‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 258 sur 573 · PAMPHLET CONTRE LE JESUITE BELLAEMIX · texte numérisé non relu

PAMPHLET CONTRE LE JESUITE BELLAEMIX

un adultère, un sodomite, adonné à la plus l)estiale impudicité, comme nous l'avons appris par des rapports certains; il en est de même de son frère en Satan, Bellarmin, qui a été, dans son temps, un tel monstre qu'il ne s'en rencontre point de semblable dans toute l'histoire païenne *. »

Bellarmin, le plus grand controversiste catholique du siècle, laissait bien loin derrière lui, comme science, tous les théologiens protestants de son temps. Aussi était-il l'objet d'une haine passionnée, et fut-il encore plus maltraité que Gretser 2. En 1614, on fit paraître contre lui une Nouvelle et très véridique histoire dont un contemporain disait : « Dans cet écrit, la calomnie va jusqu'à un excès tellement mfernal que tout esprit honnête doit en être honteux et scandalisé. » « On y voit en raccourci, pour ne pas répéter tant de calomnies, tout ce que la haine a jamais pu vomir de plus atroce contre la société de Jésus, dont le savant Bellarmin a été l'un des membres les plus éminents. Mensonges, calomnie impudente, voilà, dans notre temps malheureux, les armes le plus fréquemment employées contre des adversaires que leur savoir, leur foi, la sainteté de leur vie devaient mettre à l'abri de pareils d'outrages. 3 ))

« Le cardinal Bellarmin, le conseiller le plus écouté du Pape, surtout dans les questions intéressant la foi et la religion, » lit-on dans une des ^vèiew A\ie& Histoires très véritables, « a étalé toute sa vie un luxe de prince. Épicurien dans les plaisirs de la table, sodomite dans sa vie privée, il avait ordinairement sur son lit quatre gentils pages, dont il faisait sa volonté. On les lui amenait parés des bijoux les plus précieux. Il a eu commerce avec 1642 femmes environ; il a mené avec elles une vie infâme. Il a vécu avec 563 femmes mariées; il a violé la sainte loi du mariage 2236 fois. De plus, il a déshonoré 18 femmes de comtes et de seigneurs welches, 13 personnes d'une haute naissance, qu'il avait trouvées vierges, etqui ont dû se pliera sa volonté, grâce à la magie, science dans laquelle il était très versé. Celles qu'il n'a pas trouvées vierges, il les a fait mettre à mort en secret par le poison et l'épée, ou bien il les a fait jeter la nuit dans le Tibre, etc. »

Tout cela était « clairement prouvé par le petit livre de confession de Bellarmin, » que son secrétaire, Jean de Mongardo, avait « publié ».

1 Mengering, 14.

- Voy. la liste des nombreux pamphlets contre Bellarmin dans Gretser, 0pp. 8. f. G. 3 et suiv. et 9, f. G. 4 et suiv.

^ Voy. plus haut p. oGd, note 4. **. Voy. aussi Krebs, Publicislik, p. 7G,

r,TO PAMPHLET CONTRE \S. CARDINAL RRLLARMIN.

Après avoir mené une vie pauvre et vraiment apostolique, Bellarmin, modèle achevé de toutes les vertus, était mort en lG:2ö. Mais fHistoire très vc7'iia//h, publiée en 1614, assurait « qu'il avait fait une fin lamentable et désespérée ; qu'en sa dernière nuit il avait crié et hurlé comme un lion rugissant, et que, voyant son heure approcher, il avait prédit qu'il serait emporté par un bouc de feu et placé dans l'enfer plus haut que tous les Papes, lesévêques, les moines, les religieuses et les prêtres. Par conséquent, il était à jamais damné, pour avoir, dans son délire, blasphémé Dieu et son fils Jésus-Christ : « Ces malheureux meurent comme ils ont vécu, et aujourd'hui encore, cet opprobre de tous les Jésuiles, ce Bellarmin, est aperçu en plein jour monté sur un cheval de feu qui déploie de larges ailes. Souvent il apparaît dans les airs; il pousse des cris et des gémissements épouvantables qui sont entendus jusque dans son palais; le Pape, au château Saint-Ange ou sur le pont du Tibre, éprouve, en l'apercevant, en entendant ses cris déchirants, une angoisse indicible. Aussi, dans toutes les églises et couvents, fait-il dire un grand nombre de messes pour Bellarmin, mais inutilement, car le damné recommence toujours à lui apparaître. Plusieurs ont été tellement épouvantés à son aspect qu'ils en sont morts de saisissement. »

« N'est-ce pas une pitié, »s'écriait un médecin protestant d'Amberg, lequel, autrefois, sous le nom d' Angélus Politianus, avait combattu Bellarmin, « qu'on donne l'imprimalur à de pareilles inepties^? »

Le pamphlet portait la date de 1614 et le nom du libraire de Bâle, Jean König. Celui-ci protesta : « En premier lieu, » dit-il, « je n'ai point d'imprimerie; non seulement mon honneur, mais celui delà digne ville de Bâle, sont outragés d "une façon scandaleuse et inqualifiable par l'éditeur véritable de ce libelle -. » Néanmoins la seconde édition du pamphlet^ publiée en IGlo, porte encore ces mots : Imprimé pour la première fois à Bâle chez Louis Könige.

