FABLES HISTORIQUES DESTINEES A COMBATTRE LA PAPAUTÉ
sistent à le persécuter et à le proscrire ^. » Jean Wigand invitait ses ouailles à se pénétrer avec lui de limportance de ce fait : « Si dans un seul étang, » disait-il, « plus de six mille tètes d'enfants ont été trouvées, à combien croyez-vous qu'il faille porter le chiffre des enfants qui, dans un si grand nombre de cloîtres de moines et de religieuses, dans tant de collèges et de presbytères de tant de prêtres à messe, ont été cruellement mis à mort depuis nombre de siècles '2 ? » « Ce nest pas sans raison^ » assurait Conrad Schlusselburg parlant de la lettre de saint Ulrich, « que les cloîtres ont été pour la plupart construits au bord des étangs. » « Qui ne frémirait jusque dans la moelle de ses os à la pensée de si épouvantables forfaits? Les Papes savent bien qu'ils se sont commis et se commettent encore tous les jours, et cependant ils sont assez impudents pour se contenter d'en sourire! De cette fange, ni le Tibre ni la Méditerranée ne pourraient laverie royaume du Pape; elle est réservée à l'étang de soufre de l'enfer, créé tout exprès pour punir de si exécrables forfaits^. »
Gomme la fable de la papesse Jeanne, la fable de saint Ulrich fut commentée en chaire, et devint le thème et l'ornement préféré d'un grand nombre de sermons. Georges Miller explique à ce propos dans ses sermons sur le Pape « pour quelle raison, pour quels effroyables forfaits les églises de couvents sont en général pourvues de souterrains; pourquoi, surtout, on voit si fréquemment des étangsautour des abbayes de femmes. Afin d'abuser le monde sur la prétendue chasteté virginale des religieuses, il avait bien fallu inventer des moyens semblables, au prix de plusieurs milliers d'innocentes vies ^. On se servit surtout de la fable d'Ulrich pour renseigner le peuple sur « l'excellence » du mariage des prêtres. Le surintendant de Plauen, Mathias Hoe, la cite dans un sermon prononcé à l'occasion du mariage de l'un de ses prédicants; déjà il évalue à plus de 16,000 les têtes d'enfants découvertes dans l'étang 3. « J'ai ouï dire à un honnête luthérien, lequel ne prenait aucun plaisir à ces ignobles et scandaleux récits, » écrivait en lo9l un polémiste protestant, « qu'en l'espace d'un an il avait entendu six prédicants raconter l'histoire des ö,OüO têtes d'enfants, et que ces prédicants avaient conté la chose
* Etliche hochwichtige Ursachen, etc. (1570), A. 3 b. A. 4. a.
* Schlüsselbürg, t. XIII, p. 285.
^ SCHLÛSSELBURG, t. VIII, pp, 5-7.
* Mylius, Bapstpredigten. pp. 139-140.
^**Eine christliche Predigt von des heiligen Ehestandes Fürttrefßichkeit und insbesondere von der Priesterehe (Leipsick, 1607), p. 16. Voy. M.vkx, Protest. Kanzel, p. 39.
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d'une manière si indécente que garçons et lilles en avaient ri et plaisanté tout haut dans l'église '. »
(( Les abominations des Papes, aussi innombrables que les sables de la mer, sont maintenant, grâce à Dieu, connues du monde entier, »disait en cette même année 1591 le prédicant Jean Pretorius^ « et les petits enfants des rues eux-mêmes savent dire, d'après leur catéchisme, ce que valent le Pape, les prêtres, les moines, les religieuses, c'est-à-dire les hypocrites par excellence, et les fornicateurs bigots, » (( La Jéricho spirituelle, autrefois palais du démon, est tombée en poussière, et n'est plus maintenant que le cloaque de Satan ; où tous les moustiques de Béelzébuth et les mouches à ordures de Béiial viennent se poser et se repaître d'excréments 2. »
Une troisième fable servit encore davantage à rendre le papisme odieux, et à exciter contre lui l'indignation populaire.
« L'impudicité ordinaire, » expliquait un prédicant en chaire en 1589, « ne suffit pas à l'Antéchrist et à Pengeance satanique dont il est entouré, prêtres, laïques, catholiques de toutes conditions; il a fallu trouver quelque chose de nouveau, une irapudicité sodomite et bestiale plus raffinée; c'est à quoi ils ont réussi, et si bi^n réussi, qu'il est peu de papistes chez lesquels on ne rencontre Pimpudicité contre nature. Loin de la regarder comme un péché, ils en fontPéloge. Un évêque très célèbre a même écrit un livrespécialpour démontrer que le crime sodomite n'a rien de blâmable, et qu'il faut au contraire l'encourager. » A son tour, Georges Miller disait en chaire : « L'impudicité a toujours été en grandissant dans le papisme ; enfin elle est allée si loin que l'on en est venu à ne plus regarder l'impudicité ordinaire comme un péché, et qu'on a cherché quelque chose de nouveau, d'exceptionnel ; les nouveaux Pères de l'Église regardent comme le plus grand, le plus délicieux plaisir et délassement, le péché muet, l'inceste, le crime sodomite, le mariage à la mode de Florence, l'impudicité plus que bestiale. » « Une chose très digne de remarque, c'est que toujours le mal, lorsqu'il se produit, est excusé par Rome. Tout le monde sait ce qu'a écrit l'un des plus fermes soutiens du siège apostolique, Jean de La Case, archevêque de Bénévent. Dans un traité spécial, il soutient que le crime sodomite n'est pas si hideux qu'on le prétend, et ce livre a été imprimé
* Von nèwen calvinischen Gijtsepinnen and Unflatlern, t. II. Wôlfsbach über die 6,000 Kindsköpfe. Contre le flaciniea Opitz, qui avait raconté cette fable en chaire, Georges Scherer fit un sermon qui en démontrait à fond la fausseté. Sc/ierer's Werken, éd. de Munich, t. II, pp. l71 et suiv. \oj. Menzel, t. III, p. 37. Räss, Convertiten, t. II, pp. 299-300.
* PRäTORius, Dreiköpfiger Anliclirist, E 3».