FABLES INVENTEES POUR AVILIR LA PAPAUTÉ 3G
et mis en vente à Venise, chez Trajan Navio.» « Lachère jeunesse » que le surintendant Millei* avait tant à cœur d'édifier i, ne frémissait-elle pas d'indignation lorsqu'elle entendait dépareilles assertions tomber de la chaire! Certes elle n'avait aucun besoin de l'apostrophe finale de Miller : « Quo tous les démons se lèvent et précipitent dans l'enfer tous ces abominables vices dont on n'avait pas vu l'équivalent dans le paganisme, et qui sont eu honneur de notre temps ! Sodome et Gomorrheles avaient ignorés, et cependant ces villes ont été consumées par le feu du ciel, par le soufre et la poix brûlante. Comprenez-vous, maintenant, pourquoi Luther a dit : « Le Pape et tous les prêtres sont possédés par les démons les plus abominables et les plus impurs du plus profond de l'abime infernale; ils en sont tellement repus et débordants qu'ils ne peuvent cracher autre chose que des diables et des diableries, ni rendre d'autres excréments; et depuis le commencement du monde, on n'a jamais vu ni trouvé chez aucun payen, chez aucun incrédule, en aucune histoire, en aucun pays, rien qui puisse se comparer aux crimes infâmes dont ils se souillent 2. a
On ignore à l'occasion de quelle solennité religieuse Miller prononça ce sermon.
Longtemps avant lui, Cyriacus Spangenberg avait parlé du prétendu livre de La Casa: « Est-il un peuple sous le soleil, »écrivait-il enlo62, « qui se soit jamais livré à une plus grando impudicité, à des actes plus honteux que les papistes, car non seulement ils commettent toutes sortes de crimes, mais encore ils font imprimer des livres et des estampes d'une indécence inouïe, comme le prouve le livre de Jean de La Casa, un misérable, qui exerce cependant de hautes fonctions près du Pape, et qui ose écrire un traité spécial sur le péchésodomite, où il loue ce vice et l'appelle l'œuvre de Dieu! Et parmi les papistes on souffre, on tolère, on honore, on estime un tel homme! Oh! puissent la foudre et les éclairs anéantir tous ces misérables ^ I »
ft II est hors de doute, »disait un autre prédicant, k que plusieurs écrivains papistes font l'éloge du péché sodomite ; des évéqaes ont même osé traiter ce sujet tout au Ion?, comme par exemple La Casa , dont l'ouvrage a été approuvé par le Pape. » « Remarque bien, lecteur chrétien, que ces hommes, ou plutôt ces brutes revêtues de chair humaine, n'ont aucune pudeur, et no veulent pas même connaître le mot de pudeur, tellement que, comme chacun le sait, desévêques
* Mylius, Bapsfpredifjlen, p. 14.
- Mylius, Bapstpredigten, y>P- 140-142.
^ Wider die bösen Sieben, F. 4° — g.
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ont osé louer publiqiioinoMit, dans des livres imprimés, le péché sodomite auquel ils s'adonnent. »
Citant ces passages, extraits d'un abominable pamphlet intitulé: De l'iinpiidicilé papiste, un catholique écrivait : « Yeut-on savoir comment on trompe, comment on excite les haines du pauvre peuple ? On commence par inventer une histoire ; on assure qu'il existe un livre composé par un certain La Casa où le crime sodomite est loué. Personne n'a jamais vu ce livre, par l'excellente raison que jamais il n'a été écrit. On va plus loin: on prétend que La Casa, ce qui est pis, est un évêque; d'autres vont jusqu'à affirmer qu'il doit son évêché à un livre si abominable, si odieux. On dit encore que le Pape a approuvé l'ouvrage. Puis, vient un autre menteur, qui assure que de tels livres sont très nombreux parmi nous ; que beaucoup d'évêques, dans des écrits publiquement vendus, louent le crime sodomite qu'eux-mêmes commettent. Mais pour moi je me borne à demander: Où trouver un sejl exemplaire du livre du La Casa? Gomment donc dites-vous qu'il en existe beaucoup? Qui de vous l'a eu entre les mains, qui l'a vu, nommez-moi l'évêque qui l'a approuvé? Comme vous ne sauriez donner de réponse à ces questions, comment pou vez-vous voas excuser devant Dieu, vous, fils de la patrie allemande? Gomment votre conscience ne vous reproche-telle pas de répandre avec tant d'impudeur de si abominables calomnies^? »
Personne n'avait vu le livre, personne ne pouvait donner de renssignements sur lui, et cependant on continua à exploiter la fable de La Casa, qui devint bientôt une « arme capitale » employée contre l'Église Catholique -. « Pour frapper sans relâche et sans peur
' Von newen caluinischen Gijlspinnen, etc. F. 4 — ç.
* Cette fable fut reproduite un nombre incalculable de fois dans les écrits de polémique de l'épjqae, par exemple par Spange.nberg dans sa Gegenbericlit auj die Anatomie des Pislorias, pp. lia et suiv. La même année par Huber, Antwort auf die sieben Teufel des Pislorias, p. 104 ; l'année d'après, dans un écrit des théologiens de Hesse, Aoththivendiije Besichligung, pp. 226. 450, etc. Eu 1617 un calviniste écrivait : « Horreadani dicta et aadila, un évèque a écrit un livre rieu que pour se livrer à d'ignobles boufl'onneries sur les crimes de Sodome ». Gegen-Erinnerang gegen Ungersdorf,p.2i. Durant tous le xvn« siècle, on broda sur « l'histoire de La Casa «.jusqu'à ce qu'enfinle protestant Nicolas-Jérôme Gundling, professeur de droit à Halle, eut rétabli la vérité dans ses Observât iones Ilallenses, t.I, pp. 121 et suiv. Il écrivait : « Oui a jamais refuséàun accusé, fût -il le plus abominabledes criminels, le droit de se défendre? Si des accusations suffisent pour déshonorer ud homme, qui pourra se tlatler d'être innocent '? La vérité, c'est que La Casa, savant humaniste, a publie dans sa première jeunesse des poésies sous le nom de Capitoli.et que dans l'une d'elle, Capitolodel Furno, à l'exemple de beaucoup d'humanistes immoraux de son temps, il a célébré les femmes dans des termes obscènes. S'emparant de ces vers, l'ennemi personnel de La Casa, l'apostat Yergerius, prétendit qu'il avait écrit le Carmen de laudibus Sodomiœ. De là, par la faute de ceux qui se plaisent à égarer le public par leurs perverses inventions et sont ravisqu'on y ajoute foi, on en est venu à dire que La Casa avait écrit le livre tout entier pour y traiter spécialement un sujet