MODE D'INSTRUCTION
seulement par les étudiants dcWestphalieet des Pays-Bas rhénans, mais encore par ceux de Saxe et de Poméranie. Pendant longtemps elle fut d'une importance capitale pour l'éducation de la jeunesse dans L'Allemagne du nord-ouest. Elle devint aussi une féconde pépinière de professeurs habiles, et jusqu'à Goslar, Rostock, Lübeck, Greifwald et Copenhague, les heureux effets de leur activité se firent sentir.
Mais l'école épiscopale de Munster dut principalement sa réputation et sa gloire à Jean de Murmellius que Langen avait associé à ses fonctions de recteur. Comme philologue, écrivain, pédagogue, professeur et poète latin, il tient un rang glorieux parmi les rénovateurs des éludes classiques et les réformateurs de l'instruction. Murmellius agissait selon l'esprit de son maître Hégius. « La fin et le but des études, écrivait-il, ne peut être que la connaissance et la gloire de Dieu. Ceux-là seuls sont vraiment sages qui s'appliquent aux lettres et aux arts afin de s'encourager, eux et les autres, à une bonne vie, à la justice et à la piété. Rien n'est plus nuisible qu'un savant qui est en même temps un méchant homme; il vaut mieux ne rien savoir que d'apprendre et de rester dans le péché. » Murmellius édita aussi des auteurs latins, et non-seulement des classiques proprement dits, mais encore les écrivains chrétiens d'un temps plus rapproché. Il composa environ vingt-cinq livres d'enseignement, dont plusieurs se sont maintenus pendant des siècles dans les écoles allemandes et hollandaises. C'est à sa sollicitation que l'humaniste Jean Césarius fut appelé à Munster afin d'y ouvrir des cours de grec.
Il faut encore citer parmi les savants amis de Langen le comte Maurice de Spiegelberg, lui aussi formé à Deventer, et dont l'éducation s'était achevée en Italie. Prévôt delà cathédrale d'Emmerich, il fut l'apôtre zélé de l'instruction et des études classiques, et peut être considéré comme le fondateur du collège de la ville '.
Les écoles nouvellement fondées ou améliorées entretenaient les unes avec les autres des relations amicales; des maîtres de Munster venaient professer à Emmerich, ceux d'Emmerich étaient envoyés aux collèges des villes du voisinage, Xanten et Wesel. Le nombre d'élèves de ces établissements était considérable : à Emmerich, en 1510, le collège comptait , sous le recteur Robert de Vcnray, quatre cent cinquante élèves étudiant le latin. On dit même que dans la
1 Voy. Pakmet, Iiodotph Langen, Leben und gesammelte Gedichte des ersten Munster' sehen Humanisten (Munster, 1809). — Voy. de pl IIS [\l I.IND, dans le Journal theol.ethist.de Bonn, 1870. — Nokdiioff, Denkenunirdigkeiten, I. I, p.41. — Cohnf.uus, p. 12. — liASSMWN, p. 7-18. — NORDHOFF, p. 88-89. — REICHUNG, liie Humanisten Joseph Hurleuius et Jacob Montanust dans le Zeitschrift des wcstfül Alterthumsvercins, t. XXXVI, 1-32, et REICHLING, Murmellius, 28.
petite ville de Frankenberg, en Hesse, l'excellent maître Jacob Horle avait sous sa direction près de cent quatre-vingts élèves '.
Le Suisse Henri Bulliuger, qui fréquenta l'école d'Emmerich de 1516 à 1519, rapporte qu'il y apprit les éléments du latin dans Donatus et dans la grammaire d'Aldus Manutius. « Tous les jours, dit-il, on faisait des exercices en classe et à la maison; chaque matin nous devions décliner, comparer, conjuguer: on lisait à haute voix les lettres choisies de Pline, les épitres de Cicéron, puis des fragments de Virgile et d'Horace, quelques poésies de Baptiste Mantuanus, des lettres de saint Jérôme, d'autres auteurs encore. Une fois par semaine, nous devions composer une lettre en latin; on parlait habituellement latin dans la maison; les professeurs du collège enseignaient aussi les principes du grec et de la dialectique. Une ferme discipline y régnait, et l'on apportait une grande attention aux exercices religieux2. »
Au collège de Xanten, le chapelain Adam Potken faisait depuis 1496 un cours de grec; lui-même, avec plusieurs chanoines de la ville, étudiait tous les jours l'hébreu. Son ami Sébastien Murrho.de Colmar, très-versé dans cette langue, lui procurait les livres qui lui étaient nécessaires. Plus tard, Potken fut envoyé dans une des onze écoles latines de Cologne comme professeur de grec ; ces écoles étaient unies aux onze collégiales de la ville, et comptaient souvent parmi leurs professeurs les hommes les plus instruits et les plus capables 3. A Cologne, Potken demeurait dans la maison de son parent Jean Potken, prévôt de Saint-Georges, savant orientaliste, qui avait appris l'éthiopien à Borne et donna à l'Europe le premier ouvrage imprimé en caractères éthiopiens4.
On obtenait alors de la jeunesse studieuse des choses extraordinaires. Adam Potken lisait à des élèves âgés seulement de onze à douze ans l'Enéide de Virgile et les discours de Cicéron. Jean Eck (né en 1486) parcourut le cours complet des classiques latins entre sa neuvième et sa douzième année; il était élève à l'école et dans la maison de son oncle, simple curé de paroisse, et ce qu'il nous raconte de son éducation est d'un intérêt général pour l'histoire de l'enseignement. On expliquait alternativement à l'enfant les auteurs anciens et modernes, les fables d'Ésope, une comédie d'Arétinus, l'élégie d'Alda (de Gario de Vérone), le traité attribué à Sénèque sur les
1 Voy. l'excellent travail de Reichling sur MurmcUius, p. 36-46. 79-80, et sa
Bibliog., p. 132 et SS.
Voy. DlLLEXBURGER, p. 4-11. — KÖHLER, p. 15-16.
■ Pelz, 2\ p. 114. — Nettesheim, p. 166-167. — Köhler, p. 19. — Dillen-
BDRGER, p. 32.
* Krvfft, Mittheilungen aus der Niederrheinischen lieformationsgeschickte , p. 193 et ss. — Voy. köiii.i •.:-., p. 21-22.