CALOMNIES CONTRE LES JESUITES
C'est ainsi, par exemple, qu'en I60i le prédicant d'Augsbourg, Barthélémy Rulicli, dans sa Nouvelle gazelle jésuitique, SiUirmsiit que les Jésuites de Munich avaient assassiné plusieurs jeunes fdles dans leur église; que, pour punir ce forfait, le conseil en avait fait torturer cinq avec des pinces brûlantes, et qu'on avait taillé des lanières dans leur chair. Le conseil do Munich essaya de détruire celte calomnie en proclamant Tinnocence des Pères, v Ce qui est vrai, » porte leur déclaration, « ce dont conviennent tous ceux qui ont habité quelque temps notre ville, nous et beaucoup de nos dignes bourgeois et de personnes de religion et de nationalité difiérentes, c'est que les Pères delà Compagnie de Jésus mènent une vie irréprochable, pieuse et chaste, et qu'ils nous édifient par une conduite toute sacerdotale ; c'est qu'ils sont zélés pour tout ce qui regarde le culte divin; qu'ils prêchent, entendent les confessions, enseignent les enfants, élèvent et instruisent la jeunesse et lui font le plus grand bien, et cela tous les joursde leur vie; qu'ils sont assidus au chevet des malades et des mourants, et, nuit et jour, les assistent fidèlement et paternellement i. »
A Dresde, en 1G02, un pamphlet rempli de scandaleux mensonges assurait « que plusieurs Pères de la Compagnie de Jésus avaient rempli l'office de bourreaux; qu'ils avaient fait appliquer la torture à un prédicant prisonnier; que le Père Scherer languissait depuis longtemps dans un cachot en punition de certains crimes. » Plusieurs conseillers de Graz crurent de leur devoir de démentir ces calomnies abominables. Ils donnèrent les plus grands éloges à la conduite et aux bonnes œuvres des Jésuites. « Une longue expérience, » dirent-ils, « nuus a permis de les connaître à fond, et nous affirmons sur l'honneur que les Pères méritent toute estime, particulièrement le P. Schérer, qui jour et nuit prodigue aux mourants et aux prisonniers les offices de sa charité 2. »
Avec la même loyauté, les conseillers et bourgeois de Fribourg repoussèrent, le 18 août 1G16, les calomnies répandues contre les Jésuites. On avait fait courir le bruit qu'ils avaient déshonoré et assassiné un grand nombre de jeunes filles et, pour cette raison, avaient été expulsés de la ville. « Les dignes Pères, » écrivent les conseillers, « bien loin de causer du scandale, édifient le peuple par leur doc-
de ces fables 1res répandues. Voy. Adam Walasser, Christliche Vermahnung l'on dein grossen Lnsfer der Nadireder und Verleumder (üilling-cn, iolO) f. c. 2 b.
1 Déclaration du 12 juinl61C, portant le sceau de la ville de Munich.
2 Voy. Greiser, t. IX, p. 838.
UNE « HISTOlIil:: DE L ORDRE DES JESUITES )). oßi
trine et leur exemple; aussi nous sont-ils extrêmement agréables et précieux i. »
Deux ans après, lorsqu'à Constance on répandit sur les Jésuites toutes sortes de bruits infamants, le gouverneur, le bourgmestre elle conseil publièrent la déclaration suivante : « Nous pouvons et voulons attester ici que, parmi les Pères de la Compagnie de Jésus, nous n'avons jamais observé qu'uneconduito sacerdotale exemplaire et sans tache, et qu'ils ont toujours montré un grand respect pour l'autorité civile. Envers leur prochain, ils sont prodigues de bienfaits; ils n'ontd'autre préoccupation que lecultezéléde Dieu, laprédication, la visite des malades et des pauvres, l'avantage et le profit de tous-.»
