‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 615 sur 630 · RÉVOLTE ET PACIFICATION DU TYROL · texte numérisé non relu

RÉVOLTE ET PACIFICATION DU TYROL

écrivait le duc Louis de Bavière à son frère Guillaume le 24 juin 1 ",25, « que la province du Tyrol ne se décide à laisser le pouvoir entre les mains de l'archiduc qu'avec l'intention de gouverner à sa place et de lui dicter des ordres. Il n'en résultera rien de bon; si les paysans arrivent à leur but, j';ii réellement peur que cène soit bientôt à notre tour de baisser la tète '.

Aux états du comté, « cette race de hâbleurs qui voient d'un meilleur œil la détresse d'un pays que sa prospérité » avait la prépondérance; mais Ferdinand repoussa avec fermeté le projet de sécularisai ion, et refusa également de favoriser rétablissement de T « Evangile pur et sans alliage ». Il ne voulut pas davantage entendre parler pour les commîmes du droit d'élire ou de déposer leurs curés. ■■■■ L'archiduc prend le parti des prêtres », mandait un chargé d'affaires bavarois à Munich, « ce qui est cependant tout à fait opposé à l'esprit qui règne ici. » Ferdinand s'efforça d'expliquer aux états les motifs de ses refus. Les évéques de Trieste et de Brixen sont princes de l'Empire, leur dit-il, et l'on ne peut admettre que leur situation présente puisse être modifiée en aucune manière sans l'assentiment de l'Empereur; outre cela, les comtes du Tyrol se sont obligés par contrat à défendre et à protéger ces évêchés. Or si l'on mettait la main sur les propriétés des princes ecclésiastiques et des monastères voisins, le comté se verrait exposé aux représailles de la ligue souabe, des princes de Bavière, du comte palatine! de tous les Ordres de l'Empire. Ouant aux biens ecclésiastiques qui ne dépendent point de l'Empire, nous ne sommes pas non plus libres d'en disposer, car ils sont sous la protection de l'Empereur. Mais, en dehors de tous ces motifs, ravir à quelqu'un son avoir, son héritage, contre sa volonté et par un acte arbitraire, ce n'est pas se conduire selon les préceptes du saint Evangile, c'est au contraire n'y avoir aucun égard. Néanmoins la nécessité contraignit bientôt Ferdinand à consentir à la sécularisation de 1'évôché de Brixen et des propriétés de l'Ordre Teutonique « jusqu'à ce qu'un concile général ou une nouvelle constitution ait décidé la question en dernier ressort ». La juridiction ecclésiastique et l'exercice du pouvoir temporel restèrent garantis sans condition à l'évêque de Brixen 2. Ferdinand se vit aussi forcé d'approuver une nouvelle constitution nationale offrant aux révoltés de grands avantages, et favorisant grandement les prétentions des bourgeois et des paysans3. Les procès-verbaux des états, expédiés le 2:} juil-

1 Dans JÖRG, p. 524-525.

* Déclaration de Ferdinand lors de l'occupation <le l'évéché de Brixen, 21 juillet 1525. Voy. Buchholz, Urkundtnbuch, p. 642>643.

3 Voy. Buohholz. i. VIII, p. 335-338.

let à toutes les juridictions, villes et populations minières du pays, furent adoptés daus toute la vallée de l'inn, à Inspruck, Hall, Brisen, Clauseii et Neustift; mais dans le reste du comté, l'insurrection continua de plus belle. Les tribunaux de l'évéché de Brixeu se refusaient à restituer les maisons et châteaux dont les révoltés s'étaient empares. A Méran, Sterzing et Brixen, deux prédicants cherchaient à soulever de nouveau la populace; des insurgés de Schlauders pillèrent la Chartreuse de Schnals. Les habitants de Nunmyer brûlèrent leur seigneur justicier dans sa propre maison. Le désordre lut surtout affreux à Valzigan et dans les environs de Trieste; on ne parvint à étouffer la révolte qu'au moyen d'une répression sanglante'. Mais nulle part la paix ne fut plus longue à rétablir que dans l'archevêché de Salzbourg.

