BATAILLE D F. E RANKEN HAUSEN. 15 MAI
Dieu ;i donnée à son peuple, si tu veux te présenter humblement devant nous et renoncer à ta foi, nous te recevrons volontiers, et nous te tiendrons pour un de nos frères; sinon, nous ne nous soucierons puère de ton bavardage creux et vide, et nous te combattrons, car tu es un des pires ennemis de la foi chrétienne. « Dis-nous, pauvre misérable sac à vers ■-, mandait-il le même jour au comte catholique Ernest de Mansfeld, ■• qui t'a fait prince du peuple que Dieu a racheté par son sang précieux. Le comte était sommé de se présenter immédiatement au camp des paysans et, s'il était chrétien, de demander pardon publiquement de la tyrannie dont il avait usé envers ses sujets, avouant les motifs qui l'avaient porté à se conduire comme un infâme païen. - Si tu tardes à venir et à t'acquitter du devoir qu'on te trace, je crierai au monde entier que tous les frères, pleins de joie, doivent exposer leur sang- pour t'exterminer comme un maudit, et alors tu seras poursuivi, et enfin déraciné de la terre ! L'Éternel, le Dieu vivant, a ordonné de te précipiter de ton siège ; c'est pour cela qu'il a remis sa force entre nos mains, car tu es inutile à la chrétienté, tu n'es que le méchant balai des serviteurs de Dieu! Ton nid doit être arraché et détruit. 11 nous faut une réponse aujourd'hui même, sinon nous irons te visiter au nom du Dieu des armées. Dirige-toi d'après cela; pour nous, nous ferons sans délai ce que Dieu nous commande de faire. Arrange-toi du mieux que tu pourras; je tiendrai parole! Ces deux lettres étaient signées : Thomas Münzer, ceint de l'épée de Gédéon'.
Münzer avait fait savoir à tous les paysans des villages environnants que s'ils ne venaient pas de bon cœur rejoindre l'armée, l'armée saurait bien les aller chercher. Aussi voyait-on tous les jour- de longues files de paysans se diriger vers Frankenhausen; le- femmes, les enfants • pleuraient et gémissaient ou bien poussaient des cris d'allégresse, selon que ce qui allait se passer leur inspirait confiance ou terreur ». L'armée des insurgés était forte d'environ huit mille hommes.
Mais pendant ce temps, les princes s'étaient enfin réveillés. Le landgrave Philippe de Hesse, après être venu facilement à bout des révoltés campés dans les abbayes d'Hersfeld et de Fulda, avait réuni troupes à celles de Georges de Saxe, de Henri de Brunswick et de quelques autres petits princes voisins. Ayant aiusi rassi mblé environ cinq ou six mille cavaliers, les alliés marchèrent sur Frankenhausen • pour y châtier les homicides, les incendiaires
1 Lettres aux comtes Albert et Ernest de Mansfeld, datées de Frankenhausetn, le \endredi après Jubilatc (12 mai) 1525, dans Strudel, Thomas Münzcr, p. 98-