DOCTRINE PRETENDUE DES CATHOLIQUES SUR LE MARIAGE
mites infâmes, de sorciers; on répète que le soleil n'a jamais éclairé de plus vils misérables. Point de crime qu'on ne leur impute; tous les couvents sont pour les scribesetles prédicants des repaires d'impudicité; les moines et les religieuses sont les porcs engraissés etles truies du diable ; les prêtres, des impudiques, des idoles huilées; tous les catholiques, des niais, d'-s fous, des idolâtres, des adorateurs d'ossements desséchés, et l'on répète au peuple qu'il faut les chasser comme les turcs et les juifs. On excite contre nous les autorités en répétant que les docteurs catholiques ne reconnaissent point les pouvoirs civils, que les Papes ont foulé aux pieds ou enchaîné sous leur table les empereurs et les rois. On persuade à la noblesse qu'elle s'est appauvrie par l'unique faute des Papes et des papistes, qui ont accaparé et dévoré tout son bien. On exaspère les pauvres gens en leur répétant que les papistes se sont engraissés pendant des siècles de leurs sueurs et de leur sang. C'est ainsi que sans relâche on attise la haine, on jette l'huile sur le feu, on répand sans scrupule la calomnie et le mensonge. » « Et de peur que je ne l'oublie, peut-on dire contre l'Eglise romaine un mensonge plus hardi, plus exécrable que celui que les scribes et les prédicants ressassent tous les jours sur la prétendue doctrine du ra;iriage? Est-il vrai que l'Eglise enseigne que le mariage n'est pas agréable à Dieu, qu'elle le regarde comme criminel et impur? Comment redire toutes les ignobles expressions dont ils se servent ? Leur dessein est d'exciter les gens mariés contre Üome, et je ne sais comment on pourrait faire pour inventer un mensonge plus capable, en etfet, d'exciter l'indignation générale. De tels procédés sont habituels aux prédicants; ils vivent de calomnies, et l'on pourrait remplir de gros livres avec leurs mensonges, car ils regardent le mensonge comme essentiel à leur ministre *. »
Un certain nombre de prédicants regardaient en effet comme le plus sacré de leur devoir «. d'avertir sans cesse le peuple allemand de la manière honteuse et barbare dont l'Antéchrist, et toute l'Eglise papiste avec lui, traitaient, en théorie comme dans la pratique, la sainte institution du mariage -. » « Rome, » répétaient-ils, « enseigne que le mariage a été institué par le diable, et non par Dieu. » — f Le Pape insulte à toutes les conditions, » prêchait Georges Miller en lo9o aux habitants et aux étudiants de léna, «il va tellement loin au sujet du mariage qu'il a été jusque l'appeler un état charnel, impie et impur. Voici ses propres paroles : « Celui qui embrasse l'état du mariage ne peut être agréable à Dieu ». Que peuton dire aux chers et pieux couples chrétiens de plus offensant, de
1 Von newen calvinischen^,Giflspinnei)i,\pYt. 19-20. * Mengerinrj, p. 12.
riil4 EXIIÜHTATIÜNS A RÜ.MI'Hi: TOUT COMMERCE AVEC LES CATHOLIQUES.
plus humiliant? Commont leur faire une plus cruelle injure ^?» On lit dans la Sainte cor/jcil/e à pnin des saintes reliques romaines, ou recueil des nncilps des sain/s, livre publié par Jean Fischart : «■ Le papisme blasphème le mariage et le condamne comme un état charnel, dans lequel un chrétien ne peut vivre en bonne conscience, ni parvenir au salut. » « Ceux qui appartiennent à une telle religion ne sont pas dignes d'avoir eu d'honnêtes parents, ni de vivre sous une autorité chrétienne; une telle doctrine vient directement de l'Antéchrist, qui ne respecte ni la femme, ni Dieu-. » .Térémie Victor, pasteur à Gicsen, écrivait en do87 ; « Chez les papistes, la fornication, les péchés les plus honteux, les plus ignobles, l'impudicité et la prostitution, ne sont pas regardés comme des fautes, même si l'on pèche dix fois de suite contre le sixième commandement. En revanche, chacun sait qu'ils regardent le mariage, même pour les laïques, comme un état criminel » 3. « Les docteurs papistes, » affirmait deux ans plus tard Jacques Heerbrand, « appellent le mariage un état charnel. 0 Sodome! toi dont les péchés ont appelé la foudre du ciel, ces gens là te glorifient'^ » Le prédicant Mathias Hoe écrivait dans le Petii manuel évangélique, livre spécialement destiné au peuple : « Les papistes condamnent le mariage. Le Pape le méprise, et le regarde comme un état charnel, dans lequel il est impossible de plaire à Dieu s. » Le doyen luthérien, Pierre Dotschmann, assurait, lui aussi, que la doctrine catholique regarde le mariage comme un état impur et charnel, dans lequel il est impossible de plaire à Dieu et de le servir en bonne conscience ^ ». Un prédicant de Dortmund Hermann Empsychovius, lequel, au dired'un panégyriste, n'était occupé « qu'à détruire de fond en comble, avec une vigueur digne d'Achille ou d'Hercule, le donjon de l'Eglise de Rome, » enseignait que, selon la doctrine catholique, le mariage est un obstacle à la piété, que c'est un état tout charnel, et qu'il ne saurait jjlaire au Seigneur ''. — Un autre allait encore plus loin : « Non seulement le Pape autorise des unions inlàmes, mais il entretient des courtisanes pour son propre compte. » « Commettre la