« Nous sommes dans une grande anxiété », écrivait le 18 mai 1525 le cardinal-archevêque Mathieu Lang à Guillaume de Bavière, « au sujet des pauvres ouvriers et autres habitants de notre ville de Salzbourg, qui n'ont plus rien à perdre. Si l'émeute éclatait parmi les paysans de notre archevêché, les ouvriers seraient bien vite tentés de se joindre à eux. » L'archevêque suppliait le duc Guillaume d'envoyer sans retard un délégué au conseil de Salzbourg pour lui représenter la nécessité de protéger terres et gens contre les paysans révoltés de la Souabe, de maintenir le pays clans la concorde, la paix et la soumission, et de ne plus souffrir qu'aucun acte séditieux restât impuni dans le territoire de la ville. - Ces mesures, ces actes », écrivait l'archevêque, « consoleront et rassureront grandement les bourgeois, les honorables qui ont du bien et sont en possession de leurs droits légitimes; et les pauvres, que l'appât du gain attire si facilement dans l'émeute, concevront de leur côté une crainte salutaire 2. » Mais quelques jours plus tard, le 25 mai, la révolte éclatait a Hof, dans le Gastein, et l'archevêque recevait la nouvelle qu'à Zell, daus le Pinzgau, « quelques paysans étrangers au pays, quelques soldats de rencontre », s'étaient réunis, dans le dessein de marcher sur Salzbourg avec tous ceux qui voudraient se joindre à eux sur la route. Bientôt tout le pays de Salzbourg, jusqu'à un mille de Reichenhall, ne fut plus « qu'une vaste émeute »; de village en village wn entendait sonner ie tocsin. Les montagnards accouraient de tous côtés, armés de fourches, de piques, de massues ou d'armes depuis longtemps hors d'usage. La population de Salzbourg s'empressa de pactiser avec les émeutiers. - Depuis le 29 mai », écrivait l'archevêque à Munich, notre situation est devenue si affreuse que nous n'avons autre chose à attendre qu'égorgement, pillage et mas-

1 Pour plus de détails, voy. Buchholz, t. VIII, p 310-345 * Dans Jörg, p. U.'5-il4.

sacre; personne n'est sûr de son voisin.» L'archevêque s'enferma dans son châleau avec son chapitre et ses conseillers. Les paysans et les ouvriers des corporations s'éîanl rendus maîtres de la ville, pillèrent le palais épiscopal, puis vinrent donner l'assaut au château. Ils se regardaient déjà comme les maîtres du pays, exigeant que toutes les villes et bourgs, à l'exception de Muhldorf, leur prétassent serment de fidélité, et leur général en chef' somma tous les intendants et fonctionnaires de l'archevêque d'avoir à comparaître à Salzbourg pour rendre compte de leur administration.

L'archevêque se flattait que la Bavière, conformément à la convention de lîatisbonne (1524) \ viendrait à son secours; mais il fut déçu dans son attente, car Guillaume ne songeait qu'à tirer parti, pour lui et sa maison, de la détresse du prélat. II fit assurer les chefs des rebelles, sur sa parole et son honneur de priuce », que « son humeur, intention et résolutiou n'étaient nullement d'accorder au cardinal de Salzbourg appui, subsides ou renfort quelconque , et envoya une ambassade aux révoltés pour conclure avec eux « un accommodement pacifique . Quelques hordes de paysans firent entendre à ses délégués qu'ils ne voulaient plus à aucun prix de l'archevêque, qu'ils lui préféreraient de beaucoup un prince temporel, et n'étaient pas éloignés de consulter la population pour savoir si elle u'accepterait pas pour souverain un prince de Bavière ». Déjà le duc avait décrété l'occupation de Muhldorf, ville dépendante de l'évêché, sans faire aucune mention des droits de l'archevêque, et ses chargés d'affaires avaient reçu la mission d'agir auprès des lieutenants, conseillers et memhres des états du pays -, de manière aies faire consentir à cette mesure, dans l'intérêt « de la bonne entente qui doit exister entre voisins. L'occupation de Muhlberg ne pourrait porter préjudice à personne, assurait le duc; d'ailleurs, elle ne serait que provisoire, et ne durerait que jusqu'au moment où les destinées du pays seraient définitivement fixées2. Le chancelier Léonard d'Eck tenta vaine-

