‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 303 sur 573 · UNION ET LIGUE · texte numérisé non relu

UNION ET LIGUE

« Le nouvel Empereur est là, mais il ne faut chercher le pouvoir ni chez lui, ni à sa cour, car il est ailleurs, » écrivait peu de semaines après le couronnement un attaché à la chancellerie de Mayence. « L'Union est comme une épée de Damoclès suspendue sur la tête des Catholiques, et Sa Grâce l'Électeur vit dans la perpétuelle angoisse de la voir bientôt tomber, ce qui serait pour le Saint- Empire le signal de la guerre, et d'une guerre sanglante ^ »

Avant même que Mathias n'eût été élu, Jean Sclnveikart informait l'Electeur de Saxe que les princes unis, principalement dans le voisinage du Rhin, faisaient d'actifs préparatifs de guerre; que le Palatinat, le Wurtemberg, Strasbourg, Bade, etc., recrutaient partout capitaines et soldats; qu'ils ne reculaient devant aucun sacrifice pour l'enrôlement des troupes, et que, par conséquent, les Catholiques soucieux, de maintenir la paix de religion et lu paix civile feraient bien de se préparer à la défense : « Pendant et après la formation de l'Union, on a été jusqu'à dire qu'un jour viendrait où Ton se débarrasserait sans cérémonie des membres catholiques, en premier lieu des princes spirituels, et qu'on changerait la constitution de l'Empire, but que l'on poursuitpar la parole et par la presse, en secret, et publiquement, comme nous en avons des preuves certaines. Ce but on ne rougit pas de le poursuivre ouvertement; on invente des prétextes pour envahir les territoires ; on attire dans le jeu les souverams de l'étranger, dont les intentions sont toujours suspectes; en un mot, on ne néglige rien de ce qui peut augmenter le péril. Un terrible orage aurait sans doute éclaté depuis longtemps en Allemagne, si le Dieu de bonté, desamain toute puissante, n'avait déjoué ces perfides complots. » « Cependant l'Union continue à se fortifier intérieurement et extérieurement et ne cesse de menacer les Catholiques ». Schweikart demandait à l'Électeur d'indiquer ce que, selon lui, on pouvait faire pour conjurer le péril et ce que les

' Voy. Lettre datée du 17 juillet 1612, conservée dans la chancellerie de Mayence. Communiquée par Böhmer.

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mecnbres d'Empire catliüliques pourraient attendre de lui en cas de nécessité. Comme l'Union était alliée à l'Angleterre, au Danemark, aux États-Génrraux, et, grâce à de si puissants appuis, surpassait de beaucoup en force les membres d'Empire pacifiques, la question était de savoir si, dans le danger qui les pressait, ceux-ci pourraient trouver secours et assistance « chez de lointains protecteurs », et s'ils ne feraient pas bien, par exemple, d'envoyer des ambassadeurs en France, en Lorraine, en Savoie, et en Bourgogne'. »

Au mois d'avril 1612, le roi d'Angleterre qui, depui.; la mort d'Henri IV, se considérait comme le principal appui de la cause protestante, avait conclu avec l'Union un traité par lequel il s'engageait à lui fournir 4,000 soldats. Deux ans auparavant, des négociations avaient été entamées relativement au mariage de l'Électeur palatin Frédéric V, encore mineur, avec la tille du roi d'Angleterre, Elisabeth. Ces négociations aboutirent, et le mariage fut célébré à Londres au mois de février 1616 avec une magnificence inconnue jusque-là. Les fêtes nuptiales ne coûtèrent pas moins de 100.000 livres sterling, somme colossale pour l'époque. I^'état de maison de la future Électrice se composait de 374 personnes. En se rendant à Heidelberg, elle monta, entre Cologne et Bonn, sur un navire palatin où l'on avait aménagé sept chambres, parmi lesquelles une chambre pour la vaisselle d'argent, une salle d'armes, trois splendides salons ornés de tapis magniliques, et meublés en velours bleu et en velours rouge. Les l'êtes du mariage durèrent plus d'une semaine 2. Les mascarades^ les tournois, les chasses, les banquets se succédaient sans interruption ; chaque jour, on vidait vingt foudres de vin. Le luxe inouï dont s'entourait la princesse d'Angleterre dévora les dernières ressources du Palatinat ^. « Heidelberg, » écrivait un voyageur en 1616, « est devenu comme un petit Paris au milieu do l'Allemagne. Tout y est organisé à la mode welche, et l'on ne saurait imaginer la magnificence de la cour et la vie frivole qu'on y mène; toutefois, cette prospérité n'est qu'apparente. Le pauvre peuple, accablé d'impôts, fait entendre des plaintes si lamentables qu'un cœur de pierre en serait ému. Ce qui augmente le mécontentement populaire, ce (jue personne n'ignore.

