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LES JÉSUITRS ET LE MEURTRE DES TYRAXS

Keller cite ensuite de nombreux passages empruntés aux docteurs protestants; il montre avec quelle indulgence Luther, Mélanclitlion, Zwingle, Calvin, Bèze, Knox, Junius Brutus, Goodman, le surintendant luthérien Jean Gérard, le juriste Jean Althusius, d'autres encore, ont parlé de la déposition ou même du meurtre d'un tyran i.

« D'après la doctrine des Jésuites, on ne doit pas toucher à un cheveu du prince du moment qu'il est le souverain légitime du pays. En ce cas, il a le titre et le droit, et quand bien même il agirait en tyran, aucun particulier ne peut attenter à sa vie, parce qu'il y a toujours un pouvoir au-dessus de ce tyran, la Chambre Impériale ou l'Empereur. » « Ma conviction, c'est qu'un particulier n'a pas le droit de mettre à mort un tyran impie. » Keiler, s'adressant aux princes d'Empire protestants, dit en terminant : « Vos Grâces feront bien de se mettre en garde contre d'autres meurtriers que nous. Si nous étions les maîtres de vos vies, vous vivriez sans doute éternellement. Depuis notre première institution jusqu'à ce jour, nous avons eu affaire à bien des bourreaux sans jamais être bourreaux nous-mêmes-.» Parlant des innombrables libelles où les Protestants, déguisant leurs noms sous le voile de l'anonyme ou du pseudonyme, traitaient les Jésuites d'ennemis de l'Empire etde régicides et rapportaient leurs paroles sans jamais donner d'indications précises sur les sources où ils les avaient trouvées, Keller dit : « S'il est vrai que les Jésuites veulent la mort de tous les rois et princes d'Empire qui n'appartiennent pas à leur religion, c'est, selon moi, un vil misérable que celui qui répend de pareilles accusations et ne les signe pas, qui ne rapporte pas exactement les faits, qui se cache, et ne dit ni son nom, ni la position qu'il occupe. Pourquoi ue fait-il pas une déposition loyale, contre les ennemis qu'il signale? s'il est persuadé de ce qu'il dit, pourquoi tous ces mystères? Ce serait un honneur, une gloire pour lui de révéler les complots perfides qui se trament dans les ténèbres et d'en dénoncer les auteurs ; que ne le fait-il 3? »

» Pp. 51-78.

ä Pp. 40-115.

'Pp. 8-12. Comme preuve à l'appui de ce qu'il avance, Keller cite r^/*o/o^('e de Jean Chàtel et la Question, livre qu'on prétendait aA'oir été saisi chez le jésuite français Jean Guigrnard. Parmi les écrits soi-disant composés par des Catholiques contre les Jésuites, citons un livre publié en 1595 sous ce titre : Prob der Jesuiter nach romanischen Schrott und Korn. II contient sept dialogues entre un jésuite et un chanoine. (Voy. le titre complet dans Stieve, Die Politik Buyerns, t. II, p. 334, note 1.) « Je suis catholique, » dit le soi-disant chanoine, « et plût à Dieu que tous mes discours servissent à augmenter le nombre de mes coreligionnaires! » Puis il parle de rites superstitieux ajoutés par les Jésuites au service divin, etleur reproche

fiOO KCRITS CONTHK I.KS JKSUITES.

Keller se plaint amèrement du procédé de beaucoup de prédicants calvinistes, qui non seulement calomnient les Jésuites en d'innombrables écrits anonyme?, mais encore « inventent et écrivent des ouvrages qu'ils ont jaudacc de faire passer pour avoir été écrits par des membres de la Compaiinie de Jésus, leur attribuant non ce qui est de leur doctrine, mais ce qu'ils seraient heureux d'y trouvera » « Et ces sorciers calvinistes, qui, à ce qu'il nous semble, n'ont jamais écrit, nous attribuent plusieurs ouvrages que nous n'avons jamais publiés. On cite comme appartenant à notre Compagnie Guillaume Uossaùs, Alanus Copus, Faul Wiudeck, qui n'ont jamais été jésuites. Tous ceux qui ont mis quelques durs cailloux sous les pieds dos Calvinistes sont jésuites, à les en croire. D'autres s'attaquent, il est vrai, à des livres réellement écrits par nos Pères, mais uniquement pour les dénaturer avec perfidie, pour noircir ce qui est blanc et composer du fiel avec du miel'. »