1 • Dans laquelle-, dit l'archevêque, il était convenu entre antres choses que si l'un ou plusieurs d'en ire nous se voyaient exposés â quelque contradiction, rébellion, révolte de leurs sujets a cause de notre chrétienne entreprise (de combattre la doctrine de Luther et autres hérésies séditieuses), nous nous engagions à nous assister et conseiller mutuellement. Or. voici quel avait été le prétexte de la guerre : Nous avions fait emprisonner quelques prédicants séditieux qui avaient prêché contre l'institution de la sainte Kglise chrétienne; l'un d'eux avait été condamné par jugement et sentence à la prison perpétuelle; le jour qu'on l'emmena, plusieurs émeu tiers, se jetant avec violence sur les nôtres, tentèrent de leur arracher le coupable, et pour cet acte de rébellion, deux d'entre eux fuient décapités. I. à-dessus les séditieux crièrent bien haut que nous nous étions opposés à la prédication de l'Évangile, que nous n'avions pas voulu tolérer qu'il fut annoncé au peuple, et c'est pourcela qu'ils ont refusé leur obéissance à notre gouvernement et autorité souveraine. - Dans Joné, p. 570.

* Dans Jörg, p. 557-558.

ment de détourner son maître d'une pareille politique. Il lui écrivait, le 7 juin 152Ô : « Quand bien même l'évoque de Salzbourg et tout son clergé seraient mis à mort, quand bien même les paysans resteraient les maîtres du pays et l'offriraient à Votre Altesse, Votre Altesse doit bien se persuader que jamais les gens d'équité et d'expérience ne lui conseilleraient d'accepter. Les ancêtres de Votre Grâce, qui ont régné jusqu'ici sur tant de générations, entourés du respect de tous, n'ont jamais sanctionné de semblables attentats. » Être d'intelligence avec les paysans, entrer dans leurs plans, s'entendre avec eux d'une manière quelconque, c'est laisser brûler la maison du voisin sans proléger la sienne, c'est par conséquent les perdre toutes deux. • « .le pense que Votre Grâce ferait beaucoup mieux d'équiper une armée à ses frais et de marcher contre les paysans, que d'abandonner l'archevêque '.

Assurément », disait encore le chancelier, « le duc pouvait en toute loyauté et honneur travailler pour le profit et l'avantage de sa principauté, mais il ne devait pas, dans ce but, s'appuyer sur les paysans; c'était vers l'archevêque qu'il fallait se tourner, et sans l'assentiment du prélat Muhldorf ne devait pas être occupée. Avant tout, il fallait faire tous ses efforts pour assurer au duc Ernest, frère du duc et administrateur de l'évèché de Passau, la succession au siège archiépiscopal de Salzbourg. » Mais Ernest se montrait peu disposé pour le moment à accepter la charge épiscopale; il écrivait : « En présence des difficultés et des afflictions que le clergé a de nos jours à subir de la part de l'état laïque, préoccupé des événements périlleux de notre temps, je me sens peu enclin à me charger de plus de maux encore. • Il ajoutait en manière d'avertissement : « Ce qui se passe dans le pays de Salzbourg est bien fait pour donner à réfléchir aux princes, car, se réglant sur cet exemple, les sujets des pays voisins ne se feront bientôt plus aucun scrupule de déposer et de renverser leurs souverains et légitimes seigneurs2. Un certain nombre de révoltés s'étaient tournés vers l'archiduc, l'engageant à se faire élire souverain temporel de l'archevêché, ou bien â nommer un évêque autrichien au siège de Salzbourg. La population de la vallée de l'Inn, réunie à celle de Salzbourg, le suppliait aussi de se déclarer franchement contre l'évêque ; en ce cas les jeunes nobles de Schwaz promettaient de lui venir en aide avec cinq mille fantassins3^ t les seigneuries et bourgs salzbourgeois de Krobsberg, de Zillerthal, de Kitzbühl et de Matrey'lui étaient, disaient-ils, tout dévoués.