« Nous avons sous les yeux, » écrivait deMayenceen lOlo le docteur Christian Gudermann, «. plus de cent brochures, pamphlets, caricatures, vers burlesques, en grande partie d'un genre très indécent, où les Pères de la Compagnie de Jésus sont accusés d'actions honteuses et de forfaits exécrables. Si notre tempsa vu se multiplier l'adultère, le crime sodomite, les péchés les plus infâmes, le meurtre, l'empoisonnement, les faux miracles, en un mot tous les crimes imaginables, les Jésuites en sont seuls responsables. Ces mensonges, ces calomnies odieuses ont été répandus en tous lieux, au grand déshonneur des nobles arts de l'imprimerie, de la peinture, de la gravure et de la poésie qui servent à les répandre, et tout cela dans le seul but d'exciter les pritices, les seigneurs et le commun peuple et de les décider à une persécution violente coutre les Jésuites, dans l'espoir (que Dieu confonde!) de soulever contre eux les plus puissants princes du Saint-Empire. On poursuit le même but par des ouvrages qu'où intitule : Histoire des Jésuites, ouvrages (|ui ne contiennent que calomnies et basses insultes, et (ju'on propage dans le monde entier pour le remplir d'indignation et de haine ^.
Au premier rang des livres de ce genre, il faut nommer t'/Jistoire de l'ordre des Jésuites, publié en 1593 par le célèbre théologien luthérien Polycarpe Leiser. Son véritable auteur, prétendait Leiser, était un certain Elle HasenmuUer, mort à Wiitemberg en 1587, et jadis novice dans la Compagnie de Jésus. L'édition latine fut plusieurs fois réimprimée, et la traduction allemande duprédicant de Drunssvick Melchior Leporinus obtint le même succès ^.
1 Déclaration du 18 août 1616, portant le sceau de la ville de Fribourij.
* Déclaration du 12 décembre 1614.
3 Von den siefjen Werken chi-isienlicher Unrinhertzi'jkeit, préface, 1G1.5.
* Je me suis servi de l'édition de 1596. Voy.la table des livres cités à la fin de ce volume : Ilisloria Jesuitici Ordinis. Sur les précédentes éditions latines et allemandes et sur Hasenmüller, voy. Stiève, Z)«e l'ulitik Bayerns, t. II, pp. 322 et suiv.— **. Voy. aussi Krebs, Pablicistik, pp. t'a et suiv., pp. 184 et suiv. Krebs
562 UNE « IIISIOIUK UE L OUUUE DES JESUITES W.
Plus d'un jésuite, au dire d'HiscnmüIler, avait fait depuis longtemps connaissance avec les instruments de torture du bourreau; l'assassinat; la trahisju, les pratiques idolâtres leur étaient l'amiliers. Beaucoup de ces misérables auraient bien désiré sortir de l'ordre; mais la chose leur était impossible, car aussitôt que leurs supérieurs leur sup[)Osaient ce dessein, ils les séparaient des autres, les mettaient à la torture, les faisaient périr par le feu ou la corde, ou bien par un poison subtil, qui les conduisait lentement au tombeau, liasennuiller disait avoir échappé par miracle « au cachot, aux chaînes pesantes forgées par Vulcain »; il avait écrit « l'histoire » de tout ce qu'il avait vu et entendu, de tout ce dont il avait été le témoin ^.
