Otto, p. 48. — Trois et quatre mille personnes assistaient quelquefois aux sermons du prédicateur de la ville à Francfort. — Voy. Falk, Zur Beurtheilung des fünfzehnten Jahrhunderts, p. 407-408. On prêchait si fréquemment qu'on en arriva à mettre quelque restriction au zèle des prédicateurs. — Voy. Die Predigt am Anfang des sechszthiiten Jahrhundert, dans le Journal de l'Église silcsienne, 1873, p. 337- 3:58. — Voy. IIiplek, Christliche Lehre, p. 40-42. — Voy. aussi Ordonnances de l'èvèque Dietrich de Samland, vont lahre 1471. — Voy. les notes de Falk, dans le But. pol. Bl. (1878, t. LXXXI, p. 34-i7j.

2 Kehkeu, Erste Abhandlung , p. 389-391. — Voy. Leuthenmayr, p. 544.

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