1 Dans JÖRG, p. 332-335, 359.

Dang JÔRG, p. 578-579.

1 JÖRG, p. 514.

4 Voy. Jörg, p. 603.

Enlrc les maisons régnantes d'Autriche et de Wittelsbach la possession de l'archevêché devint le sujet de constations si vives qu'une guerre sanglante faillit en être le résultat.

Lorsque la ligue souabe, à la requête de l'archevêque, décréta que deux mille de ses soldats iraient rejoindre l'armée de Bavière, entretenue à ses frais, ef que toute cette force serait dirigée sur Salzbourg, le duc Guillaume parvint à relarder pendant quelque temps l'exécution de cet ordre. Le 6 juin, il cherchait encore à nouer des relations directes avec les rebelles, et s'informait même auprès de son chancelier de l'opportunité d'envahir par surprise les États de l'archiduc ». Les secours de la ligue arrivèrent enfin, et firent cesser toutes les angoisses de l'archevêque; dans les derniers jours d'août, la paix fut conclue. Les rebelles s'engagèrent a remettre à l'archevêque les articles de leur union, à payer comme auparavant au clergé et à la noblesse les taxes établies, à restituer ce qui avait été dérobé, enfin à payer ä la ligue souabe quatorze mille florius d'indemnité de guerre. Une totale amnistie était garantie aux insurgés. La ligue se réservait d'apprécier plus lard les griefs auxquels on ne pourrait tout de suite faire droit. L'archevêque se montra satisfait du traité , et consentit, jusqu'à son exécution, à laisser siéger dans son conseil •' trois hommes pieux et éclairés , choisis parmi les membres des états. Le 1er septembre, le bourgmestre de Salzbourg mil à ses pieds, à la requête des paysans >-, les armes et les bannières des rebelles1. Mais de nouvelles émeutes ne tardèrent pas à meuacer; les hordes, de nouveau soulevées, parlaient de recommencer la guerre « aussitôt que les arbrisseaux seraient verts -, annonçant leur dessein de se débarrasser le plus promplemcnt possible de la noblesse et des seigneurs* .

1 Pour plus de détails, voy. Jörg, |>. 579-608.

2 Jörg, p. 636-656. Celle nouvelle explosion de l'insurrection se rai tachait au châtiment infligé à Schladming, ville de la Styrie supérieure, dont le gouvernement avait été confié par Ferdinand au comte Nicolas de Salin. Schladming avait été le centre de la révolte pour lout le pays, et le 3 juillet 1525, le sénéchal de la province, sigismond de Dietrichstein, y avait élé attaqué à ('improviste. Voy. sur ce sujet la relation de Dietrichstein à l'archiduc Ferdinand, dans les Archiv, für Kunde ötterreichitcher Ge$chichitqueUent I. XVII, p. 135- H8. • Ce qu'on a raconté d'un échafaud élevé par les paysan-, de Schladming, où auraient été décapités nombre de gentilshommes, n'esl qu'une histoire inventée a plaisir. • — Khonrs, Handbuch der Geschichte Oeiterreich* Berlin, 1877), t. Il, p. 640. sur le> atrocités commises pendant la guerre par le comte de Salm, voy. les documents publiés par Oberleitner pour l'histoire de la guerre des paysans dans le Tyrol cl dans l'évêché de Salzbourg (1525-1526). —Voy. aussi Nolizenblatl für Kunde österreichischer Gechiiehtsqudien, l. 1\, p. 88-89. I.e 6 octobre 1525, Salm mandait au Conseil d'État de Vienne qu'il avait mis le feu à la ville de Schladming, el l'avait incendiée de fond en comble, puis que le lendemain il avait donné l'ordre de piller et d'incendier toutes les localité! environnantes. > Revenant ensuite sur mes pas, j'ai ravagé les alentours de Grohming

Au printemps de I.">2f>, les rebelles étaient en effet sous les armes. Ce ne fut qu'en juillet 1520 que la haute cour de justice de Rastadt parvint à pacifier complètement le pays.