1 Gretseri 0pp. XI, p. 218.

2 Gretseri 0pp. XI, p. 918.

3 Eljrentcränzlein der Jesuiten ; das ist eine wahrhciftige newe Zeitung oder historischer Bericht, inie der Jesuit Robertus Bellarminus, gewesener Cardinal ru Rom. unseliger Gedächtniss, in seinem engelkeuschen Leben mehr nicht denn sechrehnhundertviercigundzico Weibspersonen beschlnfen, dieselben hernacher mehrentheils sanunt deu Kindern durch Schwerl,Gift, Feuer und Wasser jämmerlich und heimlicher Weise verderbt und umgebracht, etc. Le jésuite Conrad Vetter écrivait en 1616 : Le libelle sur Bellarmin a été imprimé à Lauingen. Le libraire évangélique qui a vendu et imprimé ces fables infâmes a reçu la récompense qu'il méritait : il a été exilé. » Gretser, Umstürzung des ketzerischen Schlafk'immerlein, trad. allemande de Vetter. (Ingolstadt. 1616), pp. 104-lOt'. Vetterdésigne clairement le théologien Jacques Heilbn'inner ou l'un de ses scribes comme auteur du pamphlet. Gretser dans sa réplique : Libelli famosi, quo vix post ho-

CK QUIL FALLAIT CONCLURE DE LA VIE PRIVEE DES JESUITES. .f;71

L'auteur de «la très véridique histoire » ne s'en prend pas seulement au savant cardinal. « Si Bcllarmin est le tronc de l'arbre jésuitique, » écrit-il, « que seront les branches? C'est ce que nous révèle l'expérience quotidienne, et ceux-là le savent qui habitent les cités où ces misérables sont tolérés et établis. Les honnêtes gens ont bien à souffrir dans leurs femmes et dans leurs filles; mais si j'ai un conseil à leur donner, c'est de se tairo, et d'endurer leurs maux en patience. »

« L'exemple effroyable de Bellarmin devrait inspirer une juste horreur à tous les Jésuites, les décider à renoncer à leur sainteté hypocrite, à ne plus résister opiniâtrement à la divine Majesté. Mais on ne saurait espérer leur conversion; ce sont les enfants du démon, c'est pourquoi ils l'honorent, et lui les honore à son tour dans leurs dernières souffrances, ainsi qu'on l'a rapporté. »

Triples coquins, assassins, impudiques.

Voilà ce qui se cache dans la peau des Jéstiites.

Un contemporain a appelé le siècle de la révolution politique et religieuse du seizième siècle a l'époque la plus féconde eu mensonges et en calomnies ^ ».

En accusant les Jésuites de tant de crimes, en les déshonorant aux yeux du monde entier, en ruinant leur apostolat, on avait en vue un objet particulier.

« Si les Jésuites, comme cela est prouvé et notoire, » dit une feuille volante datée de 1612, « sont les pires coquins, les plus abominables scélérats que le soleil ait jamais éclairés, si malgré leur apparence pharisaïquo de piété, de mortification, d'humilité, ils dépassent leur père Satan dans leurs vices monstrueux et bestiaux, qui donc serait assez malheureux, assez aveugle pour ne pas croire et tenir pour vrai ce qui a été clairement exposé à tous les yeux dans tant de livres et de mémoires nouveaux etauthentiques? Oui, les Jésuites poursuivent toute espèce de buts politiques; ils fomentent la révolte; ce sont des traîtres sanguinaires et séditieux, des brandons de discorde, des incendiaires, des régicides, des assas-

miniim memoriam impudeniior prodiit ndversiix ilhistrissinnim Card. Rob. Bellarminnm, cnatigatio (Opera II, pp. 907-923) prétend voir dans ce récit un habile remaniement du récit mensonger sur la mort de Luther composé et répandu par des Luthériens eux-mêmes, imprimé dans le huitième volume des œuvres de Luther avec un texte italien, mais qui vraisemblablement venait du légat du Pape à la Cour de France (II, p. 920). Lorsque Bellarmin eut connaissance du pamphlet, il fit dresser à Rome un acte par devant notaire pour certifier qu'il vivait encore. (II, p. 913)** Voy. Krebs, [Publicistik, p. 202).

* K. L. Eyntziger, Zivei Predigten von den Sünden wider den heiligen Geixt. (1618), p. 3.

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