11 commence par raconter comment le « sanguinaire Ignace de Loyola )>, poussé « par son père spirituel le diable», a fondé le nouvel institut, et comment, par conséquent, les Jésuites ne peuvent nier leur origine sataniquel « C'est pour cela, )) dit-il, « qu'ils ne songent qu'à faire les œuvres de leur père. Ce sont des lils de Ruben, des Pharaoniles, des corrupteurs d'âmes, des brigands et des assassins. Leur règle et leurs constitutions ne contiennent pas une seule syllabe ayant quelque rapport avec la doctrine ou la vie de Jésus-Christ, et leur unique but, au contraire, c'est d'eflacer complètement le nom du Rédempteur et de se substituer à lui; ils déshonorent Dieu et ils honorent le diable; ils méprisent le Christ et ils adorent l'Antéchrist, c'est-à-dire le Pape de Rome. Le Pape est le Priape des Jésuites -. »
« Tout être qui se joint à eux devient bientôt pire qu'un payen, plus cruel et plus inhumain qu'une bête féroce. Les Jésuites traitent leurs parents d'une façon barbare et impie. Bien qu'ils pensent
lui-même ne peut s'empêcher de dire à propos d'Hasenmiiller : « Quant à des vues historiques uu peu suivies, il n'eu faut point chercher dans ce livre. Ou bien elles tout complètemeut défaut, ou bien elles se noicutdans un chaos d'anecdotes, d'histoires scandaleuses, de commérages; d'inbipides répétitions sont la conséquence naturelle de cette exposition désordonnée dos faits; p. 458, par exemple, nous sommes condamnés à entendre pour la troisième fois l'hibtoire de la jeune fille de Vienne dont lî,uo2 démous furent chassés, et je ne répondrais pas que la même histoire ne se retrouve encore plusieurs fois dans le cours de l'ouvrage, tout rempli d'attaques haineuses, eu partie puériles, eu partie ignobles, dirigées contre les Jésuites et la foi catholique en général, o Le Dieu de paiu pétri « est l'expression habituelle de l'auteur i)our désigner l'Eucharistie. Des grob&icrelés, des faits insoutenables sont racontes avec complaisance, et colorés à plaisir. Et néanmoins le livre obtint un grand crédit chez les Protestants ; tout ce que disait Hasenmüller était accepté par eux sans examen, comme étant la vérité pure. »
1 Pp. 277-5iy. Leiser dans sa préface (f. 2. 3) affirme qu'Haseumiiller n'a écrit que la pure vérité, cl qu'il publie ce livre « parce qu'il sent combien il importe à la Chrétienté de connaître à fond la perversité et la ruse de la secte hypocrite et insinuante ».
* Historia, pp. 1-22, pp. dlO et suiv., pp. 170, 301**. Surle livre du professeur de Heidelberg, tsimou îStein, contre saiut Ignace, voy. Kiuius, Publicislik, p. 23.
UNE « HISTOIRE UE L OllDUE DES JÉSUITES ». b6o
s'excuser en citant l'exemple du scorpion, qui tue, dit-on, ses parents, je dirais d'eux qu'ils traitent leurs pères et mères avec un férocité plus atroce. » « Au lieu de s'appeler Jésuites, ils devraient s'appeler Néroniens, puisque Néron a tant aimé sa mère qu'il lui a fait ouvrir le ventre pour contempler le lieu dans lequel il avait été dix mois enfermé ^. » « Non seulement les Jésuites se conduisent envers leurs parents comme des chiens furieux et des brutes sans raison, mais ils brûlent de mettre à mort tous les Allemands, car ce sont des assassins de profession, des menteurs sataniques, des sangliers féroces, des voleurs, des traîtres, des serpents, une race de vipères; ils sont beaucoup plus féroces que les Turcs, et bien autrement funestes à la patrie bien-airaée. » « Le Jésuite est un être abominable, altéré de sang comme le démon lui-même ; il se forme sur le modèle du soldat sanguinaire qu'il honore comme son fondateur. Ignace et Satan ne sauraient enseigner que le mensonge, ni avoir d'autre dessein que le massacre des chrétiens. » « Même l'infernal Pluton, le diable, n'aurait pas la hardiesse de tourmenter et d'attaquer lÉglise et le Fils de Dieu comme les Jésuites l'ont fait et le font tous les jours, et s'il y a quelque chose de certain, de plus que certain, c'est qu'on ne pourrait trouver un seul d'entre eux qui ne soit altéré du sang protestant. » « Tous sont les limiers du pape romain. Le Pape, qui est lui-même le grand veneur du diable et de rAntcchrisl, les envoie pour faire tomber dans toutes sortes de pièges et d'embûches les bons chrétiens évangéliques. Les Jésuites suivent les pauvres chrétiens à la piste, les enveloppent dans leurs hlcts,les trahissent, les envoient dans les cachots, les égorgent, les assomment, les dévorent. Ils fortifient et entretiennent la meute des ennemis acharnés des princes allemands. Ils excitent les appétits sanguinaires du Pape, ils ne visent qu'à ruiner l'honneur et l'autorité de tous les princes évangéliques 2. »
« Dans leur vie privée, ce sont des boucs impurs , des pourceaux répugnants, des épicuriens; ils excusent, ils commettent les crimes les plus honteux; ils louent, ils conseillent le péché muet sodomite; ils ont reçu du Pape le Pleinpouvoir de commettre impunément les plus monstrueuses impudicités '^. » « Si on les connaissait bien, on leur cracherait à la figure, et jamais on ne leur contierait l'éducation, je ne dis pas d'un hls, mais d'un porc, car en vérité les écoles des Jésuites ne sont autre chose que cette idole creuse de Moloch, dans laquelle les enfants étaient grillés et rôtis '*. »
' Hisloria, pp. lll-Ho.
