‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 218 sur 573 · OUTRAGKS A LA PAPAUTE ET AUX CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

OUTRAGKS A LA PAPAUTE ET AUX CATHOLIQUES

SO soucie ni de l'une ni de l'autre religion ? Cependant il est excusable pour doux raisons : la première, c'est (ju'il se dit sans doute que le bûcher, l'épée et la corde servent beaucoup plus à l'extirpation des hérésies (|ue des prières, et sont bien autrement el'ticaces; la seconde, c'est (juevidemment il est averti par la parole de Dieu (pj'il est lui-même le plus grand hérétique de la terre. » « Le Pape promet dix jours d'indulgence à toute religieuse qui récitera un pater et un ave pour les conseillers et les habitants d'Augsbourg, pour la prospérité, la paix et la concorde des citoyens : Observez bien l'intention de ce Pape : à celui qui prie pour l'extirpation des hérésies, il accorde cinquante jours dindulgence; mais à celui qui prie pour la prospérité des citoyens, il n'en accorde que dix, ce qui prouve que notre ruine lui est cinq fois plus chère que la prospérité, la paix et la concorde publiques. » Ainsi calculant et mesurant, Holder conclut enfin que le Pape chérit dix lois plus la nouvelle congrégation d'Augsbourg que les dignes conseillers et toute la bourgeoisie de la ville. A l'entendre, le pape fait si peu de cas du pouvoir civil qu'on a de bonnes raisons decroire qu'il va prochainement se joindre aux anabaptistes. « Pour ma part, » dit-il, ic je suis très disposée le croire. » — Le Pape n'accordait que cinquante jours d'indulgence à ceux qui prieraient pour les femmes enceintes : envoyait parla la preuve du peu d'estime qu'avaient ses pareils et lui pour le saint état du mariage et pour la bénédiction qui en est la suite; il n'était point question d'indulgences pour les filles enceintes. » Enfin, lorsque le Pape accordait une généreuse indulgence à ceux qui prononçaient dévotement le nom de Jésus, il fallait bien se garder de prendre au sérieux cette dévotion hypocrite. Elle n'était que mensonge et duperie *.

« i^es Catholiques tiennent pour article de foi, » assurait la 'même année Jacques Heerbrand, « que le Pape de Rome a le pouvoir de pardonner les plus exécrables forfaits parles indulgences; ils ne comprennent pas qu'elles ne sont pour lui qu'un trafic, par lequel il repait sa cupidité. Les papistes sont tous en la puissance du diable^. » Dans un cantique pour la mi-carôme, composé par le même auteur pour les enfants, on lit :

Nous chasserons le Pape

De l'Eglise et de la jnaison de Dieu.

1 Bericlit, welchennas.ten Papst Sixt, der fan ff te dieses Namens, die nerve Auffshurffische Bruderschafft des h. Bergs Andeœ, mit Gnad und Ablass bedacht, auch was von solchem Ablasskrom zu Jialten (Tubiaçue. 1388), pp. 8, Ifi, 3.*)-.39, 41-42, 48-51, 70-74. Les Jésuites sont aussi bien traites ijue le Pape par l'auteur.

2 Heerbrand, Propff'ung, etc., pp. 3, 7, 9, 14. Anskiopffunfj, etc., pp. 11-12.

OUTRAGES A LA PaPALTE ET AUX CATHOLIQUES. 497

Son règne sanguinaire est passé,

II a égaré un nombre infini d'âmes .

Arrière, maudit !

Tu es en abomination à Dieu!

Tu es l'Antéchrist menteur et pervers!

Ta lettre d'indulgences et ta bulle,

Nous les mettrons au cabinet ^ !

Un autre « ami de la vérité divine et de la vérité lulliérieiiiio » écrivait ces rimes ignobles en 1615 ;

L'écurie d'Augias a moins de fumier

Qu'il n'y en a dans le trou fangeux du Pape.

Comme cette puanteur ne s'évapore pas

Et reste toujours dans le cabinet secret,

Le Pape a publié force édils

Ordonnant à ses serviteurs de ne pas se trouver mal.

C'est pour celte raison

Qu'il se sert d'encens tous les jours ;

11 est vrai que cet encens est pour les idoles,

^îais les idoles ont des nez, et ne sentent pas.

Aussi l'encens est-il plutôt destiné au serviteur d'idoles,

Bien que le soufre et la poix leur convinssent beaucoup mieux !

