ÉDUCATION RELIGIEUSE DANS LA FAMILLE
plus d'aumônes que de coutume et pratiquent toutes les œuvres de miséricorde; qu'ils pardonnent les offenses reçues; c'est donner aux enfants une bonne leçon de doctrine chrétienne, et elle ne sera pas perdue '. » C'est dans le même esprit que Jean Nieder, dans son sermon sur les dix commandements, exhorte parents et enfants : « Si tu es pauvre et ne possèdes rien, si tu ne peux rien donner au malheureux assis à la porte de l'église et n'as rien à mettre dans sa sébile, mets-y du moins un Pater, afin qu'il supporte sa peine en patience. Si tu vois faire le mal par quelqu'un des tiens, punis-le; si quelqu'un t'a fait quelque malice, remets-t'en à Dieu : il en reviendra du profit à ton âme. » « Le chrétien doit assister à la messe et au sermon les jours saints, puis, en de semblables jours, il doit aussi lire de bons livres allemands qui le portent au recueillement, lui et les autres; il peut aussi chanter des chansons de son métier, ou d'autres, mais jamais de chansons mauvaises et grossières2. »
Etienne Lanzkrana, prévôt de Sainte-Dorothée à Vienne (1477), trace uu charmant tableau de famille chrétienne dans la Roule du Ciel, à l'endroit où il exhorte le père de famille à se rendre au sermon après le repas avec « tout son petit peuple ». « Ensuite, assis en sa maison avec sa femme, ses enfants et son petit peuple, il leur demande ce qu'ils ont retenu du sermon, il leur dit ce dont il se souvient lui-même. Il les questionne sur ce qu'ils savent et comprennent des dix commandements de Dieu, des sept péchés capitaux, du Pater, du Credo, et il les leur explique. Il fait ensuite apporter quelque chose à boire, puis il chante avec tous les siens un beau cantique à la louange de Dieu, de Notre-Dame ou des chers saints du Paradis, et il se réjouit ainsi saintement en Dieu, avec tout son petit monde. » Pour les dimanches matins, les fidèles sont avertis « que tout chrétien arrivé à l'âge de raison doit entendre une messe tout entière, de sorte qu'il ne s'en aille pas avant la bénédiction du prêtre... Il faut rester pendant le sermon et l'écouter attentivement... On doit prier ces jours-là pour les divers besoins de la chrétienté et des fidèles, et réciter publiquement le Confiteor et les commandements de Dieu. Ce qu'on a entendu du sermon, on fait bien de le mettre par écrit, lorsqu'on ne peut le retenir autrement *. »
« Sache que si toi, père chrétien, tu n'entends pas le sermon et l'explication du Credo et des commandements, et comment il faut faire et pratiquer une véritable pénitence, dit le Petit Jardin béni (1509), tu ne pourras pas instruire tes enfants et tes domestiques, le
1 Seclenführcr, p. 5.
• Tiré d'un manuscrit de 1474. Voy. II vv.k, Der christliche Glaube, p. 12-15. 3 Himmchirtisse, édit. d'Außsbourg, 1484, p. 50-51. C'est un des livres les plus importants pour l'histoire des mœurs et de la civilisation au quinzième siècle.
soir, après le travail, sur la doctrine et sur les commandements, ainsï que c'est ton devoir. Écoute donc attentivement tous les dimanches la parole de Dieu... Assiste au sermon le matin et dans l'après-dinée. Reçois religieusement la parole de Dieu dans ton cœur, médite-la intérieurement, interroge quelqu'un d'éclairé sur le sens de ce que tu n'as pas compris dans le sermon que tu as écouté, ou consulte tes livres, et explique ensuite ce qui était resté obscur pour toi à tes enfants et à tes domestiques. Que la parole de Dieu soit le flambeau de ton chemin. Il est très-salutaire d'entendre prêcher, et il est également salutaire d'acheter de bons livres spirituels, d'y faire souvent des lectures, afin d'être instruit dans la foi, dans les commandements, les péchés, les vertus et dans toute vraie doctrine chrétienne '. »
C'est ainsi que l'éducation du foyer et de l'école devait seconder les prédications et les instructions religieuses de l'église. L'église, la maison et l'école devaient mutuellement s'assister et concourir au même but dans une alliance fidèle.
