‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 201 sur 573 · UN UTILE AVERTISSEMENT SUR LE SALUT · texte numérisé non relu

UN UTILE AVERTISSEMENT SUR LE SALUT

cèrement le papisme, seront confrontés un jour avec la foule des témoins de Dieu, de sorte qu'au dernier Jugement leur crime n'aura point d'excuse; en ce jour terrible, ils seront condamnés et précipités au plus profond abîme de l'enfer. » C'était pour mettre les âmes à l'abri d'un pareil sort que Lang avait composé son livre; c'était aussi pour obéir à l'ordre de Dieu, et il disait comme Jésus- Christ : « La parole que je vous ai annoncée sera votre juge au dernier jour. » Il ne se lassait pas de répéter que les papistes, pas plus que les Turcs, les Juifs ou les payens, n'ayant pas la grâce de Dieu, n'obtiendraient pas la rémission do leurs péchés; que pour eux il n'y avait pas de rédemption, qu'ils seraient à jamais précipités dans la poix et le soufre de l'enfer, et passeraient leur éternité à hurler, gémir, grincer des dents avec Satan; car ils étaient semblables à des boucs obstinés, ils maudissaient la parole de Dieu, ils obéissaient aux décrets du Pape, ils acceptaient les canons des Conciles, les maximes des Pères, la théologie platonique des scolastiques et les rêveries des moines. » « Ces boucs obstinés, » poursuivait Lang deviennent féroces dés qu'il s'agit do nous, qui sommes les vrais chrétiens. Tous sont ennemis de la croix de Jésus-Christ, tous servent leur ventre, et ne restent attachés au papisme qu'à cause de leur ventre, et malgré les reproches do leur conscience. » « Aussi dans l'éternité, ces grosses panses fondront-elles comme de la graisse, et subiront-elles des peines éternelles dans Tetcrnel brasier de l'enfer ^. »

Do même que le Christ n'avait point blasphémé en appelant les Pharisiens race de vipères, de même, selon Lang, ce n'était point mal faire que d'invectiver et de maudire les papistes, de les appeler blasphémateurs, triples menteurs et homicides, serviteurs d'idoles, assassins d'âmes, sodomites et fornicateurs, car on ne disait là que la sainte et triste vérité, et la Bible s'était servie des mêmes termes pour anathématiser l'Antéchrist. « Iln'ya point d'exception, même pour les autorités civiles idolâtres et laïques, pas même pour l'Empereur et l'héritier d'Autriche » (dont Lang était le sujet). « Tous les papistes, il est vrai, ne commettent pas tous lescrimesqui leur sont attribués, mais ils forment cependant tous ensemble une seule Église, une morne société; ils sont membres d'un même corps, dont le chef est le Pape, l'Antéchrist. Or ce que pense la tête, les membres y consentent. » a Du moment que les princes, les comtes, les seigneurs, les gentilshommes, les évêques, les prélats, les bourgeois, les paysans, les lansquenets papistes apportent leur adhésion

' Von der Seligkeit, B» 12, 179-181.

454 JUGEMENTS l'ROTESTANT.S SLR (' L AVKRTISSKMENT UTILE POUR LK SALUT ».

et leur assistance au Pape et à sa bande perverse, du moment qu'avec lui ils persécutent les vraischréliens, ils sonttous homicides, tou.'renfants du diable; ils ont tous appris de leur père Satan à joindre le mensonge diabolique à l'assassinat diabolique, tous sont des Antéchrist; leur père, le démon, est menteur et homicide depuis le commencement, et ils sont faits à son image, ils sont de la même essence que lui; avec lui, comme lui, ils feront la conquête du royaume de l'enfer, qu'ils posséderont à jamais. »