' Hisloria, pp. 13, 114 et suiv., 119, 181 et suiv., 184, 263.
3 Pp. 142, Vu. 289, 309.
* Pp. 21, 303 et suiv.
364 LEU JEU.\ES IMl'IES DES JESUITES.
« Un jour que moi et plusieurs de mes compagnons nous passions dans une rue d'Augsbourg, des enfants évangéliques se mirent à crier : Jesuwidcr! Jesuicldcr^ ! où allez-vous? Peut-être au diable ! » Mes compagnons continuaient leur route comme s'ils eussent été sourds et muets : c'est qu'ils sentaient bien, au fond de leur conscience;, qu'ils méritaient ce surnom, et en vérité si les enfants se taisent, les pierres parleront 2. ))« C'est pour tous ces motifs que ces démons fanatiques, ces émissaires maudits du Pape, ces infâmes ces légions de démons ne doivent pas être tolérés plus longtemps en Allemagne^. »
« Ce quÉlie Hascnmiiller, qui a longtemps vécu cbez les Jésuites, a écrit sur leur compte, est certain et plus que certain, » écrivait Georges Heckel en 151)6; « ce que Polycarpe a publié est la vérité même, quoi qu'en puissent dire leslils de Loyola ''. »
Cependant r^is^oired/es Jésuites ne sembla pas encore suffisante pour éclairer le peuple sur l'infamie des Jésuites, et bientôt on vit paraître un second libelle allemand, intitulé : Jesuiiiciun jejuniitm ou explication très utile et toute nouvelle du jeûne impie pratiqué par les Jésuites, ouvrage autrefois écrit en latin par Elie Basenmüller, livré aujourd'hui au public pour le plus grand plaisir des Jésuites, par Polycarpe Lyserum, docteur de la Sainte-Ecriture et chapelain de sa Grâce V Electeur de Saxe, afin que toute la Chrétienté d'Allemagne comprenne les motifs quelle a de se méfier de la Compagnie, aujourdliui mis en allemand par Melchior Lèporinus, prédicant de la vérité évangélique à Brunswick.
Lèporinus, dans sa préface, commence par célébrer « le pieux Israélite Hasenmüller, suscité par la divine Providence ». « Dieu a permis», dil-il, « que nous apprissions par son moyen les crimesaudacieux que ces grenouilles du dragon infernal, les Jésuites, commettent dans leurs antres, dans leurs repaires d'assassins et de brigands, c'est-à-dire dans leurs collèges, leurs écoles et leurs temples^. » Le style de Leiser est, s'il cstpüssible,plus bas, plus ignoble encore que celui de l'auteur de la prétendue Histoire des Jésuites.
* i'p. 19. C'est-à-dire : ennemis de Jésus, s Pp. 187-188.
ä GründÜicher Bericht, welcher Gestalt die Jesuiten mit den Bäpsten umgehen fl596), p. 5. Heckel copie un formulaire d'obédiences ayant appartenu à Haseniiiüller.ct eu conclut qu'il devait déjà être placé très haut dans l'estime des Jésuites, bien que n'étant encore que novice! Sur la polémique qui se rattache àV « Histoire •> d llasenmüUer, voy. Stieve, Die Polititc Bayerns, t. II, pp. 324-333. Le jésuite (jretser prétendait que l'auteur de «l'Histoire» ne jjouvait être qu'un fou ou un possédé. **. Voy. Marx, Protestantische Kanzel, \>. 30, Au. 1.
