‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 71 sur 630 · FEMMES LE TT KEE S · texte numérisé non relu

FEMMES LE TT KEE S

formellement attribuée au clergé. Un budget spécial pour les écoles n'existait pas plus alors que des fonds particuliers pour les indigents. Ceux mêmes des établissements scolaires qui se trouvaient sous la direction immédiate des municipalités étaient entretenus par des fonds particuliers, par la rétribution qu'apportait chaque élève, et par les legs en leur faveur qui se renouvelaient perpétuellement; car l'instruction de la jeunesse comptait parmi les œuvres de miséricorde, et, obéissant pieusement à l'enseignement de l'Église sur le mérite des bonnes œuvres, les fidèles s'empressaient de faire de riches donations aux écoles.

Des bibliothèques se fondaient dans le même esprit : ainsi, par exemple, nous voyons un maître charpentier de Xanten, nommé Mathieu Holthof, abandonner sa maison et un jardin à une association de Frères, afin « qu'avec l'argent qu'on en retirera, on achète de bons livres chrétiens qui puissent être utiles aux âmes des lecteurs; et les lecteurs doivent prier pour la pauvre âme du donateur ' » (1485). Un potier d'étain de Francfort-sur-le-Mein donne également la somme alors importante de 335 florins d'or pour la bibliothèque du cloître des Carmes, « afin que cette bibliothèque contribue à la gloire de Dieu, de sa sainte .Mère, à l'utilité de tous, et que les livres soient conservés avec honneur » (1477). C'est à un autre bourgeois de Francfort que sont dus les commencements de la bibliothèque de la ville (1484) 2. A Ulm, dès 1450, une famille bourgeoise ouvre au public une bibliothèque, probablement la première de ce genre qui ait existé en Allemagne».

Après le clergé, c'est la bourgeoisie qui devient le véritable soutien de la culture intellectuelle; mais la noblesse aussi prend part avec joie à la renaissance de la vie de la pensée. Plusieurs des hommes les plus influents d'alors, Maurice de Spiegelberg, Rodolphe de Langen, Jean de Dalberg, appartenaient à l'aristocratie. Huit ou neuf membres d'une même famille de gentilshommes obtinrent, à Pavie ou à Padoue, le bonnet de docteur *« A l'Université d'Erfurt, on compte, pendant le quinzième siècle, vingt recteurs appartenant à la noblesse5.

Le mouvement intellectuel eut aussi son écho dans le monde

1 Pflz, 2a, 10.

2 Kfuegk, Bûrgerlhum neue Folge, 66, et Geschichte Prancfurts, p. 167.

3 .Iager, Schwäbisches Sliidlciccsen , t. I, p. 591. — Serapcum , t. V, p. 193. — Uassleh, p. 111. — Falk, Histor. pol. Blatter, p. 77, 306. — Sur la bibliothèque paroissiale de Saint-Jacques à Brunn, voy. Serapeum, t. XI, p. 382. — Falk, Bist, Jahrbuch der Görrcs Gesellschaft, t. I, p. 297-30* (Munster, 1880).

* Stölzel, t. I, p. 56.

5 Kampschulle, t. I, p. 24.

féminin; surtout dans le pays du Rhin et dans l'Allemagne du Sud, le nombre des femmes qui s'adonnent aux sciences est assez considérable. Butzbach, dans l'ouvrage liltéraire resté inédit qu'il composa en 1505, cite parmi les femmes les plus accomplies de son temps Gertrude de Cobleulz, maitresse des novices au couvent des Augustines de Wallenda, jeune fille de grande capacité, très-cultivée, aussi distinguée par sa piété que par la connaissance qu'elle avait acquise des saintes Écritures. 11 nomme encore Christine de Leyen, religieuse augustine à Marienthal, et Barbara de Dalberg, religieuse bénédictine à Marienberg et nièce de l'évêque de Worms1; elle a laissé plusieurs écrits de sa composition. Butzbach dédie son livre à Aleydis Kaiskop, Bénédictine à Rolandswerth (f 1507), trèscélèbre par sa connaissance des classiques de l'antiquité. 11 la compare à Roswitha, à Hildegarde et à Elisabeth de Schönau. Aleydis écrivit sept homélies latines sur saint Paul, et traduisit en allemand un livre latin sur la sainte Messe. A la même époque, et dans le même couvent, vivait Gertrude de Biichel, « très-experte dans les beaux-arts », et à laquelle Butzbach dédia un ouvrage sur les peintres célèbres2. Au monastère de Seebach, près de Durkheim, l'abbesse Richemonde von der Horst entretenait avec Trithème une correspondance en latin sur des sujets spirituels, et Butzbach en fait l'éloge comme l'auteur de divers écrits3. Parlant de la religieuse Ursule Cantor, il assure qu'elle n'a eu son égale dans aucun temps4, et vante ses connaissances théologiques, son goût pour les belles-lettres et son talent de bien dire. Une autre femme très-distinguée par son esprit, et celle-là restée dans le monde, c'est Marguerite de Staffel (t 1471), femme du vicomte du Rheingau Adam d'Allendorf. Comme la duchesse Hedwige de Souabe, elle lisait avec son chapelain les anciens classiques dans l'original, composait de petites poésies latines, des morceaux en prose, et aussi des poésies allemandes. On dit qu'elle mit en rimes, non sans verve poétique, une vie de saint Bernard et de sainte Hildegarde5. Catherine d'Ostheim appartient aussi au quinzième siècle; elle avait de grandes connaissances historiques, et composa un abrégé de la Chronique de Limbourg, qu'elle continua8. Parmi les femmes lettrées de l'Allemagne du Sud, l'abbesse de

1 Voy. Becker, p. 268-269.

3 Voy. Floss, Das Kloster Rolandswerth bei Bonn (ColOfjne, 1868, p. 20, 26, 70, 74, 102;. — Voy. aussi sur le couvent de Lune, Grübe, p. 250.

