‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 68 sur 630 · VIE SCOLAIRE · texte numérisé non relu

VIE SCOLAIRE

quatre vertus cardinales, les lettres de Gasparin, une hymne de Gerson en l'honneur de saint Joseph, deux ouvrages de Boëce, le prologue de saint Jérôme sur la Bible, Térence, et les cinq premiers livres de l'Enéide. Tout jeune qu'il était, il dut même apprendre quelques notions de philosophie et de jurisprudence, et étudier les Pères de l'Église. « On m'exerçait, écrit-il, sur les cinq traités de dialectique de Pierre d'Espagne; après le repas, je lisais à mon oncle les livres de Moïse, les livres historiques de l'Ancien Testament, les quatre Évangiles et les Actes des apôtres. Je lus aussi un ouvrage sur les quatre fins dernières, un autre sur les âmes; une partie des discours de saint Augustin aux solitaires ; le livre d'Augustin d'Ancône sur la puissance de l'Église et une introdution à l'étude du droit. J'appris par cœur par ordre alphabétique les quatre chapitres du troisième livre des DêcrHales, avec les règles et les principes du droit d'après Panormiton. Outre cela, mon oncle eut soin que dans les autres écoles j'entendisse lire les Bucoliques, le Théodule, et le sixième traité de Pierre d'Espagne. Les prêtres qui secondaient mon oncle m'expliquaient aussi les Évangiles des dimanches et des fêtes, le traité de Cicéron sur l'amitié, l'introduction de saint Basile aux études d'humanité, cî la guerre de Troie, d'Homère'. » Eck lisait encore à lui tout seul quantité d'autres livres latins et allemands. Ainsi préparé, il entra en 1498, n'étant encore âgé que de treize ans, à l'Université d'Heidclberg, et deux aus après, fut élevé à Tubingen à la dignité de maître es arts3.

On trouve de fréquents exemples de pareille précocité d'esprit dans les jeunes étudiants universitaires de cette époque. Le mathématicien et astronome Jean Muller, de Kœnigsberg, en Franconie, se fit immatriculer à l'âge de douze ans à l'Université de Leipzig, et dès sa seizième année obtint le grade de maître es arts à Vienne3. Jean Beuchlinct Geilerde Kaisersberg commencèrent dès quiuze ans leurs études à l'Université; Jean Spieshaimer, surnommé Cuspiniauus, faisait des cours à l'école supérieure de Vienne, sur Virgile, Horace, Lucain, Salluste et Cicéron, n'ayant encore que dix-huit ans *. Trois aus après, il professait la philosophie, l'éloquence et les arts libéraux. Dans sa vingt-septième année, il fut élu recteur de l'Université5.

On peut bien dire que depuis quinze siècles et demi on n'avait jamais vu parmi nous une soif d'instruction plus ardente. De là venait

1 Voy. Kn\FFT. Mittheilungen, p. 249-250.

5 Sur Potken, voy. Pii.z. p. 2\ 117-119.

1 Wi r.zi'MucH, p. 121.

* Mr.LSEn, t. III, p. 88-90. — WiedbmANN, p. 3-6.

1 FlKDLKR, p. 3. — Aschbach, Wiener Uniccrsiliit, t. I, p. 358.

cette application soutenue qu'on remarque même chez les tout jeunes gens, et cette passion de savoir qui ne connaissait nul repos jusque dans l'extrême vieillesse.

A l'école comme daus la maison paternelle, régnait uue discipline qui convenait à tous égards à cette génération vigoureuse et rude; la verge et le bâton gouvernaient. L'empereur Maximilien lui-même reçut dans sa jeunesse des coups bien appliqués de la main de son maître1, et le margrave Albert de Brandebourg, dans un voyage qu'il fit en 1 4 74 , annonçait à sa femme qu'aussitôt après sou heureux retour, il se proposait de « poivrer » 2 avec la verge, elle, son jeune fils le petit Albert, et les « demoiselles ».

Le sceau scolaire de la ville d' Höxter, qui nous a été conservé, montre bien le rôle important que jouait alors la verge. Nous y voyons un maître d'école, revêtu d'une robe à larges plis, la tête recouverte d'un bonnet rond; il est assis, et brandit une verge de sa main droite levée. Un petit garçon est agenouillé devant lui; de sa main gauche, le maître tient le menton de l'enfant et lui relève la tète3. Dans bien des localités avait lieu annuellement, en été, la procession des verges. Conduite par ses maîtres, et accompagnée parla moitié des habitants de la ville, la jeunesse des écoles se rendait au bois pour faire elle-même la provision de verges destinées à ses propres besoins. Une fois que cette provision était faite, la troupe, dans un joyeux tumulte, s'ébattait dans la verdure, se paraît de couronnes printanières, se livrait à toutes sortes de jeux et d'exercices gymnastiques; ensuite, les écoliers étaient régalés par les maîtres et les parents. Chargés de l'instrument de leur supplice, ils rentraient le soir dans la ville, parmi les chants et les rires. Une chanson composée pour cette circonstance nous a été conservée :

Vous, nos pères, vous, nos bonnes petites mères,

Regardez, voici que nous rentrons

Chargés de bois de bouleau!

Il nous sera très-utile

Et nullement dommageable.

Votre volonté et l'ordre de Dieu

Nous ont contraints de porter nous-mêmes en ce jour

Nos propres verges

Avec un joyeux courage 4 !

En dépit de l'effroi que pouvait causer aux enfants la verge ou le bâton, une joie innocente, un esprit d'insouciante gaieté régnaient

1 Voy. ERHARD, t. III, p. 429-434. — HORAWITZ, Nationale GescUilschreibug, p. 70-92. — ASCBBACH, Wiener Universität, t. II, p, 284-287.

2 Voy. Zappeht, Gesprächbüchlein, p. 22 î.

3 IIÖKU K, Archiv, fur Kunde Osten: Gesclächtsquellen, t. Vil, p. lOî.

* KRIEGE, Burgerthum, neue Folge, p. 08. — Voy. Falk, Schulen am Mittelrhein, p. 51.

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