1 Georges Mylius, Bapxt predigten, pp. 30S-00fî.
' Fischart, en 1580, réédita sous le titre que je viens de donner l'ancienne traduction du Traité des reliques de Calvin, par Jacques Eyseiiberg. Le passage ci-dessus se trouve dans l'édition de 1601. Préface, F. B. 8^.
' Gründlicher, wiederholter Bericht, f. 47", 55b. Voy. aussi E. Lauterbacii, Vier Jubel predigten, f. D. 2b.
* Ketcer-Katcen, pp. 118-119.
^ Evangelisches Handimchlein (1607), où Von trouvera beaucoup d'autres principes immoraux attribués aux Papes. F. 9b 18 n-b 27l, 29S, 30:2.
^ Die Lehr der Papisten, Calvinisten, etc. (lölT) p. 34.
' Apologia orthodoxae doctrinae contra Pontificios (Giessae, 1612), f. 88i> 189.
EXHORTATIONS A ROMPRR TOUT COMMERCE AVEC LES CATHOLIQUES. 50i
fornication et mépriser le mariage passe chez les papistes pour une conduite agréable à Dieu^ » Les théologiens du Wurtemberg, Jacques Andreii, Jacques Heerbraud, Jean Magirus, d'autres encore, répétaient les mêmes choses daus leurs prêches et dans leurs écrits '^. Jean de Munster les dépassait tous, et prétendait que, chez les Catholiques, se marier et vivre maritalement était un plus grand péché que la fornication. « Les vices, les péchés honteux sont, aux yeux des papistes, glorieux et honorables. C'est l'enseignement du cardinal Bellarmin, jésuite 3. »
a Par conséquent,» s'écriait en chaire un « serviteur de la parole divine ■» après avoir énuméré « toutes les doctrines perverses et tous les forfaits des papistes », <t il est évident pour tous que ces misérables sont, aux yeux du monde entier, des blasphémateurs sans pudeur, des assassins, des scélérats, une bande d'impudiques, et la valetaille du diable! Tout pieux chrétien doit bien se persuader qu'il ne doit avoir, en quoi que ce soit, confiance en eux, qu'il faut les fuir et les éviter comme le diable en personne ^. »
Toute relation entre Catholiques et Protestants devait être rompue.
(c J'accorde volontiers, » écrivait en lßl7 « un catholiqui^ pacifique, partisan de rapports quotidiens et cordiaux entre chrétiens de religions difiérentes, «qu'après avoir été insultés depuisquatre-vingts ans et plus en d'innombrables pamphlets, nous en avons assez, et que notre plume, exaspérée a laissé couler du fiel; nous avons lini par vouloir répondre à ces scribes, à ces libellisles sans pudeur qui ont sans cesse la divine parole à la bouche, et cependant, au lieu de nous tenir des discours chrétiens et pacitiques et de nous traiter avec douceur, nous injurient, nous accablent d'outrages! mais lequel des nôtres a jamais tracé du peuple luthérien un portrait comparable à celui qu'on fait de nous? Lequel l'a insulté aussi grossièrement ? Lequel a excité contre lui les Catholiques, comme les prédicants et les scribes l'ont fait avec tant de haine à notre sujet? Chez eux.il grêle, il neige des calomnies furieuses et des injures ignobles! le peuple papiste a perdu le sens, il adore les images et les pierres; il a commerce avec le démon; il rend au diable romain, à l'Antéchrist, des honneurs divins; il faut fuir les papistes, c'est une race corrompue; on ne peut se fier à eux sous aucun rapport ; ils égorge-
' EcHART, Papa pharisaicans (1605), pp. ISO-l'il.
ä ... « Synaffoga roinana... probai libidiiies vagas in praecipuis membris... » Acta et scripta Theol. Wirttembergensiuin et Patriarchae Constantinop . V . 3a.
•* Max. Philos, Bäp.ttiscfier Triumph (ed. de 16ü7), pp. 9, iÜ, 49, b7 : voy. la table à la tin de ce volume.
* Mengering. p. 14.