* Francfort-sur-le-Mein,lb96.
^ Préface, p. 8.
LES .JEÛ.\ES IMPIES DES JESUITES. ggg
Les disciples de saint fgnace y sont traités de monstres, de sorciers, de fornicateurs, de magiciens, de boucs puants du diable, de limiers de Satan, d'Iscariotes, de fils d'Esaii, de serpents, de sycophantes; leur ordre est infâme et maudit, etc. *. « Dès le mercredi des cendres, » dit Leiser, « les Jésuites, commencent à visiter leurs idoles, ou plutôt les ossements infects des morts, qu'ils appellent les reliques des saints. Ils se prosternent devant le dieu pétri que leurs prêtres ont fabriquéau moyen d'un enchantement à l'offertoire de la messe. Ils fléchissent le genou, et adorent les hosties enfermées dans le tabernacle, et qui depuis longtemps sont couvertes de toiles d'araignées et toutes souillées par les mouches 2. »
« Parmi les exercices de pénitence auxquels ils se livrent pendant le carême, les premiers s'appellent fendarll; les férules ou disciplines jouent un grand rôle dans leur vie. lisse flagellent la nuit, parce qu'ils prétendent que le Christa été flagellé pour leur donner l'exemple, et ils ne s'arrêtent que lorsque, sauf votre respect, le sang leur sorte du... Plusieurs d'entr'eux, appelés c/oac«ni, se vouent particulièrement à cet emploi de l'humilité qui consiste à nettoyer les latrines ;et cela, disent-ils, pour imiter Jésus, qui a lavé les pieds de ses apôtres. Ces amateurs d'ordures se glorifient grandement du beau travail auquel ils se livrent; c'est, d'après eux, l'unique chemin par lequel ils peuvent parvenir à la véritable humilité. D'autres s'intitulent les cuUrini: ils dirigentsans cesse la pointed'un poignard versieur cœur, comme s'ils étaient sur le point de s'ôter la vie. C'est qu'ils veulent méditer plus profondément cette parole de l'Évangile : Un glaive de douleu?' perceravotre âme. Viennent ensuite les basilùciani qui regardent ceux qu'ils rencontrent d'une manière si effrayante et si féroce qu'ils semblent vouloir les dévorer ou les égorger. Ceux-là prétendent imiter Caïphe, qui déchira ses vêtements lorsque le Christ déclara qu'il était le Fils de Dieu, et lui Jeta un regard plein de haine, en s'écriant : // a blasphémé 3. »
« J'ai entendu dire à plusieurs protestants honnêtes et sincères, » écrivait Christian Gudermann, « qu'il était peu honorable à un chapelain de cour, à un prédicant de la vérité évangélique, de livrer au public des livres aussi orduriers que celui d'Hasenmüller. Les malédictions, les injures ignobles propagées par une foule de scribes et d'agitateurs populaires sont déjà en assez grand nombre. De tels écrits contribuent à rendre le peuple grossier et
1 Pp. 15, 16. 18,20, 41, 61, 101, 103.
* Pp. 28-29.
3 Pages 129, 137. 139, 16C-1G7.
?)Cn 7-77.9 JEÛNES IMPIES DES J ES El TES.
brutal, comme tout le monde le peut voir, et comme nous nous en plaignons à Dieu *. »
Mais Leiser ne se laissa pas détourner de son but. Dans un sermon qu'il quaiifie de « véritablement évangélique», sermon prêché à Dresde le jour de l'Ascension, il expliqua « tous les signes de la Bête J), exprimant l'espérance que bientôt les Jésuites, cette race de serpents, ce nid de vipères, seraient chassé de l'Empire 2. Le théologien Philippe Heilbrunner allait plus loin : « Les Jésuites, » déclarait-il, « sont des idolâtres obstinés, les frères du diable, les portebannières du démon, d'infâmes sorciers; leur éternel refrain n'est que sang, glaive, incendie, violence, massacre, potence, meurtres; ils séduisent les gens par leur culte idolâtre. Si l'on mettait un jour à mort tous les serviteurs d'idoles, il faudrait commencer par les faire périr, eux et tous ceux qui les suivent 3. »
Avant Heilbrunner « un poète sincère, » dans des rimes intitulées Miroir des Jésuites, avait jeté cet appel au peuple :
Les corrupteurs d'enfants, les traîtres à la patrie.