Fil
Les actes synodaux et tous les livres d'enseignement destinés à l'instruction du clergé et aux besoins populaires prouvent avec évidence l'importance qu'on attachait à la parole sainte annoncée dans la chaire 2. Le synode diocésain tenu à Bàle en 1503 dit expressément que <: les pasteurs des âmes doivent expliquer tous les dimanches à leurs paroissiens l'Évangile du jour en langue vulgaire, et les instruire en chaire au commencement de chaque carême sur la manière de se confesser. Les fidèles doivent en ce temps être exhortés sérieusement à venir entendre les prédications et autres instructions. A cette époque de l'année, tout chrétien doit aller assidûment à l'église et mettre du zèle à entendre la parole de Dieu. Ceux qui s'y refusent doivent être dénoncés à l'évêque ou à son vicaire. » — Tous
1 Weihegär tlein, 3. — Voyez les documents rassemblés par Biu;ck, p. 7-8.— Iliii.iu. Christliche Lehre, p. 32-34.
* Du rôté des protestants, G. Schmid est le premier qui, dans son Traité sur les études théologiques, ait combattu les jugements défavorables prononcés contre les prédicateurs allemands avant h Referme. — Voyez aussi Gf.ffckf.n, Bildercatechismus des fünfzehnten Jahrhunderts, 1855. Du côté des catholiques, les meilleurs travaux relatifs à ce sujet sont dus à M. Kfrkfh, Tübinger theologische Quartalschrift, 1861-1862, et à I.. DacheüX, Kernte catholique de l'Alsace. — Voyez Cruel, p. 617-651. Les critiques de Kawerau ont été réfutées dans mon travail
intitulé : .1 mes critique», p. 193-205.
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ceux qui annoncent la parole de Dieu doivent insister souvent dans leurs sermons sur la bonne éducation des enfants et soutenir fidèlement les droits des pauvres, des lépreux, des veuves, des orphelins ou de toute autre personne tombée dans le malheur '. » Le synode de Bamberg (1491) fait l'obligation aux prédicateurs d'expliquer clairement et intelligiblement le Nouveau Testament et, une fois au moins par an, les dix commandements -. Là où une population slave se trouve mêlée à la population allemande, il faut, en chaire, avoir égard à l'une et à l'autre. Une ordonnance du synode diocésain de Meissen (1504) porte que tout curé « dans la paroisse duquel se trouvent des Slaves est obligé de s'adjoindre un prêtre auxiliaire parlant le slavon (wende), afin qu'une partie de son troupeau ne soit pas privée de l'instruction religieuse et des prédications 3 ». Les livres ascétiques de l'époque sont unanimes à représenter aux pasteurs le devoir qu'ils ont de prêcher tous les dimanches et jours de fête. Comme le sermon prêché après la messe formait alors une partie très-importante du service divin, lorsqu'une église devait être construite, od en combinait les proportions d'après le nombre des assistants qui venaient écouter les prédications. La plupart des chaires du moyen âge qui subsistent encore datent de la fin du quinzième siècle.
