LES JÉSUIÏFS SIR I.R MF.IIRTRR DF.S TYRANS
nistes ou anglicans, qui les avaient précédés. Sur un seul point, dit-il, Mariana est allé plus loin que les docteurs catholiques et que les théologiens de son ordre, et sur ce point nul jésuite n'a pris sa défense. » « 11 faut d'abord distinguer entre les tyrans : un ennemi puissant et redoutable, qui, sans en avoir aucunement le droit, envahit un état, le surprend, le dévaste, massacre et pille, et se conduit de la manière la plus révoltante, un tel homme est un ennemi public; quand il s'agit de pareils t'tres et qu'il n'y a pas d'autre moyen de résistance, tout homme peut et doit en purger la terre. Là-dessus, il n'y a qu'une voix ; tous les théologiens et juristes sont d'accord; parmi les Jésuites, Azor seul élève un doute à ce sujet. Mais lorsqu'un tyran est dans la tranquille possession de son pouvoir, si le pays l'a librement accepté et reconnu pour son maître, personne n'a le droit de mettre la main sur lui'. »
« D'autres tyrans possèdent un royaume, une terre, un domaine, soit par héritage, soit par acquisition, soit par élection, ou par un titre légitime quelconque; ceux-là, parce que ce sont des gouvernants légitimes, et bien qu'ils usent tyranniquementde leur droit, ne peuvent être mis à mort ni par leurs sujets ni par un étranger, et tout jésuite ou non jésuite l'avoue : il n'y a là-dessus qu'une opinion, qu'une manière de voir. Mariana seul fait exception. » «Mais peut-être quelqu'un m'objectera-t-il : Comment un pays pourra-til échapper à sa ruine si la tyrannie y règne et que le peuple succombe sous le poids de ses maux? Il y a bien des remèdes à appliquer, répondrais-je, et d'abord, de deux choses l'une : ou bien le tyran est isolé, ou bien il reconnaît un maître au-dessus de lui. Dans ce dernier cas, il y a un recours contre lui. une porte ouverte pour sonner la grosse cloche : que le privat, la ville, la province se plaigne, on trouvera bien moyen de remédier au mal. Et dans le cas où le tyran serait placé au-dessus de tous, où il n'y aurait aucun moyen d'obtenir justice, je ne sais qu'un unique remède : patienlia. » « 11 est vrai que Dominique Banèz pense différemment; mais le plus sûr est de s'en rapporter à saint Thomas, qui ne sait, en pareils cas, que donner ce conseil: Recourez à Dieu, le roi des rois; c'est lui qui lient entre ses mains le cœur des princes ^.Yoilà qui est bien parlé; c'est empêcher tout homme qui tient au salut de son âme de rien entreprendre contre la vie d'un souverain. « Si le tyran n'a point de supérieur, s'il est, par conséquent, inviolable, quelques docteurs conseillent de le déposer et de le mettre ainsi hors d'état de nuire '.
' Tyrannicidium, pp. 13-19.
- Tyrannicidium, pp. 21-22.