Pour justifier la violence de son zèle. Lang citait l'exemple des prophètes, des Apôtres, du Sauveur lui-même; les Apôtres avaient « très souvent tiré fortement les oreilles aux rois idolâtres ». Serviteur du Christ, Lang s'était cru obligé de marcher sur les traces de son Maître « pendant cette dernière phase du monde, qui semblait en être comme la lie ». Les fidèles amis du Christ ne devaient point se ralentir, rien ne devait les empêcher de prêcher la vérité aux hommes, quand bien même l'autorité idolâtre prendrait sérieusement parti pour les serviteurs du démon, et, comme eux, voudraient mourir dans l'impénitence finale i. Dès qu"une autorité ordonnait à ses sujets d'enseigner ce qu'enseigne le papisme ou de recevoir les sacrements selon le rite papiste, l'ordre donné était un blasphème : « Car Dieu a dit : Vous ne vovs tournerez pas vers les idoles, et vous ne tremblerez devant aucune puissance, s'agit-il d'un empereur, d'un roi, d'un prince, d'un évêque; vous ne les adorerez pas, c'est-à-dire tous n obéirez pas à leurs lois impies. » « Si, en pareil cas, les sujets ne se révoltent pas contre l'autorité, mais lui rendentune obéissance antichrétienne, ils deviennent des rebelles dans le royaume deDicu. Le Seigneuries laissera un moment s'insurger contre son Christ, mais un jour il se souviendra de sa parole, il renversera les puissants de leurs sièges, et ils seront précipités^. » Lang faisait appel aux pouvoirs laïques; il les pressait « d'agir, de s'unir, pour ravir au Pape et aux siens (c'est-à-dire aux princes d'Empire ecclésiastiques) leurs dignités et leur autorité, d'abolir les autels de Baal, et de châtier dans leurs corps et dans leur vie les papistes endurcis^. »

Ce livre fut approuvé officiellement par les membres d'Empire protestants, ce qui prouve bien qu'un langage si violent n'avait pour eux rien de nouveau ni de choquant.

Aussitôt que l'Empereur eut connaissance d'un écrit« si injurieux pour tous les Catholiques », il écrivit au Conseil de Francfort une

1 Von (ter Sel'ujlxeit, B« Ch. »-b, pp. 32-37, 182-183. "■ Pp. 23'J, 298.

SENTENilE PRONONCÉE CONTRE « l'aVERTISSIîMKNT UTILE POUR LE Ï-ALUT ». 455

lettre de reproches (12 septembre 1577).L'imprimeurNico1as Basse, disait-il, avait publié l'ouvrage en taisant le nom de l'auteur, mais le livre avait été annoncé et mis en vente. Comme ii était rempli de paroles empoisonnées, et même séditieuses, comme il attentait à l'honneur des Catholiques, outrageait les autorités ecclésiastiques et laïques, les Électeurs et les membres d'Empire, et que par conséquent l'auteur et l'imprimeur avaient désobéi aux lois, à la constitution, aux recez d'Empire, il ordonnait au Conseil de faire immédiatement arrêter et de mettre sous séquestre l'édition tout entière '. En conséquence. Basse fut arrêté et jeté en prison (17 novembre 1577).

Mais il trouva aide et protection auprès du landgrave Guillaume de Hesse. Le 10 décembre, celui-ci écrivait au Conseil qu'il avait parcouru l'ouvrage, qu'il l'avait donné à lire à plusieurs personnes, et qu'on n'y avait absolument rien trouvé d'injurieux pour l'Empereur, pour les Électeurs ou les princes. Si l'auteur attaquait les erreurs indéniables du papisme, s'il regardait le Pape comme l'Antéchrist, il eût été injuste de le lui imputer à crime, caril était loind'ctrcle premier à tenir ce langage; les membres d'Empire de la Confession d'Augsbourg et un grand nombre de théologiens, depuis le commencement de la rél'ormation, n'avaient jamais parlé autrement; des écrits tout semblables avaient été vendus et propagés pendant les Diètes mêmes. Ce qu'avait écrit Lang était tellement fondé sur la [)jrole de Dieuqu'il était impossible d'y rien opposer de solide. Aussi les Jésuites, comprenant qu'il était impossible de le réfuter, avaientils cherché à exciter la colère de l'Empereur à son sujet. Le Conseil devait intercéderpour Lang, et s'employer pour lui près de l'Empereur 2.

<( L'Avertissement sur le salut, que Lang, le prédicant évangélique, le messager du Seigneur, vient de donner au peuple allemand, et avec lequel il a si bien graissé le museau des papistes, » écrivait un magistrat de la Chambre Impériale le 7 décembre 1577 à l'un de ses amis, « doit être loué et tenu en grande estime, bien loin d'être l'objet de blâmes et de punitions. » « Il ne faut pas hésitera remettre en liberté l'imprimeur Basse, sans égard pour l'ordre impérial, si l'on ne veut que l'Empire tout entier ne nous accuse de faire notre cour à l'Antéchrist et à toute sa clique jésuitique 3. »

Le 30 janvier 1578, Basse sollicita lui-même l'indulgence duCon-

• ^Archives de Francfort, Kaiserschreibeii, t. XVI, p. 119. - * Kaiser schreiben, t. XVI, p. 122.

ä* Lettre du docteur Joseph Engelmann, de Spire, à Gotthclf Heinrichs, juriste.

Page 1