• Trithem. Chron. Sponh., p. 412. — Epist. famil., p. 445, 455, 464, 476, 499, 502, 503. — Voy. Rf.MUN'G, Klöster in Rheinbaicrn, t. I, p. 173. — Silbernagel, p. 95 240.

• Voy. sur ce point Krafft et Crecelius, t. VII, p. 224-225, 275. — Becker, p. 270. — Sur Ursule, COHS. la Coûter chronik, Chroniken der Deutschen Städte, t. XIV, p. 877.

5 Voy. BODHANN, Rhein gaw sehe Allerthümer, p. 298, 552. — FALK, p. 653.

• KRIEGS, Bùrgerlhum neue Folge, p. 77.

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Nuremberg, Charité Pirkheimer, brille au premier rang, par sa science autant que par sa noblesse d'âme. Ses lettres et ses souvenirs témoignent hautement de sa piété pure, de son esprit élevé, de son noble caractère. « Tous ceux qui dépassent les autres par leur intelligence ou leur rang, écrivait le légiste Christophe Scheurl, admirent l'esprit pénétrant, la science, l'élévation d'âme de l'abbesse Charité '. »

Clara Pirkheimer, religieuse comme sa sœur au couvent de Sainte- Claire, était également remarquable par sa piété et par la culture de son esprit. Les savants de l'époque parlent des deux sœurs avec une sorte d'orgueil patriotique.

Après elles, il faut encore citer la religieuse Clarisse Apollonia Tücher, que Christophe Scheurl appelle « la couronne de son couvent, l'amie de tout ce qui touche le culte de Dieu, le miroir de la vertu, l'exemple et le modèle de ses sœurs ». Apollonia était nièce du juriste de Nuremberg, Sixte Tücher, qui fut longtemps l'orgueil de l'Université dlngolstadt et fit preuve de grande capacité pour les affaires en qualité déconseiller intime du Pape et de l'Empereur. Il était prévôt de Saint-Laurent de Nuremberg depuis 1497; c'était le modèle de la ville par sa conduite sans tache comme prêtre, autant que par sa bienfaisance envers les malheureux. Les lettres d'édification et de dévotion qu'il écrivit à Apollonia et à sa plus intime amie Charité Pirkheimer, charment le lecteur par leur élévation et leur profondeur. Cette correspondance est un touchant monument du véritable humanisme chrétien, qui ne sépare pas la science de la foi, le savoir de la religion, et qui, pour combattre l'orgueil de l'esprit, prend pour devise et pratique fidèlement la belle parole de Trithème : « Savoir, c'est aimer. » Sixte encourage ses amies à l'étude assidue, et ne cache pas son étonnement joyeux en constatant « les aptitudes merveilleuses, les dons intellectuels des femmes ». Mais, ajoute-t-il dans une lettre toute paternelle adressée à Charité, « je ne veux pas que tu recherches par ton savoir une vaine louange, mais bien que tu l'attribues à Celui-là seul de qui découle tout don parfait. Emploie le talent qu'il t'a donné pour sa gloire, l'utilité de tes sœurs et ton propre salut; mais n'oublie jamais la parole d'or de l'Apôtre : « Non « la science, mais la charité est utile à l'homme ». »

Véronique Weiser, la savante prieure d'Augsbourg (pour laquelle les deux Holbein composèrent, l'un son plus beau, et l'autre son

1 Voy. sur Charité le tome I! de cet ouvrage, p. 352-364.

- Pour plus de détail sur Charité et son cercle, voy. Binder, p. 1-101. — Voy. dans la notice sur Barbara Furerin, abbesse de Gnadenberg, une jolie esquisse de la vie des couvents au quinzième siècle, dans les Bist. pol. Blatter, t. XLIX, p 5:W-553.

premier tableau *), et Marguerite Weiser, fidèle associée des travaux scientifiques de son mari, Conrad Peutinger, le célèbre humaniste, étaient les dignes émules des femmes que nous venons de citer.

Parmi les princesses allemandes, Mathilde, fille du comte palatin Louis III, était célèbre par son goût éclairé pour les sciences et les arts. Elle avait réuni une collection des anciennes poésies du temps des Minnesinger, composée de quatre-vingt-quatorze pièces; prenait plaisir aux vieux chants populaires et faisait versifier de nouvelles chansons sur d'anciennes mélodies*. C'est encouragé par elle que le chancelier Nicolas de Wyle entreprit ses traductions3, et grâce à l'impulsion qu'elle sut donner, son second mari, l'archiduc Albert d'Autriche, fonda l'Université de Fribourg, et le fils de son premier mariage, le comte Ebrard de Wurtemberg, l'Université de Tubingue.

1 NOLTMAXN, t. I, p. 150.

4 D'après une notice écrite par J. von Goures, Codex saec. xv. 3 Voy. Kurz, Niclascns von Wyle, p. 10. — Muller, Anzeiger für Kunde der Detitscluii Vorteil, 1879, p. 1-7. — Stalin, t. III, p. 758, 763. - Hist. pol. Malter, 79, 129.

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