Les auteurs de tant de forfaits
Semblent extérieurement des angles.
Prends garde I ce sont les cloches du diable!
Ils s'intitulent jésuites.
Et ce sont devrais sataniques!
Chassez du pays ces ennemis de Jésus,
Ces suppôts de Satan, cette engeance impie !
Exterminez-les sans pitié : Dieu l'ordonne * !
Un autre « poète » donnait ce conseil :
Il faut conduire les Jésuites sous les saules, Et là, les pendre, haut et court ■> !
Un troisième était d'avis
D'écorcher tous les Jésuites, De faire des tambours avec leur peau, Et de battre du tambour nuit et jour.
Jusqu'à ce que tout leur cuir fût crevé «.
Beaucoup de pamphlétaires, en attaquant les Jésuites, feignaient de n'en vouloir qu'à eux seuls, et de respecter l'Église Catholique.
1 Voy. plus liant, p. 577, note 3.
* Eine recht evangelische Predigt, gelialten auf Christi Himmelfahrt iCo8 r« Dresden. Leipsick, 1608.
'Heilrbunxer. Jesaiterspiegel {l&di), f. 97, Hö, 128.
* Jesuiierspiegel (IS95), pp. 133-134.
'■> V. Aretin, Beiträge zur Geschichte und Literatur, t. IV, p. 223.
" Cité par Andreh : Der friedsame Luther (édition de Munster, 1606), p. 309.
MOrOCH ET LES JESUITES. ",67
Polycarpe Leiser, dans sa préface, affirme que ce n'est ni son intention ni celle d'Hasenmüiler d'attaquer les Catholiques de haute ou do petite condition, et que, dans son Histoire, il n'est question que, des seuls Jésuites. Mais en réalité son livre est tout rempli des outrages et des calomnies les plus violentes contre l'Église, sa doctrine, son culte, sa constitution, et contre tous ceux qui lui appartiennent, à commencer parle Pape : « L'Antéchrist est le premier serviteur du diable; la sainte messe, une abominable idolâtrie; le sacrement de confirmation, un grossier badigeonnage papiste; le saint chrême un tour de charlatan, un maléfice, par lequel les papistes souillent, comme avec une ordure de mouche, les précieux mérites de Jésus-Christ. Les évoques sont des fornicatcurs, des adultères, des monstres sodomites, des courtisans de la Bête romaine; ils entretiennent avec elle un commerce adultère. Et, selon Leiser, ce n'est pas seulement chez les évêqiies, mais chez tous les papistes qu'on rencontre journellement les vices les plus hideux, les forfaits les plus exécrables; tous les commettent chaque jour, sans honte et sans pudeur. Parmi ces crimes, il nomme : l'idolâtrie, l'adultère, la fornication, le viol, l'impudicité avec les jeunes garçons, le crime sodomite, etc. L
Dans la plupart des pamphlets du temps, Moloch est présenté comme le véritable type du jésuite; mais au xvii« siècle, le poète Rüdiger, pasteur de Weyra, couronné jadis par l'Empereur, eut <( le privilège et la gloire » « d'expliquer en dix sermons, consécutifs les véritables traits de ressemblance qui existent entre les Jésuites et Moloch ». « De même, » dit-il, « que Moloch a été suscité par le diable pour perdre les Amorites payens, de même l'ordre et l'école des Jésuites ont été fondés et établis par Satan au moyen d'un songe qu'un soldat espagnol, alors presque entièrement paralysé des pieds et des mains, prétendit lui avoir été envoyé par Dieu. »
Rüdinger aperçoit entre Moloch et les Jésuites une foule de points de ressemblance. Ils lui ressemblent, selon lui, par le caractère, le lieu et le moment de leur apparition. «Ainsi», dit-il, «Moloch étaitun brasier, et les jésuites non seulement sont consumés par de mauvais désirs et par des convoitisescharnelles.mais ils communiquent cette flamme impure à leurs élèves. Gomme Moloch, ils tuent les enfants qui leur ont été confiés selon le corps et selon l'esprit. » « Ils élèvent les jeunes garçons dans toutes sortes d'impudicilés; si les enfants résistent, ils les rudoient, les accablent de mauvais traitements;
' Historia Jeaiiitici ordinis, pp. dSS.'SCb'-SGT, 479, 481, 492, 493. **. Voy. plus haut p. 561, note 4, le jugement qu'en porte Krebs, qui assurément n'est pas l'ami des Jésuites.
