‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 598 sur 630 · LETTRES DE MÜNZER AUX PRINCES · texte numérisé non relu

LETTRES DE MÜNZER AUX PRINCES

cageaient tout ce que la populace de la ville avait épargné dans les émeutes des années précédentes '. Ils brisèrent dans les églises les tableaux et les autels, et volèrent, rien que dans L'église collégiale, cent calices d'or et d'argent. Et non-seulement le conseil donnait « libre cours • à cette rage de destruction et de pillage, mais luimême en profitait. Il s'appropria, entre autres choses, la châsse d'argent où étaient renfermées les reliques de saint Eoban et de saint Adelaire. 11 abandonna aux « évangélistes les églises pillées par les paysans, et nomma le prédicant Lange à la chaire de la cathédrale. L'humaniste Eoban Hessus se montrait ravi de tout ce qui se passait. « Nous avons chassé l'évêque de .Mayence », écrit-il à uu ami, « nous sommes résolus à rompre pour jamais avec ce mailre impudent ou plutôt ce tyran pervers. Tous les moines sont expulsés, les religieuses chassées, les chanoines congédiés, les temples, et même les trésors de sacristie, pillés; on tient compte de l'intérêt public; les douanes et les maisons de douane sont supprimées; la liberté nous est rendue! « .Mais », ajoute-t-il, « un orage, je le pressens, nous menace encore! » Cet orage ne larda pas à se déchaîner sur les honorables conseillers », d'abord si ravis de l'aide que les émeutiers leur avaient apportée. Les paysans et la populace de la ville se liguèrent de nouveau contre eux, et le bruit courut qu'on allait « faire sauterleurs têtes, parce qu'ils avaient dès longtemps mérité ce traitement ». Une seconde émeute renversa le conseil. Celui qui le remplaça n'était composé que des élus du peuple : une complète anarchie ne tarda pas à régner dans la ville. Ce l'ut au tour des couvents de religieuses à être pillés; le peu de prêtres qui restait encore fut chassé, et tout homme possédant quelque bien fut menacé d'en être dépouillé. .Münzer ne cessait d'animer les - frères chrétiens à une lutte d'extermination contre « les tyrans et les richards* -.

Parvenu avec ses hordes aux portes de Frankenhausen, il écrivait au comte Albert de Mansfeld, prince cependant favorable aux nouvelles doctrines : « T'imaginais-tu donc que le Seigneur Dieu ne saurait pas se servir de son peuple ignorant pour abolir dans sa colère les tyrans exécrés? Ézéchiel n'avait-il pas dit que Dieu ordonnerait à tous les oiseaux du ciel de s'engraisser de la chair des princes, el l'Apocalypse, que les animaux sans raison s'abreuveraient du sang des puissants? Si tu veux reconnaître la force que

1 Voy plus haut, p. 168, 215.

* Voy. l'excelliMile narration de ces faits dans Kampscbdltb, t. Il, p. 20S-2I4. — Voy. Krause, Eobamu H^sus, t. I, p. 401-10-'. — Riggenbvch, p. 232-238. — Zimmermann, t. H, p. 626-630. — Zimmermann appelle les événements d'Krfuri • une insignifiante échauffourée, où le ianj ne coula point •.

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