« Grâce à Dieu, » dit Keller s'adressant aux prédicants, « nous autres Jésuites nous n'avons jusqu'à présent rien fait qui puisse mériter l'exil que vous désirez tant nous voir subir! Nous sommes aussi bons citoyens que vous; nous aimons autant notre patrie que vous, nous sommes d'aussi bonne maison que vous, et même de meilleure, car beaucoup de fils des plus nobles familles sont des nô- Ires^ .1) « Chez les Protestants, les seigneurs et le peuple sont peutêtre dans une erreur excusable; c'est aux seuls prédicants que s'applique le reproche d'hérésie et de mauvaise foi ^ ».

d'avoir inventé de nouvelles cérémonies dans la dispensation des sacrements. « Ce sont de vrais voleurs d'Eglise; ils ont propaçé de dangereuses erreurs. » Il appelle les Exercices spirituels un manuel de magie, d'enciiantements ténébreux ; il affirme qu'à certains jours les Pères se livrent à des pratiques singulières dans des chambres étranges, d'où ils sortent blêmes et défaits, comme si ils avaient lutté avec des esprits. F. ^2^, 78, 80, 92. Les Jésuites, selon lui, n'ont réussi à rien. Les Protestants, grâce à leurs doctrines et à leurs prédicants, font plus en un jour que les Pères en une année, avec toute leur procession de maîtres d'école. Voilà le langage qu'on prèle à un chanoine catholique! L'auteur du pamphlet a soin d'attaquer aussi les autres ordres religieux, et cela non plus par la bouche du chanoine, mais par celle du Père qui s'entretient avec lui. Le faux jésuite traite les Franciscains de paresseux, d'ânes ignorants; la plupart dorment jour et nuit; ce sont des ours mal léchés, des impudiques, des êtres ignobles, repus de soupe et de pain; lorsqu'on en fait des prélats ils deviennent les plus impudents et les plus vils des misérables. » Le prétendu jésuite les accuse même de parricides, de fratricides; à la fin de sa préface, l'auteur prolestant affirme que tous les eiforts des Jésuites tendent à la ruine de la Ghrélienl, et à l'assassinat de tous les princes chrétiens. F. 40-41, 46, 49, 64, 66.

* Tyrannicidium, p. 5.

s Protestatio ad lectorein.

COMMENT LES JKSUITES « BKNISSAIENT LES RKOIGIOES ». COl

L'année même où parut le livre de Keller, Melchior Goldast entreprit une campagne contre les Jésuites, « ces chiens féroces, ces régicides maudits. » Dans un écrit contre le Père Jacques Gretser, dédié au landgrave Maurice de Hesse, il compare les Jésuites à la peuplade impie des Assassins : « Les Assassins, » explique-t-il « ont formé, parmi les Mahométans, une nouvelle secte. Leur chef habite Muleta, qui est leur ville sainte. Voici le fond de leur croyance : Mahomet est le prophète de Dieu, le rédempteur de l'humanité ; son représentant sur la terre, c'est le prince de Muleta, le chef de tous les peuples du monde, le seul interprète autorisé de la révélation de Mahomet. Tous ce u.^ qui refusent d'écouter la parole du prince doivent être mis à mort par la-^violence ou par la ruse. Quiconque ôte la vie à un prince rebelle ayant refusé d'obéir au roi de Muleta obtient dans le paradis la première place auprès de Mahomet. C'est à Muleta qu'est le principal séminaire des Assassins. Là sont élevés les jeunes gens des meilleures familles ; la secte selesattache par toutes sortes de sortilèges, qui les jettent dans une si douce ivresse qu'ils en perdent presque la raison i. Lorsque leur temps d'initiation est fini, ils sont prêts à braver tous les périls pour le service du représentant de Mahomet. Peu de temps après la défaite des Assassinsen Orient, ona vus'élever en Occident de nouveaux sectaires, d'abord appelés JésuisiteS;, ensuite Jesuates,et enfin Jésuites. Ils ressemblent trait pour trait aux Assassins, aussi bien relativement à leur fondateur et à leur chef, qui réside à Rome, que par rapport à leur doctrine. Ainsi ils espèrent, comme les Assassins, goûter dans le paradis des joies sensuelles, ils ont les mêmes principes sur le meurtre des rois; ils enseignent, par exemple, que tout sujet mérite la récompense céleste quand il frappe un prince que les leurs regardent comme un tyran. Ils délient les sujets des princes hérétiques de tout devoir envers leurs seigneurs; comme les Assassins, ils enseignent l'homicide aux jeunes gens qu'on leur confie, et les encouragent au meurtre 2, »

