UNIVERSITE DE VIENNE, CONRAD CELTES
Roswitha, religieuse de Gandershcimer, le poème historique de Ligurinus, doivent leur conservation a Conrad Celtes. Il fit à Vienne un cours spécial sur Ligurinus, et fut sans doute le premier professeur allemand qui ait enseigné dans une Université 1 histoire générale, faisant de l'histoire de l'Empire germanique l'objet d'un cours spécial et enthousiasmant ainsi la jeunesse pour la grandeur et la gloire du passé.
Doué d'un talent extraordinaire pour l'enseignement, Celtes rassemblait autour de lui un groupe nombreux de jeunes gens avides de savoir. Il cherchait surtout à éveiller dans la noblesse le goût des choses intellectuelles et scientifiques. La Bibliothèque impériale fondée par Maximilien, et dont la direction lui avait été confiée, fut enrichie par lui de précieux ouvrages latins et grecs, de cartes célestes et géographiques, etc., en sorte que peu à peu elle put offrir aux travailleurs d'excellents instruments d'étude.
Celtes fit preuve aussi d'une remarquable activité comme directeur du collège des poètes, que l'Empereur avait fondé sur son conseil (1501), académie destinée à relever l'étude de la poésie et des mathématiques à l'Université, et à en assurer l'avenir. Ce collège des poètes, le premier de ce genre qui ait existé dans une Université allemande, consistait, à proprement parler, en une réunion de savants et déjeunes gens d'avenir, demeurant ensemble et partageant les mêmes études '.
Non content d'avoir autrefois fondé la « société littéraire du Rhin », Celtes organisa à Vienne pour le progrès des études humanistes, des beaux-arts et des sciences, la société dite du Danube, académie royale qui comptait parmi ses adhérents, Allemands, Magyares, Slaves et Italiens2. Un de ses membres les plus actifs, Cuspinian, s'était voué spécialement aux études historiques et a laissé, entre autres écrits, un important ouvrage sur les empereurs romains de nation allemande, ouvrage pour lequel il avait fait de grandes recherches dans les archives et bibliothèques de l'Autriche 3. Le mathématicien Jean Stabius, André Stiborius et le médecin Barthélémy Steber, surnommé Scipion, appartenaient aussi à la Société du Danube et étaient en même temps au nombre des professeurs les plus distingués de l'Université4.
C'est certainement sous Maximilien que l'Université de Vienne, si
'AsniucH, Universität Wien., t. II, p. 65,207,248,439-441.
sAshbach, t. II, p. 73,421-433.
3 Voy. Ashbvch, Universität Wien, t. II, p. 43, 55, 57, 78, 189-270. — Erhakd, t. II, p. 1-146. — Kink, t. I, p. 201-212. — Raumeh, Germ. Philologie, p. 13-15. — Sur Cuspinian, voy. Ashbach, I. II, p. 284-309. — Erhaud, t. III, p. 429-434. — lloi\A\vnz, Nationale Geschichltchreibung, p. 70, 92.
* Sur Stabius, voy. ASHBACH, t. II, p. 56, 68, 70, 75, 88, 289, 342, 364-372. —
justement fière de ses illustres et nombreux professeurs, atteignit son épanouissement le plus complet et connut son <• âge d'or ». Sans épargner les sacrifices personnels, l'Empereur travaillait incessamment à l'élever au rang de première Université de l'Europe; l'Université même de Paris \ au dire de l'humaniste Lorili Glareanus, ne pouvait rivaliser avec elle. Sa réputation dépassait celle de toutes les autres. Froissard, historien d'un savoir si eminent et d'un si excellent jugement, constate avec étonnement le nombre d'hommes supérieurs qu'il apprit à y connaître, et rapporte que la vie intellectuelle y était pleine d'animation parmi les étudiants. Il admire la vie sans contrainte de la cour et les rapports pleins de confiance et de cordialité que Maximilien entretenait avec les savants. « L'Empereur ne les nomme pas seulement ses amis , écrit-il, il les traite véritablement comme tels; il recherche volontiers leur commerce et s'en édifie. Il n'y a certainement pas de souverain plus disposé à se laisser volontiers instruire par ceux qui en savent plus que lui, et son intelligence est si grande que les questions qu'il pose sont à elles seules pleines d'enseignement 2. »
Les arts plastiques, aussi bien que la science et la littérature, trouvèrent en Maximilien un protecteur enthousiaste. 11 fit construire ou restaurer un grand nombre d'églises et de châteaux, fit d'importantes commandes aux fondeurs de brouze, armuriers, orfèvres, émailleurs, peintres, graveurs et imprimeurs d'ouvrages illustrés. On lui doit l'exécution d'un grand nombre des plus belles créations artistiques de l'époque. La meilleure preuve de son goût intelligent pour les arts, c'est le grandiose monument funèbre qu'il fit exécuter pour lui à Inspruck et dont il traça lui-même le plan3 avec son ami Conrad Peutinger. C'est un des derniers et des plus remarquables monuments de l'art allemand du moyen âge.
SOTZHANN, J. Slabius et sa carte du monde de 1515 (1848). — Tiiausing, Bibliogr. de Durer, p. 370, 375-376. — Sur Stiborius. voy. ASHBACH, t. II, p. 56, 75, 88, 107, 289, 373-375. — Sur Steber, t. II, p. 55, 75, 95, 97, 197, 354-356.
1 Voy. Asub.vch. t. II, p. 125, 137. — Ki\k, t. I, p. 2;.7-229.
? Lettre de Froissard, p. 14-16,
3 Voy. IlEr.BEn.GER, p. 54-62.— « L'Empereur voulut reposer à Inspruck, entouré des souvenirs de ses hauts faits, parmi les statues de ses puissants am êtres et de tous ceux qui, depuis le commencement de l'ère moderne, avaient régné glorieusement. C'est une œuvre d'art dont nous ne voyons l'équivalent chez aucun peuple, ni comme idée, ni comme exécution. Lorsqu'on pénètre dans ce lieu,pirmi tous ces nobles personnages (56 figures en bronze en grande partie de grandeur naturelle), on se sent pénétré d'une émotion puissante.» (Böhmer, Mélanges, p. 66-67.)