« Le Pape fait périr les rois qui refusent do lui obéir au moyen de petites soupes d'Espagne, de couteaux eflilés et de poudres mystérieuses ; il s'entend à cette science mieux que tous les tyrans de Sicile. En un mot, le Pape est le vampire le plus féroce qui ait jamais existé ; comme lui, tous les papistes sont altérés de sang. )>

Du côté catholique, on ne se faisait pas faute de répondre à tant d'outrages, et le besoin de payer les adversaires de la même monnaie grandissait chaque année. « En nous accablanlde pareilles injures, » écrivait un catholique en 1558, k ou nous oblige à traiter de même les prédicants et les scribes hérétiques, et nous voulons les peindre à tout le peuple tels qu'ils sont, c'est-à-dire menteurs, loups féroces, chats hypocrites. » « Après la mort du chat, )^ dit l'auteur du Chat hérétique, a rien ne reste de lui qui puisse être utile à son maître. C'est ainsi que l'hérétique, non seulement dans la vie, mais surtout au moment de sa mort, n'est bon à rien, sinon a demeurer éternellement dans l'enfer, où lui et ses pareils sont précipités, comme le chat mort dans l'égout». ic Manger la chair du chat est trös

1 Ein christlich Kinderlied, damit die Kinder za Mittfasten den Papst austreiben D. ^I. L. (Luther^. Voy. Da\td Mauoi, Omnium sanctorum juOilaeus euangelicas (iül7), p. 109.

408 CONTRE LES PREDICANTS.

dangereux, caries chais ont du poison dans la queue, dans la lêle, et sans doute dans tout le corps. Ainsi, dans tous nos rapports avec les hérétiques, il faut toujours nous délier du poison caché qu'ils portent partout avec eux*. »

« Les hérétiques viennent à nous couverts de peaux de brebis, » écrivait Eti;idius Albertinus, secrétaire intime à la cour de Bavière, « mais au-dedans, ce sont des loups dévorants ». « ils invoquent la liberté évangéliquc et, chassent la vertu du monde ; ils ouvrent la porte à tous les désordres, lâchent la bride à tous les vices. Ils exagèrent à tel point le dogme du péché originel, l'inclination au mal de notre nature corrompue, qu'ils nient absolument le libre arbitre, attaquent les droits de la nature, et pr'Hendent que les bonnes œuvres sont inutiles au salut. Ils établissent dans le monde une nouvelle etcomplète confusion. Ils viennent à nous cou verts de peaux de brebis; ils annoncent qu'ils sont envoyés de Dieu pour supprimer les abus qui se sont glissés dans l'Eglise; mais ils ne font autre chose que briser les autels, égorger les prêtres, profaner les choses saintes, abolir les sacrifices et les prières pour les morts, et tourner en dérision le purgatoire. Ils méprisent l'unité établie par les Pères de J'Eglise, ils rejettent l'autorité des évêques et des supérieurs ecclésiastiques ; leur occupation la plus chère et la plus habituelle est d'insulter les prédicateurs catholiques, les prélats, les religieux; ils prennent à tâche de les rendre méprisables, de propager contre eux des pamphlets et des calomnies atroces, afin de faire exécrer notre foi. Bien qu'ils aient sans cesse à la bouche les mots de Dieu, de Jésus-Christ, de foi, ils ne produisent et ne provoquent que la révolte des sujets, le trouble dans les états, la méfiance et le soupçon parmi les membres d'Empire, la désobéissance des sujets envers les autorités établies, le sac des églises, des évêchés et des couvents ^ ».

Dans les livres de dévotion destinés au peuple, « l'idolâtrie papiste était traitée comme elle le méritait, et peinte sous ses vraies couleurs». Dans la préface d'un livre de prières composé en 1603 par le théologien Egidius ilunnius, Martin Spiess loue celui-ci d'avoir enfin démasciué le papisme. « Tout le monde, » dit-il, « connaît maintenant le hideux visage de l'Antéchrist. » Hunnius, selon

' J. Heerbrand, Kefcer-Kafcen, p. H, voy. la préface.

- Lucifers Königareich, pp. 61-63. Janssen analyse ici une satire inlitulée le Fromage cvangélit/iie, dont les rimes burlesques sont vraiment intraduisibles, et nous ont paru deslituces de tout intérêt pour le lecteur français. Nous avons donc cru pouvoir supjirimcr ce passage.

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