LE PF.IPLE EXCITÉ A LA RÉVOLTE CONTRE LE CALENDRIER
Francfort-sur-le-Mein, les Frères prêcheurs ayant voulu célébrer la fête de Noël d'après le nouveau style, une horde sauvage envahit leur chapelle : « Je ne puis me taire, » écrivait le prieur des domicains aux bourgmestres, « sur les scènes odieuses, les actes séditieux, les indignités de toutes sortes auxquels s'est livrée la jeunesse, et même des gens d'un âge mûr, dans notre église. Sans parler des rires, des blasphèmes, des cris des envahisseurs, ils ont arraché les portes du lieu saint, et brisé à tel point nos verrières que même le plomb qui les entoure n'est pas resté intact. Les jeunes garçons que j'avais chargés de garder la porte ont reçu des coups de couteau. Après avoir forcé la grille du chœur, des forcenés se sont rués avec une telle violence sur l'autel, qu'encore aujourd'hui nous en ramassons les débris. Outre cela, il s'est trouvé des gens assez cupides pour jeter dans un sac de précieux objets d'orfèvrerie qu'ils ont emportés. Je vous épargne les propos indécents et grossiers tenus non seulement par des personnes d'un certain âge, mais par des petites filles de douze ans, ce qui nous a édifiés sur ce qu'elles voient et entendent dans leurs familles, car la bouche parle de l'abondance du cœur. En vérité, il me semble 'que tout le monde est venu à l'église non pour célébrer le jour de la naissance de Notre- Seigneur, mais pour honorer Venus et renouveler les saturnales. » « Le Conseil a fait disperser la foule, mais les chefs du mouvement n'ont pas été inquiétés. » Lorsque l'archevêque de Mayencc insista pour qu'une sérieuse enquête fût ouverte sur tous ces faits, le Conseil rejeta la responsabilité de ce qui s'était passé sur les religieux, et se contenta de recommander aux habitants «. de ne plus troubler à l'avenir le service divin dans les couvents ^ ».
« C'est vraiment une chose digne de réflexion, »écrivait un catholique en 1586, « que l'insubordination, la malice et la perversité
mangé de la viande sans aucune distinction de jours et de temp ; beaucoup d'entre eux ne s'étaient même fait aucun scrupule d'en mander le Vendredi-Saint. Mais en 1583, en haine du nouveau calendrier « un grand nombre d'entre eux n'achetèrent pas le plus petit morceau de viande pendant quatre grandes semaines, du nouveau jour de Pâques jusqu'à l'ancien. » Der Herren Vfleger und Geheimen Ruth des [sic) liajligen Reichsstaft Aajspiirg. Wahrhaffter Gerjenbericht der Augspurgischen Händel, etc. (Augsbourg, 1387), f. v. 2b. — K. 3b. ** Sur l'adoption du calendrier grégorien à Vienne, voy. l'article de K. Uhlihz dans les MiUheilungen des Instituts für österreicitische Geschichtsfor schung, t. XII (1894), pp. 639-C47. — Sur la dispute du calendrier en Styrie, voy. Zahn, Mitth. des historischen Vereins für Steiermark, t. XIII, pp. 126 et suiv., et Mayer, Archiv, für öesterreichische Geschichte, t. LXXIV (1889), pp. 244 et suiv.
• Kirchner, t. II, pp. 298-299. ** Sur la dispute du calendrier à Francfort, voy. aussi Grotefexd, Berichten des Frankfurter AUerthamsvereins, t. VII, p, 98, et Frankfurter Didascalia, 1883, no 135.
394 LE PEUPLE EXCITl': A LA REVOLTE COiNTRE LE CALENDRIER.
croissantes du peuple; les crimes et les émeutes augmentent dans une proportion effrayante; aux jours de fête les plus solennels, l'autorité ferme les yeux toutes les fois que le clergé et les pieux fidèles des églises sont l'objet des plus grossiers outrages; elle est pleine d'indulgence pour de tels délits, comme nous en avons eu, dans ces dernières années, dix ou vingt exemples. Je n'insiste pas sur ce fait, mais dans les petites villes et dans les bourgs, le parti des gens turbulents dit tout haut que les autorités et les prédicants sont loin de prendre en mauvaise part les insultes dont les Catholiques sont l'objet, parce qu'il ne s'agit là que de papistes idolâtres, et qu'on ne peut assez les bafouer, dussent-ils, à bout de patience, quitter enfin définitivement l'Empire K »
' Trostvorl und Vermahnang cur Stärke im heiligen catholischen Glauben, ohngeachtet aller Unbilden und Widerwar ligkeiien. Vok Friedlieb Kkeuzmann (1d8(3), pp. 12-13, 17, i9, 23.