LE « DIRECTEUR » DE L EMPEREUR
l'Empereur, allez le trouver, allez à riinpératrice, demandez, implorezl vous n'obtiendrez jamais que ce que je voudrai! » « Je veux, j'ai décidé, j'ai ordonné, » telle était sa manière habituelle de s'exprimer; aussi les désirs et les ordres de l'Empereur n'étaient-ils jamais obéis. Klesl divulguait souvent les secrets de l'état. 11 interceptait les dépêches, et plusieurs fois il gar&d pour lui seul des lettres bien intentionnées adressées par l'Électeur de Mayence aux margraves d'Ansbach et de Bade, se contentant de dire à l'Empereur : « Il n'y a là dans ces paperasses que des chimères de vieux fous»! « On dit partout,» lit-on dans une satire politique de l'époque, « que Klesl, le vice-Empereur, tient la place de Mathias quand il s'agit de décider sur les plus graves intérêts de l'état, qu'il se fait tout à tous, que l'Espagne lui donne l'argent, l'Empereur le monde, le Pape le ciel. 11 me semble que cela peut sulfire à un mitron! H se dit papiste, mais il sait tourner le manteau selon le vent, et porter l'eau sur les deux épaules. Qui connaît Klesl à fond, peut en attendre de bons ofiices; il est vrai (ju'il se fait bien payer, mais quand on sait bien s'y prendre on obtient de lui cent pour cent, si ce n'est davantage. »
Mais ce que l'histoire reproche surtout au toutpuissant ministre, c'est sa politique sans principes, c'est sa duplicité, qui finit par lui aliéner la conliance des Catholiques comme celle des Protestants. <( Personne ne peut se lier à lui , » écrivait l'ambassadeur de Venise, Jean SoranzO;, « car avec une souplesse merveilleuse il sait, tout en faisant force promesses, tenir les uns et les autres en suspend, et s'arranger de telle sorte que jamais les affaires ne se terminent *. »
Le nonce de Vienne, dès 1010, s'était plaint de l'esprit intrigant et rusé du chancelier 2; à la même date, Maximilien de Bavière avertissait les Catholiques de s'en méfier-^. « Je connais bien l'homme, » écrivait en IGIO l'Électeui- de Mayence à un ami^ » et je ne puis me fier à lui, car tout son génie consiste à faire succéder peu à peu la confiance à la méfiance, afin que ses propres intérêts triomphent seuls. Si quelqu'un va le trouver, il commence aussitôt son refrain, et ce refrain a fait bien des ennemis à la Maison d'Autriche *. » « Les princes unis disent tout haut qu'à la cour ils peuvent tout obtenir et tout faire, puisqu'il ne s'agit que de savoir
' Chmël, Handachriflen, t. I, pp. 261-263.
* HCRTER, t. VU, p. 46.
* Kerschbaumer, p. 390, note 1 .
1 Hammer, t. II, Urkandenband,\y. d9û, n° 266.