(dans le territoire de Salzbourg). J'ai parcouru les montagnes et les vallées, j'ai tout mis a feu et à sang, de sorte que peu de villages sont restés debout, .le voulais détruire Gröbming comme Schladming, mais je l'ai épargnée sur les instances de la noblesse. » Le 11 octobre, le Conseil d'État de Vienne donna à Salin l'ordre de ménager le plus possible Aussee et Eisenerz, de peur que le pays n'eût trop à souffrir. Le 15 octobre, Salm écrivait de Leoben qu'il avait renoncé « à la flambée », parce qu'il n'y avait pas de population plus effroyablement féroce que celle du pays où il se trouvait. Toutefois il espérait qu'elle resterait soumise. Le principal chef de linsurrection de Salzbourg était Michel Geismayr, qui chercha plus tard à soulever de nouvelles révoltes dans le Tyrol. 11 finit par se réfugier dans les États vénitiens, « et fut reçu en amitié, lui et tout son monde, par la République, qui eu fit beaucoup de cas, et lui accorda une pension de quatre cents ducats, s'en servant comme d'un utile auxiliaire contre l'Empereur et l'Empire. Il se fixa dans les enviions de Padoue. » Ses revenus eussent suffi à l'entretien d'un cardinal. « Il resta toujours en relation avec les révolutionnaires d'Allemagne. Il mourut assassiné. » — Voy. BUCHOLTZ, t. VIII, p. 347-348, et son Urkundenband, p. 655-G57. — Jörg, p. G54- Câ7. — Voy. aussi le t. III de cet ouvrage.

La révolution, qui avait failli anéantir toute la tradition du passé chrétien, et avec elle tout l'équilibre social et politique de l'Empire, était enfin domptée.

Mais « l'aspect d'une grande partie de l'Allemagne était à jamais changé, et la répression qui suivit ces funestes émeutes rendit plus affreuse encore la situation du pays ».

a 0 chimérique espérance d'un impossible bonheur », s'écrie Laurent Fries dans ses Iteßcxions sur la révolution de. 1525, tu aveugles tellement les sujets, qu'ils ne peuvent plus apprécier ce qui est selon Dieu, ce qui est selon l'honneur et la loyauté! Tu les berces de l'illusion qu'après la lutte ils seront libres de toute charge, qu'ils deviendront leurs propres maîtres, et lorsque enfin ils ont cédé à tes conseils perfides et impies, tu en fais des esclaves et des valets. Non-seulement tu ne les délivres pas de leurs fardeaux, mais tu rends deux fois, trois fois, dix fois plus lourdes et plus insupportables des charges qui auparavant étaient faciles, modérées, légères. Tu persuades aux pauvres gens que, sans beaucoup de peine et de travail, ils verront leur sort s'adoucir, qu'ils deviendront riches et heureux, et tu les conduis à la plus triste, à la plus lamentable détresse! Tu les excites à saccager les châteaux et les maisons des princes, des seigneurs et autres autorités, tu leur conseilles l'incendie, le pillage, et tu es cause que ces malheureux, voués par état à un travail rude et fatigant, doivent encore payer de leurs deniers tout ce qu'ils ont détruit, et remplir de nouveau les coffres et les caves qu'ils ont vidés. A cause de toi, on ravage leurs vignes, on piétine leurs champs, on brûle leurs cabanes, on pille leurs épargnes, on confisque leurs vêtements, leurs meubles, on les expatrie au loin. Mais ce qui est surtout odieux et abominable, c'est que tu oses donner à la source maudite et honteuse de tant de forfaits, de meurtres et de ruines, le nom le moins propre à la déterminer, l'appelant une « Fraternité ». Outrageant et injuriant notre Sauveur

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