Goldast disait avoir eu la bonne fortune de découvrir à Deft un livre grâce auquel il était en état de fournir les renseignements les plus exacts sur les rites et les cérémonies en usage parmi les Jésuites toutes les fois qu'ils bénissaient un régicide ^. En cette même année, ces cérémonies furent expliquées en langue allemande dans un livre intitulé : Mystères célébrés par les Jésuites quand ils ont décidé la mort d'un roi. On y lit : « Lorsque les Jésuites ont donné l'ordre à

' a Praesto erant et puellae formosac variarum libidintim. »

ä Goldast. Replicatio, pp. 1-8. ** Voy. Krebs, Publicistik, pp. 190, 202.

• Replicatio, pp. 8-10.

602 COMMKNT LES JRSUITRS « BÉNISSAIENT LRR RKGICTDES »

l'un de leurs trop dociles instruments de mettre à mort, son seigneur ou son roi, ils le font entrer dans une salle où ils ont coutume de prier, ou bien dans leur dortoir; le tribunal d'enfer fait apporter un poignard enveloppé dans un voile; ce poignard est renfermé dans une petite cassette d'ivoire^ sur laquelle se voit un Agnus Dei et, je ne sais quels mystérieux caractères. Lorsque les Jésuites tirent le poignard de cette cassette, ils commencent par l'asperger d'eau bénite, puis ils attachent quelques grains de coraux bénits à la poignée, ce qui signifie : Autant de fois que tu frapperas, autant d'âmes seront délivrées du Purgatoire. Ils mettent ensuite le glaive bénit dans la main du meurtrier, en disant : « Enfant préféré deDieu, prends l'arme de .Tephté,le glaive de Samson, répée dont se servit David pour trancher la tête de Goliath, l'épée de Gédéon, l'épée de Judith, l'épée des Machabées, l'épée que portait le Pape Jules alors qu'il s'échappa des mains des princes et fut cause de tant de sang versé. Va, et sois prudent ! Que Dieu donne la force à ton bras! » Alors, tous les Jésuites se prosternent, et le supérieur prononce la conjuration : Venez chérubins, venez séraphins ! etc. Ensuite ils conduisent le meurtrier près d'un tableau où sont représentés les anges qui, prétendent-ils, ont assisté le jacobin Jacques Clément avant son forfait. On y voit ces anges qui amènent Clément devant le trône de Dieu ; au bas du tableau, on lit ces paroles : Seigneur, voici l'exécuteur de tes justices armé par ton bras! Que tous tes saints se lèvent pour lui faire place! » Ensuite quatre jésuites s'entretiennent en particulier avec le meurtrier nouvellement consacré; ils lui disent qu'ils croient apercevoir en lui un éclat tout divin, que cela les porte à lui baiser les pieds et les mains ; qu'ils ne le tiennent plus pour un simple mortel, qu'ils souhaiteraient tous avoir été choisis à sa place, car alors lisseraient certains d'aller tout droit au paradis, sans passer par le purgatoire. »

« Mais si leur vile créature conserve encore quelque scrupule, les Jésuites s'efforcent, par des fantasmagories nocturnes ou par les images épouvantables qu'ils mettent devant ses yeux, de le pousser à un exécrable serment; ou bien, par des apparitions et des mômeries, exploitant tour à tour la Sainte Vierge, les saints angeS;, des personnes mortes saintement, quelquefois Ignace et ses premiers compagnons, ils l'encouragent, ils l'excitent, ils le décident au meurtre. »

« Et c'est ainsi que ces instituteurs homicides et pervers corrompent la jeunesse et la poussent à l'abîme. »

« Leur principale école est à Rome, d'où le Pape de Latran envoie, comme du fond de l'enfer, les émissaires choisis de ses ven-

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