rfiS LR JÉSUITR JACQUES GRETSF.R ET SES ADVERSAIRES.
s'ils teiUeiit de s'évader, on se hâte de les faire mourir par le poison ' . »
« Ces récils effrayants » étaient tout aussi véridiqucs que « les nouvelles très véritables » répandues contre l'impudicité honteuse et plus que bestiale des Pères Jacques Gretser et Robert Bellarmin.
En Allemagne, Gretser était connu pour l'un des polémistes les plus savants de son ordre. Il luttait sans relâche avec les principaux docteurs protestants, Jacques et Philippe Heilbrunner, Egidius Hunnus, Polycarpe Leiser, Samuel Huber, David Pareus, Daniel Cramer, Melchior Goldastet beaucoup d'autres. Plus de cent cinquante écrits contre les novateurs étaient sortis de sa plume^; il était surtout remarquable par sa connaissance approfondie des saintes Écritures, science qui lui permettait de relever les erreurs commises à dessein par les Protestants dans leurs citations de la ßible^. Trop souvent il répondait aux injures dont il était l'objet dans un langage en rapport avec celui de ses adversaires. Son collaborateur, le P. Conrad Vetter, avait eu sur son esprit une inlluence fâcheuse. On croit entendre Yetter lorsqu'il dit à propos de Luther : « Luther a dans ses armes une rose, un cœur et une croix : pourquoi pas plutôt un cochon, un groin et un pissenlit^? » Il n'hésite pas à envoyer Luther «au fond des abîmes éternels s». Citant lesinjures et les accusations amères que Luthériens et Calvinistes se renvoient tour à tour, il ajoute : « Il faut croire ce que disent les deux parties 6 ». Envers Goldast,il use et abuse du droit de représailles \
Aussi, malgré sa conduite sans tache, se vit-il accusé des crimes les plus monstrueux. « Ce jésuite, ce Gretser, « disait en chaire un prédicant en 1615, « est un franc hérétique, un vil barbouilleur de papier! Il mène toujours avec lui un diable dans une bouteille; c'est
' RuDiNGER, Decax contionum secunda de Magia illicita, pp. 24-25, 27-37, 68,
s GretseriOpp., t. I, IV.
ä Voy. par exemple les écrits contre Hospinian, Danäus. Junius, Goldast, 0pp. m, pp. 209 et 5b, pp. 30, 32, 40, 216-217, 306-3 J3 et 6, pp. 288-298.
4 0pp. I, p. 42.
S' Dans un parallèle entre Luther et saint Martin. 0pp. II, pp. 161-169.
« 0pp. 6, p. 357.
' Goldast avait affirmé que l'ordre des Jésuites approuvait, enseignait et pratiquait le meurtre des plus proches parents. Il appelait le jésuite Jacques Gretser un H parricida perjurissimus ». un « incarnatus diabolus, Beelzebubi malitia dementatus », etc. Sur quoi Gretser tira des ref^istres de la municipalilé de Strasbourg la sentence de condamnation à mort de Sébastien Goldast, le propre frère de son adversaire, dont la femme s'était sauvée, et qui avait assassiné la maîtresse avec laquelle il vivait, crime pour lequel il avait été condamné à être roué vif. « Neque lioBC dixissem, » ajoutait Gretser, « nisi Goldastina impudentia me coëgisset, qui jiroinde, si parricidas quœrit, domi suae quœrat et inveniet. » Opp. 6, pp. 303, 306,315.