‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 70 sur 630 · PRINCIPES DE LA PÉDAGOGIE A CETTE EPOQUE · texte numérisé non relu

PRINCIPES DE LA PÉDAGOGIE A CETTE EPOQUE

au trône papal exerça une si féconde influence sur la vie intellectuelle de son pays, Wimpheling chercha particulièrement à rendre la noblesse et les princes capables d'une noble culture, et s'efforça de les gagner à l'amour des études classiques récemment remises en honneur '.

Parmi ses écrits pédagogiques (dont trente mille exemplaires environ furent imprimés antérieurement à 1517j, il en est deux qui sont du plus haut intérêt. Dans le premier, intitulé Guide de la jeunesse <!' Allemagne (1497), Wimpheling démontre avec une claire évidence les vices des méthodes d'enseignement autrefois employées; il prouve comment, par un système plus rationnel, on peut enseigner la jeunesse d'une façon plus rapide et plus intelligible. Puis il donne un grand nombre de précieuses règles et d'excellents principes pour renseignement pratique des langues anciennes. L'auteur ne traite pas seulement de l'instruction, il s'étend sur tout ce qui concerne l'école, et parie même de la personne du maitre. Son ouvrage nous offre la première méthode rationnelle de pédagogie qui nous ait été donnée s : c'est une œuvre vraiment nationale, et qui mérite d'être saluée par tous les temps avec reconnaissance et respect '. Quant au second ouvrage pédagogique et moral de Wimpheling, la Jeunesse (1500), il appartient au petit nombre de livres qui font époque dans l'histoire de l'humanité *.

Les maitres et pédagogues de ce temps, daus leurs efforts en faveur de l'enseignement, partaient de ce principe qu'il ne suffit pas de développer les aptitudes et les capacités de l'enfant; qu'il faut avant tout les ennoblir et les perfectionner. Ils s'efforçaient d'inspirer à la jeunesse qui leur était confiée le goût et l'amour de l'étude, l'habitude du travail personnel, et prétendaient l'élever pour la vie et pour les devoirs qu'elle comporte. Ils employaient toutes les ressources de leur intelligence, toute la chaleur de leur conviction, à les initier aux chefs-d'œuvre grecs et latins; mais ils cherchaient en même temps à ne pas séparer dans l'esprit de leurs élèves l'admiration pour la beauté de la forme du sens intérieur et profond de la pensée. L'étude des langues, dans leur manière de voir, ne devait pas avoir uniquement pour but la connaissance du latin et du grec; selon les paroles de Wimpheling, les langues devaient servir d'instrument de culture intellectuelle, et l'élève devait, par leur secours, s'exercer à penser avec force. Nos anciens maitres voyaient dans les humanités

1 Voy. sa lettre à Frédéric de Dalbery dans Wiskowatoff, p. 79.

* Pour plus de détails, voy. Schwarz, p. 122-151. 3 Id., Sebast. Brant, p. 353.

* Zarncke, p. xii. — Voy. Schwvhz, p. 153-161.

une sorte de gymnastique propre à former l'indepeudance du jugement. Avec une sage prudence, ils évitaient d'introduire dans leurs écoles une trop grande variété dans les sujets d'enseignement. Après l'étude solide de la religion et les soins apportés au développement de la vie chrétienne, ils se proposaient surtout de donner à leurs élèves une connaissance approfondie de l'antiquité classique. Le peu de notions de fond dont on s'occupait n'était abordé qu'avec une extrême réserve, en passant, et comme étude accessoire. Aussi les maitres de ces établissements réussissaient-ils à donnera leurs élèves des connaissances bien reliées les unes aux autres et formant un ensemble complet1.

Dans le sud de l'Allemagne, l'éducation scolaire suivit le même mouvement que celui qui s'était produit dans les Pays-Bas, la Westphalie et les pays rhénans. Elle s'y développa et y fleurit peu à peu pendant les dernières années du quinzième siècle : iNuremberg et Augsbourg étaient sous ce rapport les centres intellectuels les plus remarquables. Au commencement du seizième siècle, il y avait à Nuremberg quatre collèges latins qui, par les soins du savant praticien Willibald Pirkheimer et du prévôt Jean Kress, étaient en état de donner une éducation excellente sous plus d'un rapport. Une école de poésie s'établit même à Nuremberg; la direction en fut confiée à .lean Cocléus (1515). Ce même Cocléus entretenait des rapports amicaux et littéraires avec Kreiss et Pirkheimer, et composa plusieurs livres d'enseignement, entre autres une grammaire latine souvent rééditée et très-appréciée des maitres les plus savants d'alors pour sa clarté et sa précision. Il composa aussi un abrégé de la géographie mathématique de Pomponius Mêla, et un commentaire sur la météorologie d'Aristote, sur les travaux duquel il établissait les fondements de l'enseignement de l'histoire naturelle et de la physique 2.

On peut à peine nommer une grande ville en Allemagne à cette époque (si l'on en excepte les villes du duché de Brandebourg) qui n'ait vu se fonder ou s'améliorer une école supérieure à côté de ses écoles élémentaires 3.

La haute direction des écoles des villes était généralement confiée aux autorités municipales; mais tous les établissements d'enseignement étaient en même temps étroitement unis à l'Église, non-seulement parce que la plupart des maitres appartenaient à l'état ecclésiastique, mais encore parce que l'inspection des collèges était, ou laissée, ou

1 Sur les écoles supérieures d'alors, voy. Meidkmaniv, p. 4-7. — Paciilter, Überblick über das Gymnasium bis tum Beginne des sechzehnten Jahrhunderts, 1879, p. 359-384.

»Otto, p. 12-44.

3 Lrasme à .). E. Vives, Opera, III, p. 689. — Voy. Kihcuiioff, I, 49.

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