' Ritter, Politik der Union, pp. 1Ö9-162.

- L'Université d'Heidclberjj fit complimenter la future souveraine du pays par un jeune garçon, qui lui oft'rit des fruits en lui adressant ces paroles : « Madame, les déesses Flore et Pomone vous saluent, vous souhaitent toute bénédiction et félicité et vous présentent cette corbeille. » HâussER, t. II, p. 274.

' Pour plus de détails, voy. Hhusser, t. II, pp. 258-27-0.

LA COUR DE VIKNNR KT LRS RECLAMATIONS DES UNIS. fi87

c'est que les coffres de l'Électeur sont vides, et que ses dettes augmentent tous les jours ^. >>

Jacques I*'"' rêvait une couronne pour son gendre, et ne doutait pas qu'avant peu il ne fût couronné à Prague; ses ambassadeurs prodiguaient l'argeot anglais pour gagner les sympathies des Protestants. «La Bohème, » mandait un agent bavarois en 1613, « me fait l'effet d'un pays sur lequel un orage s'amoncelle lentement, car on ne pense pas que l'Empereur tienne ses promesses relativement à la religion. » Un autre agent diplomatique écrivait dès le mois d'août 1612 : « La plus grande agitation règne parmi les membres d'Empire des pays héréditaires : partout l'esprit républicain fermente. )) A Vienne, l'ambassadeur d'Angleterre entretenait une correspondance active avec la noblesse protestante d'Autriche, et Tschernembl se donnait toutes les peines imaginables pour faire aboutir une alliance entre l'Union et les membres réunis des pays héréditaires 2.

La ruine de la Maison de Habsbourg semblait imminente. Cependant KIcsl entretenait toujours des rapports confiants avec les Unis, dans l'espoir de donner plus de stabilité au trône do Mathias. « Je vous garantis sur l'honneur, » écrivait-il au margrave d'Ansbach qui l'avait chargé de remettre un message à l'Empereur et à l'impératrice, « que vous êtes regardé ici comme l'enfant de la maison, et j'espère que Leurs Majestés impériales vous le prouveront en toute circonstance. Tenez-vous toujours fermement attaché à l'Empereur -^ » (( Klesl met tant de zèle à soutenir les intérêts des princes protestants, » écrivait Gaspard Schoppe à Rome le 6 avril 1613, (( qu'il est à craindre qu'avant peu l'Église Catholique ne soit entièrement ruinée dans toute l'Allemagne ^. »

Le 30 décembre 1612, l'Empereur avait convoqué les membres d'Empire pour le 24 avril suivant : le principal objet de la Diète devait être la régularisation de la question judiciaire et la fixation de nouveaux subsides indispensables au refoulement des Turcs.

Les Unis se proposaient d'exposer leurs « griefs » à la Diète, et Klesl n'oubliait rien pour décider les membres catholiques à souscrire à tout ce qui leur serait demandé. « Ce maudit intrigant, » liton dans une dépêche du conseillerde Mayence Guillaume-Ferdinand de Essern, « ne cesse d'évoquer des fantômes pour épouvanter les

1 Allerhand von ijelelirten und curieiisen Sachen, pp. 23-24. ' Chlumecky, t. 1, pp. 821-82.J. Wolf, Ma-ximilian, t. III, pp. 31 -'-313. Gm- DELY, Gesch. des böhmischen Auf Standes, t. I, pp. 78, 186. 3 RiTiER, Politik der Union, p. 126, note. ♦ Kehschb.\.umer, p. 2io.

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