Les supérieurs ecclésiastiques restaient fidèles, dans leurs ordonnances, au principe que le célèbre prédicateur et défenseur des constitutions papales, Jean Ulrich Surgant, avait énoncé dans sou Manuel de théologie pastorale (1503) *. « La prédication, y est-il dit, contribue plus que tout autre moyen à la conversion de l'homme. C'est elle surtout qui opère le retour à Dieu du pécheur par la pénitence. Lorsque tu laisses perdre quelque chose de la parole de Dieu, tu commets un aussi grand péché que si, par une négligence sacrilège, tu laissais tomber à terre uue parcelle du Corps de Notre-Seigneur. »
« On ue saurait exprimer le profit d'un bon sermon prêché par un prêtre pieux et éclairé qui aime Dieu et le salut des Ames, car nulle parole ne surpasse la parole divine, et la plus abondante bénédiction de Dieu se répand sur celui qui prêche et sur tous ceux qui écoutent prêcher avec humilité et sans malice. On puise dans la prédication une ferme résolution de faire de bonnes œuvres; on y trouve la nourriture et la consolation de l'âme, et les biens infinis que dis-
1 HàRTZHBIM, p. 6, 8-9, 23-24.
s Id., t. V, p. 628-629. Voy. V, 477. et VI, 8, ordonnances du synode de Passau, 1470. — Voy. Cruel, p. 610-614, 049.
3 EUrtzheim, t. VI, p. 33. — Voy. Kerker, p. 403.
4 Manuale. tacerdotttm. Voy. GEFFCKEN, p. 196-203. — knRkEU, p. 379-381.
pense la grâce, comme Tout expérimenté souvent ceux qui entendent volontiers la parole de Dieu '. « — « En effet », écrivait l'évêquc de Spire, Mathieu (1471), « les meilleurs prédicateurs de Spire ont toujours pu constater par expérience que l'audition attentive de la parole sainte procure la gloire de Dieu, le bien de l'Église, l'exaltation de la foi orthodoxe et le salut des âmes; ils ont été témoins des bienfaits innombrables qui en découlent pour le peuple 2. »
Aussi les fidèles étaient-ils instamment invités à fréquenter les prédications. Dans les synodes diocésains, on ordonnait aux prêtres d'exhorter les paroissiens, et même sous peine d'excommunication, à assister les dimanches et jours de fête à la messe et au sermon jusqu'à la fin 3. Les examens de conscience de Lübeck demandent que « ceux qui ne veulent pas assister à tout le sermon le dimanche soient exclus de la paroisse ». — Nicolas Rus de Rostock disait aussi : « Les laïques qui sortent de l'église quand le prêtre commence à annoncer la parole de Dieu, doivent être bannis par l'évêque*. » Tous les examens de conscience du temps regardent comme un péché mortel l'abstention du sermon par négligence ou par mépris. — « Si tu n'entends pas la messe et le sermon les dimanches et jours de fêle, dit Wolff dans son examen de conscience, tu pèches contre le troisième commandement. »
Le Miroir des pécheurs (1470) dit, s'adressant aux pères de famille : « Si tu as dans ta maison déjeunes garçons ou de jeunes filles, cl que tu ne les aies pas conduits à l'Église lorsqu'ils étaient parvenus à l'âge d'adulte, c'est-à-dire à douze ans pour les petites filles, à quatorze pour les garçons, et qu'ils n'aient pas entendu la messe et le sermon, eux et toi ne pouvez être exempts de péché mortel, car tout chrétien parvenu à cet âge a l'obligation d'écouter attentivement et d'un cœur recueilli une messe entière et un sermon 5. »
Les anecdotes qu'on mêlait aux sermons sont très-intéressantes pour celui qui veut être initié à la manière de penser de cette époque. Nous lisous, par exemple, dans la Consolation de l'âme (1483), qu'un saint homme vit un jour un démon qui chemiuait portant un grand sac. Il lui demanda ce que le sac contenait : le démon lui répondit : « .le porte des boites d'onguent », et il lui montra une petite boite noire. « Vois, dit-il, c'est un baume avec lequel je ferme les yeux des gens afin qu'ils s'endorment pendant le sermon. Le prédicateur me fait trop de tort auprès de l'homme; celui que j'ai eu
1 Scdcnjührcr, p. 0.
- Vov. GEISSEL, Cathédrale impériale de Spire, t. II, p. 03.
3 Voy. BlNTEMM, t. VU, p. :;02-f97.
4 Gefpcke.n, p. 15.
* Id., SuppL, p. 5!).